Voir aussi :

  • Les guerres d'Indochine.
  • Politique américaine et Amérique Latine.
  • Politique américaine en 1999 : Kosovo et Timor-Oriental.
  • Politique américaine et Moyen-Orient.
  • Résumé du livre 'Le continent des ténèbres', retraçant l'histoire politique de l'Europe au siècle dernier.

    1.    La fabrique de l’opinion publique

    Les mass media sont un système de communication de symboles et de messages au plus grand nombre. Leur rôle consiste à divertir et informer les individus en vue de leur intégration sociale. Dans un monde de concentration des richesses et de conflits d’intérêts de classes, cela exige un recours systématique à la propagande.

    Le modèle de propagande permet au pouvoir de filtrer les nouvelles publiables, de marginaliser la critique et de faire passer des messages précis.

    Les filtres sont les suivants :

    1. La taille, la richesse des propriétaires, la concentration et l’orientation des profits des firmes médiatiques dominantes.
    2. La publicité comme source principale des revenus des grands médias.
    3. La dépendance des médias dont l’information vient du gouvernement, du business et des experts financés et approuvés par ces deux sources principales.
    4. Les tirs de barrage comme moyen de rétorsion pour discipliner les médias.
    5. L’anticommunisme comme religion nationale et comme mécanisme de contrôle.

    Les médias américains ne fonctionnent pas comme le système de propagande d’un pays totalitaire. Il autorisent, et même encouragent, le débat contradictoire, le désaccord et la critique à condition que tout cela reste à l’intérieur d’un système de présuppositions et de principes qui constituent un consensus élitaire.

    Ce système est si puissant qu’il a été intériorisé le plus inconsciemment du monde par les journalistes.


    On peut remarquer que les classes supérieures présentent un plus fort taux d’endoctrinement que les classes populaires. Il est assez caractéristique de ces classes cultivées que de se soumettre plus facilement à un système d’endoctrinement auquel elles sont particulièrement exposées et dont elles sont les médiatrices privilégiées, au point de l’intérioriser parfaitement.

    1.1.                    Dimension et orientation financière des propriétaires des grands médias

    Au milieu du XIX siècle, en Angleterre ou aux USA, il existait une presse radicale alternative, vue comme une menace majeure par les élites. Des lois ont été créées pour lutter contre ces médias, mais finalement c’est le libéralisme qui en a eu raison.

    Ainsi il y a déjà un siècle, l’augmentation des investissements à produire et des coûts de production ne peuvent plus se passer d’investissements importants. Cette situation n’a fait que s’aggraver depuis cette époque. La concentration des systèmes médiatiques est de plus en plus importante, arrivant à une vingtaine de compagnies américaines. Ces grandes firmes appartiennent à des gens très riches dont le but est de faire des bénéfices. Intégrées dans le marché, elles sont sous la pression d’actionnaires, de dirigeants et de banquiers qui ont l’œil sur les résultats.

    Cette tendance s’est encore accélérée avec le relâchement des règles limitant la concentration et le contrôle par des compagnies non médiatiques, ainsi que des restrictions pesant sur les publicités. Les profits, et la concurrence féroce, ont alors explosé.


    Aux commandes de ces corporations, on retrouve énormément de gens liés ou anciennement liés à la finance ou d’anciens officiels gouvernementaux. Plus la firme est vaste, plus ses actions sont éparpillées, et plus l’on retrouve des directeurs venant de l’extérieur.


    Les banques et les autres sociétés d’investissements sont propriétaires de grosses quantités d’actions médiatiques. Cela ne signifie pas un contrôle, mais ces grands investisseurs savent se faire entendre et jouer sur la situation des sociétés et de leurs dirigeants.

    Certaines compagnies médiatiques sont tous simplement possédées par des firmes non médiatiques (banques, armements, énergie, …). Ainsi General Electric, impliquée dans l’industrie militaire, énormément dépendante des décisions politiques et finançant des intellectuels d’extrême droite, possède ABC.


    Les grands médias dépendent du gouvernement pour l’obtention de licences et franchises, les taux d’intérêts, les impôts, la politique de l’emploi et le respect (ou non) des lois antitrust. Les entreprises non médiatiques qui leur sont fortement liées ont également besoin du gouvernement dans des domaines encore plus vastes.


    En somme, les firmes médiatiques sont contrôlées par des gens fort riches, des managers pressurés par leurs propriétaires, et toutes les autres forces orientées vers le profit. Les intérêts que ces firmes de mass media partagent avec le reste du business ou avec les banques et le gouvernement expliquent leur étroite imbrication.

