Eléments de politique américaine

La fabrique de l’opinion publique

Les mass media forment un système de communication qui s'adresse au peuple, au plus grand nombre, en utilisant une palette de techniques, de symboles et de messages. Leur rôle consiste à divertir et informer les individus en vue de leur intégration sociale, dans l'intérêt de la société elle-même, ou plus exactement de ceux qui la dirige.
Dans un monde de concentration des richesses et de conflits d’intérêts de classes, cela exige un recours systématique à la propagande. Le modèle de propagande permet au pouvoir de filtrer les nouvelles publiables, de marginaliser la critique et de faire passer des messages précis. C'est une manière pacifique de faire en sorte que la population croit qu'il est de son intérêt que les élites et le système actuels restent en place.
Les médias américains ne fonctionnent pas comme le système de propagande d’un pays totalitaire. Ils autorisent, et même encouragent, le débat contradictoire, le désaccord et la critique à condition que tout cela reste à l’intérieur d’un système de présuppositions et de principes qui constituent un consensus élitaire.

Les filtres utilisés par le modèle de propagande , qui seront détaillés dans les chapitres suivants, sont les suivants :

  1. La taille, la richesse des propriétaires, la concentration et l’orientation des profits des firmes médiatiques dominantes;

  2. La publicité comme source principale des revenus des grands médias;

  3. La dépendance des médias dont l’information vient du gouvernement, du business et des experts financés et approuvés par ces deux sources principales;

  4. Les tirs de barrage comme moyen de rétorsion pour discipliner les médias;

  5. L’anticommunisme, puis le contre-terrorisme, comme religion nationale et comme mécanisme de contrôle.

Ce système est si puissant qu’il a été intériorisé le plus inconsciemment du monde par les journalistes. De façon similaire, les classes supérieures présentent un plus fort taux d’endoctrinement que les classes populaires. Il est assez caractéristique de ces classes cultivées que de se soumettre plus facilement à un système d’endoctrinement auquel elles sont particulièrement exposées et dont elles sont les médiatrices privilégiées, au point de l’intérioriser parfaitement.

Dimension et orientation financière des propriétaires des grands médias

Au milieu du XIX siècle, en Angleterre ou aux USA, une presse radicale alternative existait, vue par les élites comme une menace majeure. Des lois ont été créées pour lutter contre ces médias, mais finalement c’est le libéralisme qui en a eu raison.
Ainsi il y a déjà un siècle, l’augmentation des coûts de production rend les médias dépendants d’investissements importants. Cette situation n’a fait que s’aggraver depuis cette époque. La concentration des systèmes médiatiques devient de plus en plus importante. Les quelques grandes firmes appartiennent à des gens très riches dont le but évident est de faire des bénéfices. Intégrées dans le marché, elles sont sous la pression d’actionnaires, de dirigeants et de banquiers qui ont l’œil sur les résultats.
Cette tendance s’est encore accélérée avec le relâchement des règles limitant la concentration et le contrôle par des compagnies non médiatiques, ainsi que celles sur les des restrictions pesant sur la publicité. Les profits, et la concurrence féroce, ont alors explosé.

Aux commandes de ces corporations, on retrouve énormément de gens liés ou anciennement liés à la finance, ou encore d’anciens officiels gouvernementaux. Plus la firme est vaste, plus ses actions sont éparpillées, et plus on retrouve des directeurs venant de l’extérieur.

Les banques et les autres sociétés d’investissements sont propriétaires de grosses quantités d’actions médiatiques. Cela ne signifie pas un contrôle, mais ces grands investisseurs savent se faire entendre et jouer sur la situation de ces sociétés et de leurs dirigeants.
Certaines compagnies médiatiques sont tous simplement possédées par des firmes non médiatiques (banques, armements, énergie, …). Ainsi General Electric, impliquée dans l’industrie militaire, énormément dépendante des décisions politiques et finançant des intellectuels d’extrême droite, possède ABC.

Les grands médias dépendent du gouvernement pour l’obtention de licences et franchises, les taux d’intérêts, les impôts, la politique de l’emploi et le respect (ou non) des lois antitrust. Les entreprises non médiatiques qui leur sont fortement liées ont également besoin du gouvernement dans des domaines encore plus vastes.

En somme, les firmes médiatiques sont contrôlées par des gens fort riches, des managers pressurés par des forces orientées vers le profit. Les intérêts que ces firmes de mass media partagent avec le reste du business, les banques et le gouvernement expliquent leur étroite imbrication.

Depuis 1990, la mondialisation rapide a accéléré la concentration de l’industrie médiatique qui se retrouve centralisée en 9 conglomérats internationaux : Disney, AOL-Time Warner, Viacom (propriétaire de CBS), News Corporation, Bertelsman, General Electric (propriétaire de NBC), Sony, AT&T-Liberty Media et Vivenvi Universal. Ces géants cherchent à devenir prépondérants dans la production aussi bien que dans la distribution des contenus médiatiques sur tout type de support.

