Politique américaine en Amérique Latine

Salvador

Depuis 1932, le Salvador est dirigé par l’armée à la suite d’une insurrection paysanne qui fit 30 000 victimes.
Des élections démocratiques ont lieu en 1972 et 1977, mais à chaque fois l’armée intervient pour instaurer une dictature militaire.

Le Salvador est un client américain pour l’achat d’armes.

Octobre 1979 : un groupe de gauche mené par le Front Farabundo Marti de Libération Nationale (FMLN) opère un coup d’Etat contre les forces gouvernementales de la dictature de Somoza. L’administration Carter soutient Somoza jusqu’au bout, même après que les milieux d’affaires locaux, alliés naturels des Etats-Unis, se soient retournés contre le dictateur. Des jeunes officiers, des libéraux et progressistes font partie de la nouvelle junte.
Mais très vite la vieille garde plus conservatrice, L’Arena, reprend le contrôle du coup d’Etat. Les Etats-Unis, qui ont toujours pesé sur la politique intérieure de ce pays, s’engagent alors militairement.
On assiste à l’extermination de tous les individus progressistes et de leurs organisations (10 000 personnes tuées en 1980). La violence militaire gouvernementale force les réformistes à entrer en guérilla.
Le groupe ORDEN (les « escadrons de la mort », officiellement aboli en octobre 1979), informe les militaires des cibles à abattre. D’Aubuisson réorganise le réseau ANSENAL.

En 1980, le droit de libre expression et de réunion est aboli. L’armée a le pouvoir de détenir les citoyens sans accusation et sans preuves pendant 180 jours. Les médias opposés au gouvernement sont détruits.
L’exposition des corps mutilés pour l’édification des habitant s’institutionnalise au début des années 80.
Durant cette année, l’armée exprima soutien et solidarité aux « escadrons de la mort ». La junte au pouvoir se réorienta plus nettement vers l’extrême droite et Duarte prend la direction du pays.

Les gouvernements du Salvador et des Etats-Unis soutiennent que les violences sont l’œuvre des extrémistes des deux bords, et non de l’armée, et que les autorités s’efforcent de stopper la tuerie et de mener à bien des réformes.
Dans la presse américaine, le nouveau gouvernement est considéré comme centriste.

L’assassinat de l’évêque Romero

En mars 1980, l’archevêque Oscar Romero, personnalité très populaire, est assassiné, prétendument par des éléments d’extrême droite sans lien avec le gouvernement. Il était le critique le plus éloquent de la violente répression menée par le gouvernement militaire, allié des Etats-Unis.
Quelques semaines avant sont assassinat, Romero avait écrit à Carter pour s’opposer à l’aide que Washington s’apprêtait à donner à la junte de droite. Carter, agacé, avait fait demandé au Vatican de rappeler à l’ordre l’évêque.
Lors des funérailles, une bombe et une fusillade tua 40 personnes dans la foule venue rendre hommage. L’état attribua l’acte de violence aux gauchistes alors que la bombe et la fusillade venaient du palais présidentiel. Mais pourquoi les gauchistes s’en seraient-ils attaqué à des gens de leur bord ?

Les assassins n’ont jamais été officiellement découverts ou jugés. Par la suite, de nombreux indices ont montré que D’Aubuisson était au centre d’un complot visant à tuer Romero, avec l’aide des gardes nationaux de Somoza et le soutien des hauts dignitaires de l’armée.
Le juge Ramirez, qui menait la commission d’enquête sans aide de la police ni du ministère de la justice, fut forcé de quitter le pays à cause de menaces.
D’Aubuisson fut arrêté en mai 1980, puis relâché car les officiers de l’armée salvadorienne exigeaient sa relaxe. Les documents compromettants ont été saisis par l’armée.

Le meurtre des 4 religieuses de 1980

En décembre 1980, 4 religieuses américaines furent violées et assassinées par des membres de la garde nationale salvadorienne. Le crime sera très peu médiatisé aux Etats-Unis et l’enquête excessivement sommaire conclura « qu’il n’existait aucune preuve d’implication des autorités salvadoriennes ».
Puis l’enquête détermina la responsabilité de 5 gardes nationaux. Une enquête ultérieure d’un journaliste prouva que le crime était planifié et commandité par des officiers supérieurs. 2 gardes nationaux, qui auraient pu établir clairement le lien avec les autorités supérieures, furent fusillés avant d’être déclarés « disparus au combat ».
Dans cette affaire aussi, des juges assignés à l’affaire démissionnèrent pour sauver leur vie.