    1.2.                    Le pouvoir des publicitaires

    Le mécanisme de la publicité a affaibli la presse ouvrière. Avant son émergence, le prix d’un journal était censé couvrir ses dépenses. La publicité a permis à la presse de se vendre bien au-dessous du prix de revient de chaque numéro.

    Les journaux n’entrant pas dans la logique de la publicité se sont donc trouvés handicapés. Le choix des annonceurs publicitaires définissait la prospérité des médias en leur permettant d’offrir un meilleur rapport qualité/prix, primordial dans un milieu de libre échange très fortement concurrentiel.

    Dès l’introduction de la réclame, les journaux populaires de gauche ont été désavantagés par les moyens limités de leurs lecteurs. Comme le disait un publicitaires en 1856, « leurs lecteurs ne sont pas des acheteurs : autant jeter son argent par les fenêtres ! ».

    Pour les publicitaires, ce qui importe aujourd’hui encore c’est d’abord le pouvoir d’achat des lecteurs-téléspectateurs, non leur nombre.


    De nombreuses firmes refusent de subventionner leurs ennemis idéologiques ou ceux qu’elles voient comme des menaces pour leurs intérêts. Les sponsors sélectionnent généralement les programmes sur la base de leurs propres principes qui, à de rares exceptions près, sont culturellement et politiquement conservateurs.

    Les agences publicitaires ne financeront pas d’émissions mettant sérieusement en cause les activités des grandes firmes comme par exemple sur les problèmes d’environnement, sur l’industrie militaire, …


    Le résultat est l’augmentation des durées des réclames et la marginalisation de tout ce qui à trait aux affaires publiques. Les médias évite autant que possible les contenus complexes, les controverses dérangeantes qui risquent de gâcher « l’envie d’acheter », pour encourager ceux qui divertissent, en harmonie avec l’unique vrai message : vendre.

    1.3.                    Les sources d’information

    Comme les médias ne peuvent s’offrir des reporters et des caméras dans tous les points chauds du monde pour approvisionner leur besoin constant de news, l’économie les oblige à concentrer leurs ressources là où les événements importants adviennent le plus souvent, où les rumeurs et les fuites sont abondantes et où se tiennent régulièrement des conférences de presse.


    Le statut prestigieux du gouvernement et du business establishment confère aux informations qu’ils fournissent ce que les médias apprécient avant tout : elles sont identifiables et sûres quand aux risques de poursuites et de retour de bâtons. Ces informations sont certifiées et précises. Les officiels ont les faits et ils les distribuent ; les journalistes se contentent de les recevoir.


    Les organisations gouvernementales et les entreprises dépensent ainsi des sommes astronomiques en attachés de presse et en communication, préparant les informations à donner à la presse et simplifiant le travail des journalistes. Parfois même elles produisent leur propre presse.

    Les organismes indépendants sont bien évidemment très loin d’avoir les mêmes moyens de communication.


    Il s’institue alors un état de dépendance, les grandes bureaucraties subventionnant d’une certaine façon les mass media, leur permettant ainsi de se réserver certains privilèges (contrôle des intervenants lors de débats, …).


    Un technique pour détourner l’attention d’un sujet épineux est d’inonder les médias d’articles concernant un autre sujet qui constitue alors un leurre.


    Le « pouvoir » défini aussi une réserve d’experts autorisés, des intellectuels bien pensant dont ils financent les travaux. Les voies de ces experts orientés « comme il le faut » monopolisent le domaine public, évitant que des idées subversives ou dérangeantes se fassent entendre.

    Une autre classe d’experts, dont la notoriété dépend pour beaucoup des services qu’ils rendent au pouvoir, comprend d’anciens gauchistes ayant fini par « reconnaître leurs erreurs et recevoir la lumière ».

    1.4.                    L’artillerie protestataire

    L’artillerie, c’est le tir de barrage qui s’élève à l’unisson pour répondre à une déclaration, un article ou une émission qui aurait dévié. Cela peut prendre la forme de lettres, de télégrammes, d’appels téléphoniques, de pétitions, de discours ou de projets de lois présentés au Congrès. Toutes ces salves peuvent être préparées au sommet, au niveau régional ou localement, ou encore par des actions indépendantes, collectives ou individuelles. Les publicitaires risquent alors de retirer leur soutien, de peur du boycott.