Le pouvoir des publicitaires

Le mécanisme de la publicité a affaibli la presse ouvrière. Avant son émergence, le prix d’un journal était censé couvrir ses dépenses. La publicité a permis à la presse de se vendre bien au-dessous du prix de revient de chaque numéro.
Les journaux n’entrant pas dans la logique de la publicité se sont donc trouvés handicapés. Le choix des annonceurs publicitaires définissait la prospérité des médias en leur permettant d’offrir un meilleur rapport qualité/prix, primordial dans un milieu de libre échange très fortement concurrentiel.
Dès l’introduction de la réclame, les journaux populaires de gauche ont été désavantagés par les moyens limités de leurs lecteurs. Comme le disait un publicitaires en 1856, « leurs lecteurs ne sont pas des acheteurs : autant jeter son argent par les fenêtres ! ».
Pour les publicitaires, ce qui importe aujourd’hui encore c’est avant tout le pouvoir d’achat des lecteurs-téléspectateurs.

De nombreuses firmes refusent de subventionner leurs ennemis idéologiques ou ceux qu’elles voient comme des menaces pour leurs intérêts. Les sponsors sélectionnent généralement les programmes sur la base de leurs propres principes qui, à de rares exceptions près, sont culturellement et politiquement conservateurs.
Les agences publicitaires ne financeront pas d’émissions mettant sérieusement en cause les activités des grandes firmes comme par exemple en traitant de sujets sur les problèmes environnementaux, sur l’industrie militaire, …

Le résultat est l’augmentation des durées des réclames et la marginalisation de tout ce qui à trait aux affaires publiques. Les médias évitent autant que possible les contenus complexes, les controverses dérangeantes qui risquent de gâcher « l’envie d’acheter », pour encourager ceux qui divertissent, en harmonie avec l’unique vrai message : vendre.

Les sources d’information

Comme les médias ne peuvent s’offrir des reporters et des caméras dans tous les points chauds du monde pour approvisionner leur besoin constant de news, l’économie les oblige à concentrer leurs ressources là où les événements importants adviennent le plus souvent, où les rumeurs et les fuites sont abondantes et où se tiennent régulièrement des conférences de presse.

Le statut prestigieux du gouvernement et du business establishment confère aux informations qu’ils fournissent ce que les médias apprécient avant tout : elles sont identifiables et sûres quand aux risques de poursuites et de retour de bâtons. Ces informations sont certifiées et précises. Les officiels ont les faits et ils les distribuent ; les journalistes se contentent de les recevoir.

Les organisations gouvernementales et les entreprises dépensent ainsi des sommes astronomiques en attachés de presse et en communication, préparant les informations à donner à la presse et simplifiant le travail des journalistes. Parfois même elles produisent leur propre presse.
Les organismes indépendants sont bien évidemment très loin d’avoir les mêmes moyens de communication.

Il s’institue alors un état de dépendance, les grandes bureaucraties subventionnant d’une certaine façon les mass media, ce qui leur permet de se réserver certains privilèges (contrôle des intervenants lors de débats, …).

Le « pouvoir » défini aussi une réserve d’experts autorisés, des intellectuels bien pensant dont ils financent les travaux. Les voies de ces experts orientés « comme il le faut » monopolisent le domaine public, évitant que des idées subversives ou dérangeantes se fassent entendre.
Une autre classe d’experts, dont la notoriété dépend pour beaucoup des services qu’ils rendent au pouvoir, comprend d’anciens gauchistes ayant fini par « reconnaître leurs erreurs et recevoir la lumière ».
Une technique pour détourner l’attention d’un sujet épineux est d’inonder les médias d’articles concernant un autre sujet qui constitue alors un leurre.

L’artillerie protestataire

L’artillerie, c’est le tir de barrage qui s’élève à l’unisson pour répondre à une déclaration, un article ou une émission qui aurait dévié. Cela peut prendre la forme de lettres, de télégrammes, d’appels téléphoniques, de pétitions, de discours ou de projets de lois présentés au Congrès. Toutes ces salves peuvent être préparées au sommet, au niveau régional ou localement, ou encore par des actions indépendantes, collectives ou individuelles. Les publicitaires risquent alors de retirer leur soutien, de peur du boycott.

Plusieurs institutions ont vue le jour, spécialisées dans les poursuites en diffamation et l’aide aux « victimes des médias ». Mais ces institutions n’existent que pour faire barrages aux médias qui s’écarteraient du chemin balisé.
L’exemple d’AIM (Accuracy in Media) est significatif : dans les années 80 au moins 8 grandes compagnies pétrolières la finançaient, pour un budget de 1.5 millions de dollars. AIM harcèle les médias pour imposer le point de vue de ses protecteurs et soutenir la politique étrangère de la droite gouvernementale la plus dure.

Le gouvernement est la principale source d’artillerie protestataire qui admoneste et menace constamment les médias pour les ramener à la ligne correcte. Malgré les mitraillages dont les médias font l’objet de la part du système, ils continuent à lui accorder une respectueuse attention et à faire silence sur les liens entre le monde des affaires et la propagande officielle.

L’anticommunisme comme moyen de contrôle

Le communisme a toujours été le Mal Absolu pour les gros propriétaires dont il menace la position de classe et le statut. Les révolutions russes, chinoises et cubaines ont été vécues par les élites possédantes occidentales comme des traumatismes.

