La politique américaine en 1999 : Kosovo et Timor-oriental

Kosovo

Sous Tito, les Kosovars avaient une grande marge d’autonomie.
En 1989, Milosevic abolie l’autonomie du Kosovo et place la région sous autorité serbe, imposant une version serbe de l’apartheid.
L’intellectuel Ibrahim Rugova dirigea une lutte non violente en construisant une société civile parallèle.

En novembre 1995, à la signature des accords de Dayton, en aidant militairement le dictateur croate Tudjman, les Etats-Unis ont contribué au partage de la Bosnie-Herzégovine en 2 entités appelées à devenir la Serbie et la Croatie.
Les américains ont exclus les délégués albanais du Kosovo de ces négociations. Cette confirmation du fait que les Etats-Unis ne reconnaissent que la force provoqua l’essor de la guérilla de l’Armée de libération du Kosovo (UCK) et l’accroissement du soutien populaire à la lutte armée pour l’indépendance.

Au Kosovo, les troupes serbes, après 10 années d’apartheid anti-albanais, s’étaient lancées en 1998 dans une répression féroce contre les indépendantistes de l’UCK et, au-delà, contre la population civile. 2000 personnes ont été tuées et des centaines de milliers ont été obligée de fuir. Cette catastrophe est attribuable aux forces de police et à l’armée yougoslave, les victimes étant principalement les Kosovars albanais représentant 90% de la population.

Le 23 septembre 1998, la résolution 1199 du Conseil de sécurité exige un cessez-le-feu au Kosovo, le retrait des troupes serbes et l’ouverture de négociations directes. 2000 observateurs européens sont déployés.
Malgré le retrait de 10 000 policiers serbes et la perspective d’un accord, la rupture des négociations entre les américains et Milosevic fait redémarrer les combats.
Les menaces de bombardements de l’OTAN sont suivies par une augmentation des exactions.
Le retrait des observateurs internationaux, que le parlement serbe avait condamné, eut les mêmes effets.

Le 23 mars 1999, un accord fut établi à Rambouillet, auquel lui répondirent les Résolutions de l’Assemblée nationale de Serbie.
L’accord de Rambouillet initial proposait une occupation militaire totale (par la KFOR) et un contrôle politique substantiel du Kosovo par l’OTAN, ainsi qu’une occupation militaire effective du reste de la Yougoslavie.
Les Résolutions refusaient les exigences d’occupation militaire, et en appelait à l’OSCE et l’ONU pour parvenir à un règlement diplomatique. Ils voulaient une autonomie du Kosovo et l’égalité de tous ses citoyens.
Prétendant un refus de négociation de Milosevic, le 24 mars 1999, les forces de l’OTAN, emmenées par les Etats-Unis et contre l’avis du Conseil de Sécurité, bombardèrent des cibles yougoslaves. Toutes les autres alternatives aux bombardements, l’inaction ou une marche arrière, étaient vues comme une perte de « crédibilité » de l’OTAN par les stratèges américains.
Clinton expliqua qu’en bombardant la Yougoslavie, « nous soutenons nos valeurs, protégeons nos intérêts et faisons avancer la cause de la paix ».

Le 27 mars 1999, Wesley Clark, général en chef des forces de l’OTAN, déclarait qu’il était « parfaitement prévisible » que la violence et la terreur serbes s’intensifieraient après les bombardements de l’OTAN. Ces violences ont fournis aux Serbes les motivations et l’opportunité de mener des opérations plus vastes et plus brutales que ce qu’ils avaient initialement envisagé. Quoi qu’il en soit, les chiffres montrent que le nettoyage ethnique massif au Kosovo est postérieur au début des bombardements, et ne peut donc pas lui servir de légitimation.

2 semaines plus tard, il y avait 350 000 réfugiés de plus venant de la région du Kosovo. Il y eu une escalade des violences serbes contre les civils albanais du Kosovo, attribuées aux forces paramilitaires apparues après les bombardements.
Certains penseurs estiment que les bombardements, en plus de mettre en danger la vie des gens, ont anéanti les forces démocratiques naissantes en Serbie et au Kosovo.

Le 3 juin 1999, l’Otan et la Serbie signent un accord de paix, sorte de compromis entre les deux accords du 23 mars. Une présence internationale de sécurité et un contrôle politique du Kosovo sont acceptés, sous le contrôle de l’ONU.
Mais les bombardements continuèrent jusqu’à ce que les vainqueurs se soient assurés que leur interprétation de l’Accord finirait par s’imposer.