    Plusieurs institutions ont vue le jour, spécialisées dans les poursuites en diffamation et l’aide aux « victimes des médias ». Mais ces institutions n’existent que pour faire barrages aux médias qui s’écarteraient du chemin balisé.

    L’exemple d’AIM (Accuracy in Media) est significatif : dans les années 80 au moins 8 grandes compagnies pétrolières la finançaient, pour un budget de 1.5 millions de dollars. AIM harcèle les médias pour imposer le point de vue de ses protecteurs et soutenir la politique étrangère de la droite gouvernementale et anticommuniste la plus dure.


    Le gouvernement est la principale source d’artillerie protestataire qui admoneste et menace constamment les médias pour les ramener à la ligne correcte. Malgré les mitraillages dont les médias font l’objet de la part du système, ils continuent à de lui accorder une respectueuse attention et à faire silence sur les liens de la propagande officielle avec le monde des affaires.

    1.5.                    L’anticommunisme comme moyen de contrôle

    Le communisme a toujours été le Mal Absolu pour les gros propriétaires dont il menace la position de classe et le statut. Les révolutions russes, chinoises et cubaines ont été vécues par les élites possédantes occidentales comme des traumatismes.


    Le concept du communisme est assez flou pour mobiliser le « peuple » contre l’ennemi. Il est aussi utile pour fragmenter la gauche et les mouvements ouvriers. La lutte contre le communisme permet d’excuser les pires régimes et actions comme étant un « moindre mal » face à la menace rouge.

    Un dualisme rigide s’est donc mis en place, où chacun se doit d’être et de s’illustrer en tant qu’un fervent anticommuniste.

    1.6.                    Dichotomisation et campagnes de propagande

    Si le gouvernement et ses amis pensent qu’une histoire dramatique peut se révéler utile, les reportages sur les « bonnes » victimes peuvent devenir de véritables campagnes de propagande destinées à éclairer le public.

    Inversement, aucune campagne de propagande n’est déclenchée lorsqu’une tragédie frappe massivement et longuement des pauvres gens dont le statut de victimes n’obtient pas l’imprimatur des « élites » américaines, c'est-à-dire quand elles sont négatives à l’image du gouvernement ou d’un de ses alliés.


    Pour les histoires utiles, le processus se déroule comme suit : des articles ou des fuites gouvernementales servent de démarreurs. Si les autres médias mordent à l’hameçon, ils suivront avec leurs propres versions de l’histoire et le sujet deviendra familier. Avec l’aval des autorités concernées et en l’absence d’une vision opposée, ces thèmes de propagande deviennent alors véridiques sans autre forme de preuve. Si des vues dissidentes surgissent, elles sont occultées, minimisées, ou soumises au feu du tir de barrage.

    1.7.                    Evolutions récentes

    Depuis 1990, la mondialisation rapide a accéléré la concentration de l’industrie médiatique qui se retrouve centralisée en 9 conglomérats internationaux : Disney, AOL-Time Warner, Viacom (propriétaire de CBS), News Corporation, Bertelsman, General Electric (propriétaire de NBC), Sony, AT&T-Liberty Media et Vivenvi Universal.

    Ces géants cherchent à devenir prépondérants dans la production aussi bien que dans la distribution des contenus médiatiques sur tout type de support.


    L’idéologie du marché est apparue, affirmant que le marché libéral est bienfaisant et même démocratique.


    Internet a accru l’efficacité et l’étendue des communications individuelles et collectives « dissidentes », et permis à certains d’échapper aux contraintes des principaux médias.

    Mais si Internet a prouvé qu’il pouvait être un complément non négligeable à l’arsenal des dissidents et des protestataires, il a montré ses limites. Tout d’abord, son utilisation nécessite des ressources et des connaissances précises. Mais surtout, la privatisation du hardware d’Internet, la commercialisation rapide et concentrée de ses portails et de ses serveurs, leur intégration dans des conglomérats extérieurs au Net et le contrôle privé de la nouvelle technologie des bandes larges menacent tout espoir qu’Internet puisse devenir ou rester un véhicule médiatique démocratique.

    La publicité a commencé à envahir l’espace d’Internet, et la concurrence pour l’audience commence à faire ses dégâts : « plus les journaux seront à la recherche d’utilisateurs d’Internet, plus le sexe, le sport, la violence et les variétés apparaîtront sur leurs menus, négligeant les informations sur les guerres étrangères ou la réforme du système d’aide sociale » (Max Frankel, ex rédacteur en chef du New York Times).