Le concept du communisme est assez flou pour mobiliser le « peuple » contre l’ennemi. Il est aussi utile pour fragmenter la gauche et les mouvements ouvriers. La lutte contre le communisme permet d’excuser les pires régimes et actions comme étant un « moindre mal » face à la menace rouge.
Un dualisme rigide s’est donc mis en place, où chacun se doit d’être et de s’illustrer en tant qu’un fervent anticommuniste.
L’idéologie anticommuniste s’est très sensiblement affaiblie avec la chute du régime soviétique et la disparition à peu près totale des mouvements socialistes. L'islamisme et le terrorisme ont pris la place du communisme comme faire-valoir de la politique étrangère agressive des USA.

L’idéologie du marché est apparue, affirmant que le marché libéral est bienfaisant et même démocratique.

Dichotomisation et campagnes de propagande

Si le gouvernement et ses amis pensent qu’une histoire dramatique peut se révéler utile, les reportages sur les « bonnes » victimes peuvent devenir de véritables campagnes de propagande destinées à éclairer le public.
Inversement, aucune campagne de propagande n’est déclenchée lorsqu’une tragédie frappe massivement et longuement des pauvres gens dont le statut de victimes n’obtient pas l’imprimatur des « élites » américaines, c'est-à-dire quand elles sont négatives à l’image du gouvernement ou d’un de ses alliés.

Pour les histoires utiles, le processus se déroule comme suit : des articles ou des fuites gouvernementales servent de démarreurs. Si les autres médias mordent à l’hameçon, ils suivront avec leurs propres versions de l’histoire et le sujet deviendra familier. Avec l’aval des autorités concernées et en l’absence d’une vision opposée, ces thèmes de propagande deviennent alors véridiques sans autre forme de preuve. Si des vues dissidentes surgissent, elles sont occultées, minimisées, ou soumises au feu du tir de barrage.

Internet

Internet a accru l’efficacité et l’étendue des communications individuelles et collectives « dissidentes », et permis à certains d’échapper aux contraintes des principaux médias.
Mais si Internet a prouvé qu’il pouvait être un complément non négligeable à l’arsenal des dissidents et des protestataires, il a montré ses limites. Tout d’abord, son utilisation nécessite des ressources et des connaissances précises. Mais surtout, la privatisation du hardware d’Internet, la commercialisation rapide et concentrée de ses portails et de ses serveurs, leur intégration dans des conglomérats extérieurs au Net et le contrôle privé de la nouvelle technologie des bandes larges menacent tout espoir qu’Internet puisse devenir ou rester un véhicule médiatique démocratique.
La publicité a commencé à envahir l’espace d’Internet, et la concurrence pour l’audience commence à faire ses dégâts : « plus les journaux seront à la recherche d’utilisateurs d’Internet, plus le sexe, le sport, la violence et les variétés apparaîtront sur leurs menus, négligeant les informations sur les guerres étrangères ou la réforme du système d’aide sociale » (Max Frankel, ex rédacteur en chef du New York Times).

De la guerre comme politique étrangère des États-Unis

La main mise sur Grand Domaine

Durant la seconde guerre mondiale, les stratèges américains sont conscients qu’à l’issue des combats l’Amérique deviendra une puissance mondiale de premier plan destinée à exercer une influence hégémonique presque sans exemple dans l’histoire, et travaillent pour permettre à leur pays de relever ce défi.
De 1939 à 1945, le Groupe d’étude guerre-paix produit des analyses et stratégies géopolitiques détaillées. Ce groupe est financé en partie par le Conseil des relations extérieure, qui représente la contribution personnelle du milieu des affaires américain à l’élaboration de la politique extérieure des États-Unis.
Ils conçoivent le projet du Grand Domaine, qui recouvre toutes les régions destinées à subvenir aux besoins de l’économie américaine pour lui assurer la maîtrise du monde.

D’après Georges Kennan, homme considéré comme humain, libéral et réfléchi, directeur de l’équipe chargée de la planification politique au Département d'État (Policy Planning) à la fin des années 40 (citation complète en annexe) :
« Nous devrions cesser d’évoquer des principes aussi irréalistes et flous que les droits de l’homme, l’amélioration du niveau de vie et la démocratisation. Le jour n’est pas loin où nous allons devoir nous positionner en terme de rapport de forces pur. Et moins nous serons alors bridés par des slogans idéalistes, mieux nous nous en trouverons. »
Ce texte s’adresse évidemment aux « élites dirigeantes ». Pour pacifier le reste de la population, les slogans idéalistes doivent continuer à être relayés.
Dans les faits, on peut constater qu’effectivement la politique américaine s’est souvent vigoureusement, voir violemment, opposée à ces 3 principes : droits de l’homme, démocratisation, amélioration du niveau de vie.

Une politique au-delà de la morale

Démocratisation et amélioration du niveau de vie permettent aux peuples d’acquérir un pouvoir politique accru. Or, les intérêts des peuples sont en oppositions avec ceux des élites riches dirigeantes.
On retrouve ici la menace implicite du communisme, avec son économie qui échappe à la sphère d’influence des pays capitalistes. L’ordre mondial dominé par les États-Unis est mis en péril par un cadre social ou économique interdisant à l’Ouest d’exploiter librement les ressources des pays concernés.