Les pertes parmi la population civile serbe au cours des trois premiers mois de la guerre sont plus importantes que celles qui ont frappé les deux camps au Kosovo dans les trois mois qui l’ont précédée. Pourtant, ces trois premiers mois avaient été considérés comme une catastrophe humanitaire.

Indonésie et Timor Oriental

La richesse de l’archipel de l’Indonésie en ressources naturelles et sa position stratégique cruciale lui garantissent un rôle central dans la stratégie américaine. L’aide et la formation militaire américaine à l’Indonésie et son armée dura, en s’accroissant, de 1965 à août 1999.

Economiquement, le tout petit Timor Oriental (800 000 habitants) ne présente aucun intérêt stratégique par rapport à l’Indonésie (200 millions d’habitants).

Année 1965, Indonésie

Prétextant une tentative de coup d’état des communistes (pourtant proches du pouvoir), une opération militaire sanglante dont les dirigeants sont téléguidés par la CIA écarte Sukarno du pouvoir et le remplace par Suharto. C’est le début de sa longue et meurtrière carrière, qui culmina au Timor Oriental.

En quelques mois seulement, les massacres perpétrés par l’armée firent près de 700 000 victimes dans tous le pays, pour la plupart des paysans sans terres, détruisant ainsi le parti politique de masse de la gauche timoraise, le PKI.
Robert McNamara, secrétaire de la Défense, déclara devant le Congrès que l’aide et la formation militaire « avaient porté leurs fruits ».

Année 1975, Timor Oriental

Le 28 novembre 1975, profitant du mouvement issu de la révolution des œillets du Portugal, le Timor Oriental déclare son indépendance. Au bout de neuf jours, le pays est envahi et annexé par l'armée indonésienne.
Cette invasion s’est perpétrée avec le soutien diplomatique des Etats-Unis ainsi qu’avec leurs armes, qui ont continuées à être livrées même après l’embargo officiel. Les Etats-Unis ont sciemment rendues les interventions des Nations unies inefficaces.
En quelques mois, 60 000 personnes furent tuées (soit 10% de la population du Timor Oriental). Plus tard, l’Eglise annonça un chiffre proche des 200 000 victimes. La France et la Grande-Bretagne ont également fourni des armes.

Les élections de 1999

Après la chute de Suharto, un référendum est organisé par le président en place et l’ONU pour le 30 août 1999. Le peuple doit se prononcer sur l’indépendance du Timor par rapport à l’Indonésie. Aussitôt, l’armée commence une campagne d’intimidation qui fit, selon l’Eglise, 3500 victimes.
La population alla tout de même voter massivement, à 80% en faveur de l’indépendance. Aussitôt les atrocités s’intensifient de façon spectaculaire, toujours orchestrées par les militaires indonésiens.

La mission des Nations unies (UNAMET) dénonça la situation et la responsabilité du gouvernement. A l’automne 1999, 260 000 personnes mouraient à petit feu dans d’horribles « camps de réfugiés ». Le reste de la population fut dispersé et se terra dans les montagnes. La famine menaçait partout.
Les enquêtes officielles qui suivirent pour déterminer les crimes furent qualifiées par les officiels de l’ONU comme une « farce intégrale et un auto-blanchissement ».

Le pogrom était prévisible. Même après le début des violences, Washington tergiversa jusqu’à être obligé par la pression internationale (et plus particulièrement australienne) à laisser les Nations unies agir. Les quelques gestes qui furent alors entrepris ont poussé les généraux indonésiens à changer d’attitude et à accepter une présence internationale, ce qui révèle que la solution diplomatique avait toujours été à portée de main.
Plus concrètement, les américains sur place n’en appelèrent à l’aide humanitaire que quand les généraux indonésiens donnèrent leur « feu vert ».
Les Etats-Unis n’ont pas versé le moindre dollar pour la force d’intervention de l’ONU au Timor. Washington a même demandé à l’ONU de restreindre l’ampleur de ses opérations.

Avant même la question du référendum, l’armée avait déjà pris la décision de « détruire la nation ». Elle recruta en conséquence, en particulier des « unités d’élite » réputées pour leur extrême violence et cruauté, et la terreur et la destruction commença début 1999.

Bibliographie

Noam Chomsky : « La Fabrique de l'Opinion publique - La Politique économique des médias américains ».
Noam Chomsky : « De la guerre comme politique étrangère des Etats-Unis ».

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