    L’idéologie anticommuniste s’est sensiblement affaiblie avec la chute du régime soviétique et la disparition à peu près totale des mouvements socialistes. L’Islamisme et le terrorisme ont pris la place du communisme comme faire-valoir de la politique étrangère agressive des USA.



    2.    De la guerre comme politique étrangère des Etats-Unis

    2.1.                    La main mise sur Grand Domaine

    Durant la seconde guerre mondiale, conscients qu’à l’issue des combats l’Amérique deviendrait une puissance mondiale de premier plan destinée à exercer une influence hégémonique presque sans exemple dans l’histoire, les stratèges américains travaillent à lui permettre de relever le défi.

    De 1939 à 1945, le Groupe d’étude guerre-paix produit des analyses et stratégies géopolitiques détaillées. Ce groupe est financé en partie par le Conseil des relations extérieure, qui représente la contribution personnelle du milieu des affaires américain à l’élaboration de la politique extérieure des Etats-Unis.

    Ils conçoivent le projet du Grand Domaine, qui recouvre toutes les régions destinées à subvenir aux besoins de l’économie américaine pour lui assurer la maîtrise du monde.


    George Kennan, homme considéré comme humain, libéral et réfléchi, directeur de l’équipe chargée de la planification politique au Département d’Etat à la fin des années 40 :

    « Avec seulement 6,3% de la population mondiale, nous représentons près de 50% de la richesse mondiale. […] Dans cette situation, il est impossible que nous n’éveillions pas l’envie et le ressentiment. Notre tâche principale, dans les années à venir, est de mettre en place un système de relations internationales qui nous permette de maintenir ce déséquilibre. […] Nous ne devons pas nous leurrer en imaginant que nous pouvons, aujourd’hui, nous payer le luxe de l’altruisme et de la charité. Nous devrions cesser d’évoquer des principes aussi irréalistes et flous que les droits de l’homme, l’amélioration du niveau de vie et la démocratisation. Le jour n’est pas loin où nous allons devoir nous positionner en terme de rapport de forces pur. Et moins nous serons alors bridés par des slogans idéalistes, mieux nous nous en trouverons. » (Pentagon Papers, 23 février 1948)

    Ce texte s’adresse aux « élites dirigeantes », les slogans idéalistes doivent bien sûr continuer à être relayés au niveau de la population afin de la pacifier.

    Et effectivement, dans les faits, la politique américaine s’est souvent vigoureusement, voir violemment, opposée à ces 3 principes : droits de l’homme, démocratisation, amélioration du niveau de vie.

    2.2.                    Une politique au-delà de la morale

    Démocratisation et amélioration du niveau de vie permettent aux peuples d’acquérir un pouvoir politique accru. Or, les intérêts des peuples sont en oppositions avec ceux des élites riches dirigeantes.

    On retrouve la menace implicite du communisme, avec son économie qui échappe à la sphère d’influence des pays capitalistes. L’ordre mondial dominé par les Etats-Unis est mis en péril par un cadre social ou économique interdisant à l’Ouest d’exploiter librement les ressources des pays concernés.


    Un pays sur cette voie de développement peut également servir de modèle à d’autres. Plus le pays est petit et sans influence réelle, plus le danger d’un effet domino est grand. Si un petit pays de rien du tout, sans ressources naturelles, arrive à s’extraire par ses propres moyens du carcan de misère et d’oppression que les Etats-Unis ont contribué à lui imposer, d’autres pays aux ressources naturelles plus vitales pourraient vouloir s’y essayer à leur tour.

    Ainsi si un pays ou un gouvernement entreprend une telle évolution vers le progrès, par exemple en améliorant le niveau de vie de son peuple, il devient immédiatement un ennemi.

    Exemples : la Grenade, le Laos dans les années 60, Cuba, le Nicaragua, …


    En affiliant ces pays à l’empire du Mal que représente le bloc de l’Est, l’agression que les Etats-Unis s’apprêtent à mener est ainsi justifiée. L’identité exacte de l’empire du Mal change au cours de des époques, mais les faits et les conséquences restent toujours sensiblement les mêmes. Après la fin de la Guerre Froide, le crime puis plus récemment le terrorisme permirent de donner une identité au Mal.


    En 1981, une étude de Lars Schoultz montre qu’il existe une corrélation entre l’importance de la violation des droits de l’homme dans un pays et l’importance de l’aide américaine. Cette aide n’a aucun rapport avec les besoins réels des populations, c’est avant tout une aide militaire qui profite aux forces oppressives.