Le gouvernement américain s’est livré, à l’unisson du gouvernement du Salvador, à un camouflage systématique de la vérité de l’affaire et des manigances salvadoriennes.

Le procès des 5 gardes eu lieu 3,5 ans après les crimes, malgré leur identification très rapide. Il s’est déroulé sous la protection de forces américaines. Le silence fut total concernant la responsabilité des supérieurs. Le Congrès américain avait gelé l’attribution de $19.4 millions jusqu’à la conclusion « satisfaisante » de la procédure.

Elections de 1982

De 79 à fin 81, on compte près de 30 000 victimes et 600 000 réfugiés.

Pendant les 30 mois qui précédèrent les élections de mars 1982, des milliers de civils furent arrêtés, emprisonnés, torturés, violés et assassinés en dehors de toute légalité, sous prétexte de pensées et d’actes « subversifs ».

Aucun parti de gauche n’a pu s’organiser pour présenter des candidats aux élections salvadoriennes. L’armée a publié une liste de 138 « traîtres » qui incluait pratiquement tous les politiciens de gauche. Les seuls partis qui purent se présenter étaient ceux de l’extrême droite, prônant la guerre.
Le vote fut obligatoire, toute abstention étant punie par une amende.

Les médias américains présenteront cette élection comme un triomphe de la démocratie, occultant tous les aspects négatifs.

A la fin de la guerre civile en 1992, on dénombre 100 000 victimes.

Guatemala

De 1945 à 1954, Juan Arevalo puis le colonel Jacobo Arbenz mènent, grâce à un gouvernement démocratiquement élu, une réforme sociale et agraire.
Mais les terres sont concentrées entre les mains d’un petit nombre. Leur contrôle par l’étranger, comme celui des bases stratégiques, menace constamment l’indépendance et la liberté politique du pays.

En 1954, des mercenaires entraînés par la CIA au Honduras et au Nicaragua renversent, avec l’aide de l’aviation américaine, le gouvernement de Arbenz. La contre-révolution antidémocratique y sert les intérêts de « l’élite » liée aux américains.

Depuis, les réformes sociales et économiques sont repoussées. Le Guatemala est devenu un état terroriste rarement égalé dans le massacre de sa propre population civile.
Dans les années 60, les Etats-Unis entraînent l’armée du Guatemala à la contre révolution. La terreur d’état institutionnelle a atteint des niveaux catastrophiques à la fin des années 70. Les Etats-Unis ont pris en main l’entraînement de la police.

Les études d’organisations humanitaires montrent une machine militaire devenue folle depuis 1979, tuant aveuglément la population civile.
Les tribunaux sont dirigés par les militaires. Les assassinats et la terreur sur les journalistes permettent de contrôler les médias. L’exposition des corps mutilés pour l’édification des habitant s’institutionnalise à la fin des années 70.
Pendant la période 1978-1985, les organisations humanitaires estiment les pertes à près de 100 000 personnes.

Le Groupement d’assistance mutuelle se forme en 1984, pour s’informer sur les personnes ayant disparu. Le nouvel Etat prétend les aider, mais n’en fait rien, et certains leaders du GAM seront même torturés et assassinés. Le GAM sera accusé d’être manipulé par la subversion.

Elections de 1984 et 1985

Aucun parti de gauche n’a pu participé aux élections constituantes de 1984. Quelques survivants du parti social démocrate se présentent aux élections présidentielles de 1985. Mais la loi d’interdiction des réunions empêche toute formation d’un vrai parti. Aucun candidat ne représente la majorité paysanne.

Le vote est obligatoire et l’abstention punissable d’une amende.

En 1985, Cerezo se présente comme un homme à la bonne volonté apparente, soucieux d’améliorer les droits de l’homme, mais il semble qu’il ait un accord tacite avec l’armée lui assurant de ne pas être inquiétée.
Après son élection, Cerezo n’a finalement pas fait grand-chose et la situation de droits de l’homme est restée épouvantable.

Image du pays et utilisation des médias

Sous le président Garcia, les américains attribuent les tueries à d’autres acteurs que le « gouvernement ».

Une fois celui-ci renversé et remplacé par le président Montt, l’administration Reagan se met à « découvrir » et dénoncer les horreurs commises sous Garcia pour aider à donner une image décente de Montt. En 1982, Reagan déclare que Montt est « totalement engagé dans la cause de la démocratie », alors que les rapports d’Amnesty International continuent de dénoncer des crimes et que les groupes paramilitaires comme les « escadrons de la mort » forment un bras de l’armée.
Gêné par les rapports des organisations humanitaires, le gouvernement américain a tenté en 1982 de les discréditer en les accusant d’être politiquement orientés (à gauche) et manipulés.