Un pays engagé sur cette voie de développement social peut également servir de modèle à d’autres. Plus le pays est petit et sans influence réelle, plus le danger d’un effet domino est grand. Si un petit pays de rien du tout, sans ressources naturelles, réussi à s’extraire par ses propres moyens du carcan de misère et d’oppression que les États-Unis ont contribué à lui imposer, d’autres pays aux ressources naturelles plus vitales pourraient vouloir s’y essayer à leur tour.
Donc, si un pays ou un gouvernement entreprend une évolution vers le progrès, par exemple en améliorant le niveau de vie de son peuple, il devient immédiatement un ennemi des États-Unis.
Exemples : la Grenade, le Laos dans les années 60, Cuba, le Nicaragua, …

En 1981, une étude de Lars Schoultz dans la revue Comparative Politics montre qu’il existe une corrélation entre l’importance de la violation des droits de l’homme dans un pays et l’importance de l’aide américaine. Cette aide n’a aucun rapport avec les besoins réels des populations, c’est avant tout une aide militaire qui profite aux forces oppressives.
Edward Herman arrive à la même conclusion, mais va plus loin en établissant un rapport entre l’aide américaine et le climat pour l’investissement, c'est-à-dire les opportunités offertes aux milieux d’affaires. Plus les conditions d’investissement sont bonnes, plus les américains apporte leur soutien aux gouvernements étrangers.
Ce ne sont donc pas les droits de l’homme qui guident la politique étrangère américaine, mais avant tout l’amélioration des conditions d’investissement pour les entreprises américaines. Or, lutter contre les mouvements populaires et maintenir un niveau de vie très bas est un bon moyen d’améliorer les conditions de l’investissement étranger. Ainsi, la dégradation des droits de l’homme est un facteur économique favorable : un « miracle économique » est totalement incompatible avec un peuple fort et vivant dans de bonnes conditions.

État voyou et État éclairé

Les États voyous et la souveraineté

Le concept d'État voyou joue aujourd’hui un rôle primordial dans l’élaboration et l’analyse des politiques étrangères.
Officiellement, ce sont les actes d'une nation, et uniquement les actes, qui justifient de son statut d'État voyou. Cependant, le concept d'État voyou est extrêmement nuancé et relatif : les actes de même nature, de la part des États-Unis et de leurs clients (les États éclairés) sont toujours excusés ou oubliés.
Officieusement, la définition est plus précise : un État voyou n’est pas un simple État criminel, c’est un État qui n’obéit pas aux puissants. A l’opposé, l’Amérique est bien évidemment par définition un État éclairé, ainsi que la Grande-Bretagne et tous ceux qui s’engagent dans la croisade américaine.

La notion de souveraineté est elle aussi très relative. La souveraineté des États éclairés est considérée comme le plus précieux des trésors. A l'opposé, lorsqu'il s’agit des autres pays, et particulièrement des États voyous, la notion de souveraineté peut être écartée, laissant libre cours à l’usage de la force.

En affiliant à l’empire du Mal les pays qui ne leur conviennent pas, l’agression que les États-Unis s’apprêtent à mener contre eux est ainsi justifiée. Les États-Unis ont toujours prétendu avoir pour mission de défendre le monde. Le communisme constituait, pendant la période de la Guerre Froide, l'Ennemi parfait. Après la fin de la Guerre, il fallait trouver un nouvel Ennemi pour remplacer le bloc de l’Est. Ainsi, juste après la chute du mur de Berlin, Bush présenta pourtant au Congrès un budget militaire impressionnant pour lutter contre la nouvelle menace de la sophistication technologique croissante du tiers-monde. La peur du crime, et en particulier de la drogue, fut savamment entretenue et utilisée, puis céda la place au terrorisme à partir de septembre 2001.

Exemple : dès les débuts de l’administration Reagan, la Libye, vulnérable et sans défense, devint l'État voyou idéal. Le bombardement de 1986, sous le prétexte que Kadhafi aurait financé l’armée du Nicaragua pour que ce dernier porte la guerre sur le territoire américain, fut le premier de l’histoire à être programmé pour passer aux heures de grande écoute des médias américains. Lors des bombardements des villes libyennes, on invoqua officiellement la « légitime défense contre une agression future ». Dans un même ordre d’idée, le Panama fut envahi afin d’empêcher que le « territoire panaméen serve de base à la pénétration des drogues aux États-Unis ».

Le nouvel humanisme

La Charte des Nations unies interdit tout usage de la force qui violerait la souveraineté des États. Cependant, la Déclarations Universelle des droits de l’homme garantit les droits de l’individu contre les États oppressifs. Le problème de l’« intervention humanitaire » naît de cette divergence, et sa validité dans la pratique repose sur la bonne foi des intervenants.

Après l’adoption du pacte Kellogg-Briand de 1928 qui mettait la guerre hors-la-loi, L’« intervention humanitaire » devint la bonne excuse d’une guerre. Les principaux exemples d’application furent l’attaque japonaise de la Mandchourie (pour la défendre contre les « bandits chinois »), l’invasion de l'Éthiopie par Mussolini (pour « libérer des esclaves ») et l’occupation par Hitler de certaines régions de la Tchécoslovaquie (pour « mettre fin aux tensions ethniques et à la violence »).