A la chute de Montt, nouveau changement de musique : Montt était terrible mais le nouveau gouvernement est « plus ouvert sur la question des droits de l’homme ».
Reagan cherche à remodeler l’image internationale du Guatemala pour lui faciliter prêts et assistance, et amener le Congrès à délier les cordons de sa bourse. Le nouveau gouvernement de Victores se voit allouer une image réformiste.

Après les élections de 1985, les médias américains présentent Cerezo comme « le premier leader civil après 30 ans de régime militaire ininterrompu », bien que de nombreuses voix s’élèvent (dont des membres de l’église) pour dénoncer les élections et le climat général dans le pays.

Nicaragua

En 1853, les Etats-Unis interviennent pour protéger les citoyens et intérêts américains lors de troubles politiques.
En 1894, c’est pour protéger les intérêts américains à Blue-fields à la suite d’une révolution.
En 1926, les Etats-Unis expédient 5 000 soldats pour contrer une révolution. Il s’agissait alors de défendre le Nicaragua contre le Mexique supposé alors être un client des bolcheviques.

Durant les derniers mois de la dictature de Somoza que les Etats-Unis avait installée, on compte 50 000 morts.
Arrivés au pouvoir en 1979 en renversant cette dictature, les sandinistes s’engagent dans une série de réformes. Ces réformes visent à améliorer le niveau de vie des habitants, ce que les Etats-Unis ne peuvent accepter.
Les américains apportent alors leur soutien financier et militaire aux contras basés au Honduras et dénoncent les élections.
La moindre arrestation au Nicaragua est amplifiée par la presse américaine.

En 1985, le Nicaragua déposa une plainte auprès de la Cour internationale de justice. Cette Cour condamna le Etats-Unis pour ce qu’elle qualifia d’« usage illégal de la force », c'est à dire pour crimes de guerre contre le Nicaragua. Les Etats-Unis devaient se retirer du pays et s’acquitter de réparations substantielles. Les Etats-Unis répondirent par le mépris, et la guerre reprit de plus belle.

En 1986, un scandale, l’Irangate, révèle que le produit d’une vente d’armes américaines à l’Iran a servi à financer les groupes terroristes de la Contra.

En 1987 les présidents d’Amérique centrale s’étaient mis d’accord sur un plan de paix à Esquipulas, demandant que tous les pays de la région s’ouvrent plus franchement à la démocratie et au respect des droits de l’homme sous la supervision de la communauté internationale, insistant sur le fait que l’élément fondamental de cet accord était la fin de l’agression américaine contre le Nicaragua.
Washington répondit en intensifiant au maximum son agression et en triplant ses livraisons au profit de la Contra. Les Etats-Unis usèrent de leur influence pour faire modifier les accords d’Esquipulas pour permettre à leurs Etats clients dans la région de poursuivre leurs activités terroristes.

En 1990, les sandinistes sont écartés du pouvoir à la suite d’élections libres.

Les élections de 1984

En 1984, le droit de parole et de réunion est restreint, mais par interdit. Les médias sont parfois soumis à la censure ou au contrôle de l’Etat, mais il y a cependant des stations de radio privées et des journaux privés violemment hostiles aux sandinistes.
L’éventail des candidats à l’élection est large, dont des partis opposés au gouvernement.
L’inscription sur les listes électorales est obligatoire, mais le vote ne l’est pas.
Les conditions essentielles à un scrutin libre donc ont existé partiellement au Nicaragua. Les observateurs étrangers noteront les conditions satisfaisantes de ces élections.

Ces élections, qui sont sur le point de légitimer le gouvernement sandiniste, risquent de mettre en cause le financement américain à l’armée terroriste des contras.
Les médias américains dénigreront alors la validité des élections, leur reprochant des choses qui sont fausses de façon flagrante au Nicaragua, mais vraies au Salvador et Guatemala où elles ont été passées sous silence. Ce mécanisme illustre bien une politique médiatique à deux vitesses, deux poids deux mesures.

Bibliographie

Noam Chomsky : « La Fabrique de l'Opinion publique - La Politique économique des médias américains ».
Noam Chomsky : « De la guerre comme politique étrangère des Etats-Unis ».

Divers articles de Wikipédia.