Dans ce contexte d’intervention humanitaire, l’action au Kosovo était présentée comme un évènement de grande portée. Dans un « nouvel humanisme », les États éclairés ouvrent une nouvelle ère de l’histoire de l’humanité, fondée sur « un nouvel internationalisme qui ne tolèrera plus la répression brutale de tout un groupe ethnique ». La mission est « la défense des droits de l’homme ».
Ainsi, les États éclairés peuvent utiliser la force lorsqu’ils l’estiment juste en dépit des concepts démodés de souveraineté et de droit international, principalement à l’encontre des États voyous.

La théorie du fou

Dans Principes élémentaires de la dissuasion post-guerre froide (Essentials of Post-Cold War Deterrence – pdf sur Wikipédia), un document secret de 1995 rendu public en vertu du décret sur la liberté d’information :
« Les États-Unis ont changé de cible pour leur stratégie dissuasive et ont abandonné une Union soviétique défunte pour de prétendus États voyous tels que l’Irak, la Libye, Cuba et la Corée du Nord ». Les États-Unis doivent exploiter leur potentiel nucléaire pour se donner une image d’un État « irrationnel et vindicatif dès lors que ses intérêts vitaux sont menacés ».
C’est la théorie du fou : le fait que la nation semble passer outre les droits et traités internationaux, ou que certains éléments du gouvernement américain puissent sembler potentiellement incontrôlables, peut permettre de créer et d’implanter la crainte et le doute dans l’esprit des dirigeants ennemis.

Cette théorie du fou a aussi été utilisée dans les années 50 en Israël par les travaillistes au pouvoir.

Les rapports avec l’ONU

Principes généraux

La Charte des Nations unies stipule que le Conseil de sécurité doit constater « une menace contre la paix, une rupture de la paix ou un acte d’agression » avant d’autoriser des mesures, sauf dans le droit naturel à la légitime défense.
Selon ces accords ratifiées également par les États-Unis, nul État n’a d’autorité suffisante pour décider unilatéralement de ces questions et pour agir comme bon lui semble.

Hedley Bull (professeur de Relations internationales de l'université nationale australienne, de la London School of Economics et de l'université d'Oxford.) : « Des États ou des groupes d'États qui s’institueraient d’eux-mêmes comme juges ou autorités en matière de bien commun international, au mépris de l’opinion des autres, représentent de fait une menace pour l’ordre international et, en conséquence, pour toute action dans ce domaine ».

Le mépris américain

Le mépris des règles internationales est profondément ancré dans la pratique et la culture intellectuelle américaine. Les exemples des Accords de Genève en 1954 ou du Nicaragua en 1986 en témoignent. Mais la principale innovation des années Reagan-Clinton se situe dans le caractère parfaitement assumé de ce mépris américain à l’égard de la législation internationale.

Dans Foreign Affairs, la revue de référence de l’establishment américain éditée par le conseil des Affaires étrangères, la National Security Strategy (NSS) est présentée en septembre 2002. La « nouvelle grande stratégie impériale » prévoit que les États-Unis domineront le monde, détruisant ceux qui les défieraient. L’ONU ne servira qu’à entériner les décisions de Washington. L’invasion de l’Irak y est implicitement annoncée.
Même parmi les élites américaines, cette stratégie fut vivement critiquée, bien que sur des bases assez minimale : le principe était bon mais le style et les modalités d’application constituaient un véritable danger pour la nation et les intérêts américains. En effet, si par le passé cette manière d'agir s’est amplement appliquée, ce fut avec plus de discrétion, de diplomatie et surtout moins de provocation.

ONU et les traités internationaux

Le respect de la souveraineté américaine est l’excuse utilisée pour violer systématiquement les traités internationaux.
Afin de « respecter » leur propre souveraineté, les États-Unis refusent en général à signer les conventions internationales qui pourraient régir ce qui se passe sur le sol américain. Lorsqu’exceptionnellement ils acceptent de signer un texte, ils y font ajouter une clause de réserve dont les termes sont « Ne peut s’appliquer aux États-Unis ». Ainsi, les États-Unis, en signant avec 40 ans de retard la convention sur les génocides, y ont fait ajouter la clause « Ne s’applique pas aux États-Unis sans l’accord des États-Unis ». Cette clause servit à faire annuler une accusation de crimes de guerre déposée auprès de l’ONU début 1999.

Les États-Unis refusent généralement de prendre en charge le moindre coût des missions civiles de l’ONU, en particulier au Kosovo ou au Timor Oriental. Les États-Unis refusent également depuis des années de payer à l’ONU ce qu’ils lui doivent conformément aux traités.
En 1998, Washington a fait réduire le budget de l’ONU de 15%, et de 20% supplémentaire en 1999.

L’utilisation de l’article 51

Article 51 de la Charte de l’ONU :
Aucune disposition de la présente Charte ne porte atteinte au droit naturel de légitime défense, individuelle ou collective, dans le cas où un Membre des Nations Unies est l'objet d'une agression armée, jusqu'à ce que le Conseil de sécurité ait pris les mesures nécessaires pour maintenir la paix et la sécurité internationales. Les mesures prises par des Membres dans l'exercice de ce droit de légitime défense sont immédiatement portées à la connaissance du Conseil de sécurité et n'affectent en rien le pouvoir et le devoir qu'a le Conseil, en vertu de la présente Charte, d'agir à tout moment de la manière qu'il juge nécessaire pour maintenir ou rétablir la paix et la sécurité internationales.
http://www.un.org/french/aboutun/charte/chap7.htm

Les États-Unis aiment à appliquer cet article pour faire passer une attaque pour une « légitime défense préventive ». Il suffit de prétendre que l’ennemi était menaçant pour justifier une attaque en règle, ce qui constitue une interprétation très créative de l’article 51 de la Charte des Nations unies.

Le terrorisme

Les définitions du terrorisme

Après le 11 septembre 2001, le terrorisme international fut désigné comme le nouvel Ennemi à combattre. Avant 2001, quand les États-Unis avaient déjà un Ennemi à combattre qui justifiait ses dépenses d’armes et actions militaire, le terrorisme n’était pas du tout au centre des préoccupations.
Un chiffre illustre ce niveau de priorité faible. Le ministère des finances américain dispose d’un service, l’Office of Foreign Assets Control (OFAC), chargé d’enquêter sur les transferts financiers douteux, une tâche cruciale de la « guerre contre le terrorisme ». Entre 1990 et 2003, il y a eu 93 enquêtes liées au terrorisme, débouchant sur des amendes totalisant environ 9000$, contre 11 000 enquêtes relatives à Cuba, avec des sanctions s’élevant à 8 millions de dollars.

Le terrorisme semble en effet une très bonne cause contre laquelle lutter, mais le problème ici est celui de la bonne foi des personnes ou organisations qui définissent et identifient le terrorisme.
Quoi qu’il en soit, toute définition honnête désignerait comme États terroristes les États-Unis et bien d’autres États puissants à cause de leurs actions dans le monde au cours de l’histoire. Cependant on constate que, concrètement, la même logique que celle qui prévaut pour distinguer les états voyous des états éclairés s’applique pour connaître les pays dits terroristes.

Une fois les états terroristes connus, les appréciations divergent quand à la réponse appropriée à donner à leurs « crimes ».

Deux poids, deux mesures

La Charte des Nations unies prévoit « le droit à l’autodétermination, à la liberté et à l’indépendance des peuples privés de ce droit par la force, […] notamment des peuples qui sont soumis à des régimes coloniaux ou racistes ainsi qu’à des occupations étrangères ».
Mais une résistance armée contre un tel régime peut être vu comme un acte de terrorisme, si le régime en question a les faveurs des États-Unis.

Comment réagir face au terrorisme ? D’aucuns prétendent que le terrorisme est un mal « absolu » et doit être traité en retour selon « la doctrine absolue de la réciprocité ». Œil pour œil, dent pour dent. Mais comment les américains auraient-ils réagit si les pays victimes des attaques techniquement terroristes de la part des États-Unis s’étaient mis, au nom de la réciprocité, à bombarder Washington ?

Exemple : le refus de l’Afghanistan de livrer des suspects concernant les attentats du 11 septembre servi de prétexte au bombardement du pays. Cependant, les États-Unis eux-mêmes ont refusé des demandes d’extradition de la part de Haïti et du Nicaragua concernant des criminels ayant participé dans ces pays au terrorisme (d'État ou non).


Les résolutions du Syria Accountability Act, voté en décembre 2003 par Bush, autorisent la mise en place d’un régime de sanctions économiques et diplomatiques contre la Syrie. Le but est d’imposer dans ce pays un régime qui accepte les exigences américano-israéliennes. Les sanctions y sont justifiées par le viol par la Syrie de la résolution 520 de l’ONU. Or, cette résolution avait été rédigée en 1982 à l’encontre d’Israël, qui a continué à passer outre cette résolution et d’autres jusqu’à nos jours. Effet secondaire : la mise en application de cet Act prive les États-Unis d’une source majeure de renseignements sur le terrorisme islamiste radical.

Les actions terroristes des États-Unis

Deux exemples parmi tant d’autres, qui entrent parfaitement dans le cadre des définitions modernes légales du terrorisme :

  1. En 1982, l’invasion du Liban par Israël fit 20 000 morts et laissa l’ensemble du pays en ruine, en particulier sa capitale Beyrouth. Rafael Eitan, chef d’état-major israélien, annonça que l’objectif de cette invasion était de « détruire l’OLP en tant que partenaire possible dans les négociations concernant la Terre d’Israël ». Les États-Unis ont soutenue cette invasion, ainsi que les opérations violentes ordonnées par Shimon Peres dans les années 80.

  2. En 1998, Clinton ordonna le bombardement de l’usine pharmaceutique d’Al-Shifa au Soudan, faisant plusieurs dizaines de milliers de morts et ayant des conséquences terriblement dramatiques pour l’économie et la société du Soudan. La raison invoquée de ce bombardement fut que l’usine aurait produit des armes chimiques.

11 septembre et Irak

Les attentats du 11 septembre n’étaient pas imprévisibles. Les organisations terroristes du Moyen-Orient avaient déjà projeté des attentats tout au long des années 1990. En 1993, elles furent assez près de faire sauter le World Trade Center. Leurs modes de pensée étaient alors indubitablement familiers aux services de renseignements américains, qui avaient participé à leur recrutement, les avaient entraînées et armées depuis 1980 et continuaient à travailler avec elles.

Des enquêtes sur Al-Qaïda et Ben Laden montrent qu’ils étaient quasiment inconnus jusqu’à ce que Clinton bombarde le Soudan et l’Afghanistan en 1998. Ce sont les bombardements qui ont dopé le soutien, le financement et le recrutement d’Al-Qaïda, et qui ont fait de Ben Laden une figure majeure.

Les premières justifications de l’intervention contre l’Irak en 2003 furent liées au terrorisme : liens de ce pays avec le terrorisme d’Al-Qaïda, armes de destructions massives. Par la suite, il a été démontré que ces accusations étaient fallacieuses.

Le 26 juin 1993, Clinton fit bombarder l’Irak. 24 missiles Tomahawk sont lâchés sur les locaux des services secrets irakiens à Bagdad. Huit personnes auraient trouvé la mort. Albright se référa à l’article 51 pour expliquer que ces bombardements étaient destinés à défendre les États-Unis contre une agression militaire – en fait une prétendue tentative d’assassinat contre l’ex-président George Bush qui eut lieu 2 mois plus tôt. Aucun vrai débat ne porta sur la légitimité légale de cette intervention.

En 1998, concernant l’Irak, Madeleine Albright annonça au Conseil de sécurité que les américains agiraient « multilatéralement s’ils le peuvent et unilatéralement s’il le faut », car « cette zone géographique est vitale pour les intérêts américains ». Clinton annonça que si l’Irak ne répondait pas aux critères de conformité (élaborés à Washington), « tout le monde comprendra que les États-Unis et leurs alliés s’autorisent à riposter quand, où et à la manière qu’ils auront décidés ».
Pourtant, le Conseil de sécurité de l'ONU ratifia à l’unanimité l’accord rapporté par Kofi Annan et rejeta la proposition anglo-américaine d’autoriser l’usage de la force en cas de non-respect de l’accord. Malgré cela, les américains prétendirent que la résolution leur donnait le droit d’agir si les États-Unis n’étaient pas satisfait de l’attitude de l’Irak.

La guerre du Vietnam et les médias américains

De 1965 à 1975, le nombre de mort au Vietnam s’élève sans doute à 3 millions, plus un autre million de morts au Laos et au Cambodge, pour un total de 4 à 5 millions de personnes tuées. En outre, les bombardements provoquèrent l’exode de près de 10 millions de réfugiés.
Le pays fut dévasté et l’agriculture rendue impossible par la destruction générale et la présence de bombes n’ayant pas explosé. Il faudra plusieurs générations pour renverser les conséquences écologiques, climatiques, économiques et sociales des destructions massives opérées par les défoliants.

Officiellement, la perte de la guerre est un fait indéniable. Cependant, si les États-Unis n’ont pas atteint leurs principaux objectifs en Indochine, la victoire est tout de même partielle. Ils ont démontré l’inutilité des initiatives indépendantes de gouvernement progressiste, susceptibles de s’étendre comme une « pourriture ». Les pays d’Indochine auront de la chance s’ils survivent, mais ils ne mettront pas en péril l’ordre mondial par un cadre social ou économique interdisant à l’Ouest d’exploiter librement leurs ressources.

Contrairement aux cas de diverses invasions perpétrées par l’Union soviétique, les Nations unies n’ont jamais condamné l’« intervention » américaine. Il n’y a eu ni investigations ni dénonciations des crimes commis pendant les opérations militaires.

Interprétation de la guerre : qui sont les victimes ?

Dans le cas de l’intervention des États-Unis en Indochine, aucune interprétation de type « envahissement » n’a jamais été concevable. La doctrine affirme que les américains ont été invité à venir défendre la liberté contre des forces répressives.

A l’opposé des soldats américains héroïques et humains, défenseurs de la démocratie, le FLN et les vietnamiens du Nord sont représentés de manière unidimensionnelle : « Ils sont toujours cruels, fanatiques et sans pitié ». C’est l’image du Mal. « Viêt-cong » est un terme péjoratif inventé par la propagande à Saigon, remplaçant le vrai nom des combattants : le Front de Libération nationale (FLN). Le problème du racisme de nombreux soldats envers tous les vietnamiens n’est jamais évoqué.

Au fur et à mesure de l’extension de la guerre, vers 1969 l’opinion des « élites » se rapproche de l’idée que l’intervention américaine a été une erreur car beaucoup trop coûteuse. Le débat s’étend alors aux questions tactiques, et pas du tout à la justesse de la cause et à la noblesse des intentions américaines. On en vient alors à l’idée que cette guerre est un « effort maladroit pour bien faire ». L’engagement militaire est « un désastre » résultant « d’un excès de droiture et de bienveillance désintéressée ».

La guerre a été très rarement envisagée du point de vue de l’« ennemi ». Ce sont les envahisseurs américains qui sont considérés comme les victimes d’une « agression » vietnamienne. Les médias américains n’ont fait aucun effort pour présenter le contexte des atrocités commises et les rendre intelligibles. Les victimes vietnamiennes sont ignorées, minimisées. Ces victimes ne comptent pas.
Lors d’un sondage, les américains estiment en moyenne à 100 000 morts le nombre de victimes vietnamiennes, soit 5% du chiffre officiel et 2% à 3% du nombre probable réels de victimes.
Aujourd’hui encore, lorsqu’on évoque le traitement des pilotes américains capturés lors des opérations qui ont rasé la presque totalité du Vietnam du Nord, l’horreur exprimée est sans limites. Au Vietnam, les américains ont été agressés par les vietnamiens.

Le comportement et le rôle des médias américains

La certitude que les médias ont précipité la défaite des États-Unis au Vietnam est très répandue. On les accuse d’avoir été antipatriotique, ou de façon plus subtile d’avoir été « insouciant » en s’en tenant à la perspective officielle de Washington et des « élites » capitalistes au pouvoir.

Les journalistes présents en Indochine ont toujours rapporté les déclarations officielles de Washington comme des faits, même lorsqu’ils savaient que ces déclarations étaient fausses. Les reportages et les analyses se cantonnaient toujours à l’intérieur des limites fixées par Washington.

Pendant les 6 premières années de la couverture télévisée (62-67), les américains ont approuvé la guerre du Vietnam. La télévision est devenue la principale source d’information (et la plus crédible). Jusqu’en 1965, les présentateurs sont unanimes dans leur soutien des objectifs américains en Indochine. Les reportages montrent une guerre propre, efficace, technologique. Les soldats revenant du conflit racontent pourtant une autre histoire... Cette image aseptisée vole en éclat lors de l’offensive du Têt, lorsque les militaires perdent le contrôle des journalistes qui, en sortant de leurs hôtels, se retrouvent au milieu des combats.
Très vite, les reportages guerriers sont remplacés par les négociations à Paris, puis par l’histoire du « retrait américain », pendant que sur le terrain la campagne incroyablement meurtrière de « pacification accélérée » est menée.
Parmi les élites « bien pensantes » américaines, la couverture médiatique de l’offensive du Têt est au centre des critiques quand au rôle des médias. S’ils admettent communément que la couverture médiatique a illustré l’incompétence et la dissidence des médias, le débat se porte surtout sur son rôle dans la démoralisation générale et la défaite américaine.

Il n’y eu que l’affaire du massacre de My Mai, en mars 1968, qui réussit à atteindre l’opinion publique américaine, alors qu’elle n’avait rien de plus extraordinaire que toutes les autres atrocités commises quotidiennement par les troupes américaines. Il y a eu des massacres bien plus importants qui n’ont pourtant soulevé aucunes vagues.
L’attention accordée à retardement au massacre de My Lai fait partie d’une forme subtile de dissimulation des atrocités. Rendu arbitrairement exceptionnel afin de détourner l’attention d’autres enquêtes possibles, sa dramatisation a même servi à démontrer que l’Amérique avait une conscience face aux provocations de l’ennemi.

Annexes

Georges Kennan, Policy Planning Study 23, février 1948, publié dans Foreign Relations of the United States, 1948, Volume I, pp. 509-529 :

P. 524

Furthermore, we have about 50% of the world's wealth but only 6.3 % of its population. This disparity is particularly great as between ourselves and the peoples of Asia. In this situation, we cannot fail to be the object of envy and resentment. Our real task in the coming period is to devise a pattern of relationships which will permit us to maintain this position of disparity w without positive detriment to our national security. To do so, we will have to dispense with all sentimentality and day-dreaming; and our attention will have to be concentrated everywhere on our immediate national objectives. We need not deceive ourselves that we can afford today the luxury of altruism and world-benefaction.

For these reasons, we must observe great restraint in our attitude toward the Far Eastern areas. The peoples of Asia and of the Pacific area are going to go ahead, whatever we do, with the development of their political forms and mutual interrelationships in their own way. This process cannot be a liberal or peaceful one. The greatest of the Asiatic peoples -the Chinese and the Indians-have not yet even made a beginning at the solution of the basic demographic problem involved in the relationship between their food supply and their birth rate. Until they find some solution to this problem, further hunger, distress and violence are inevitable. All of the Asiatic peoples are faced with the necessity for evolving new forms of life to conform to the impact of modern technology. This process of adaptation will also be long and violent. It is not only possible, but probable, that in the, course of this process many peoples will fall, for varying periods, under the influence of Moscow, whose ideology has a greater lure for such peoples, and probably greater reality, than anything we could oppose to it. All this, too, is probably unavoidable; and we could not hope to combat it without the diversion of a far greater portion of...

P. 525

... our national effort than our people would ever willingly concede to such in purpose.

In the face of this situation we would be better off to dispense now with a number of the concepts which have underlined our thinking with regard to the Far Fast. We should dispense with the aspiration to "be liked" or to be regarded as the repository of a high-minded international altruism. We should stop putting ourselves in the position of being our brother-keeper and refrain from, offering moral and ideological advice. We should cease to talk about vague and –for the Far East– unreal objectives such as human rights, the raising of the living standards, and democratization. The day is not far off when we are going to have to deal in straight power concepts. The less we are then hampered by idealistic slogans, the better.

Bibliographie

Noam Chomsky : « La Fabrique de l'Opinion publique - La Politique économique des médias américains ».
Noam Chomsky : « De la guerre comme politique étrangère des États-Unis ».

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