    Edward Herman arrive à la même conclusion, mais va plus loin en établissant un rapport entre l’aide américaine et le climat pour l’investissement, c'est-à-dire les opportunités offertes aux milieux d’affaires. Plus les conditions d’investissement sont bonnes, plus les américains apporte leur soutien aux gouvernements étrangers.

    Ce ne sont donc pas les droits de l’homme qui guident la politique étrangère américaine, mais avant tout l’amélioration des conditions d’investissement pour les entreprises étrangères.

    Or lutter contre les mouvements populaires et maintenir un niveau de vie très bas est un bon moyen d’améliorer les conditions de l’investissement étrangers.

    Ainsi, la dégradation des droits de l’homme est un facteur économique favorable : un « miracle économique » est totalement incompatible avec un peuple fort et vivant dans de bonnes conditions.



    3.    Etat voyou et Etat éclairé

    3.1.                    Les Etats voyous

    Le concept d’Etat voyou joue aujourd’hui un rôle primordial dans l’élaboration et l’analyse des politiques étrangères.


    Concrètement, ce sont les actes des nations qui servent officiellement à justifier leur statut d’Etat voyou. Mais des actes, condamnables de façon équivalente, de la part des Etats-Unis et de leurs clients, les Etats éclairés, sont toujours excusés ou oubliés. Le concept d’Etat voyou est donc extrêmement nuancé et relatif.

    Officieusement la définition est plus précise : un Etat voyou n’est pas un simple Etat criminel, c’est un Etat qui n’obéit pas aux puissants, puissants qui par définition ne sont pas eux-mêmes des Etats voyous.

    A l’opposé, l’Amérique est bien évidemment un Etat éclairé par définition. Son chien de garde la Grande-Bretagne également, ainsi que tout ceux qui s’engagent dans la croisade américaine.


    La notion de souveraineté est elle aussi très relative. La souveraineté des Etats éclairés est considérée comme le plus précieux des trésors. Mais quand il s’agit des autres pays, et particulièrement des Etats voyous, la notion de souveraineté peut être écartée avec dédain, laissant libre cours à l’usage de la force.


    Dès les débuts de l’administration Reagan, la Libye, vulnérable et sans défense, devint l’Etat voyou idéal. Le bombardement de 1986, sous le prétexte que Kadhafi aurait financé l’armée du Nicaragua pour que ce dernier porte la guerre sur le territoire américain, fut le premier de l’histoire à être programmé pour passer aux heures de grande écoute des médias américains.


    Les Etats-Unis ont toujours prétendu avoir pour mission de défendre le monde. Après la fin de la Guerre Froide, il fallait trouver un nouvel Ennemi. La peur du crime, et en particulier de la drogue, fut savamment entretenue et utilisée.

    Ainsi, juste après la chute du mur de Berlin, Bush présenta au Congrès un budget militaire impressionnant pour lutter contre la nouvelle menace de la sophistication technologique croissante du tiers-monde.

    A l’étranger, les Etats voyous personnalisent cet Empire de la criminalité.

    3.2.                    Le nouvel humanisme

    La Charte des Nations unies interdit tout usage de la force qui violerait la souveraineté des Etats. Mais la Déclarations Universelle des droits de l’homme garantit les droits de l’individu contre les Etats oppressifs. Le problème de l’« intervention humanitaire » naît de cette divergence, et sa validité dans la pratique repose sur la bonne foi des intervenants.


    Après l’adoption du pacte Kellogg-Briand de 1928 qui mettait la guerre hors-la-loi, les principaux exemples d’« intervention humanitaire » furent l’attaque japonaise de la Mandchourie (pour la défendre contre les « bandits chinois »), l’invasion de l’Ethiopie par Mussolini (pour « libérer des esclaves ») et l’occupation par Hitler de certaines régions de la Tchécoslovaquie (pour « mettre fin aux tensions ethniques et à la violence »).


    Dans ce contexte d’intervention humanitaire, l’action au Kosovo était présentée comme un évènement de grande portée. Dans un « nouvel humanisme », les Etats éclairés ouvrent une nouvelle ère de l’histoire de l’humanité, fondée sur « un nouvel internationalisme qui ne tolèrera plus la répression brutale de tout un groupe ethnique ». La mission est « la défense des droits de l’homme ».

    Les Etats éclairés peuvent utiliser la force lorsqu’ils l’estiment juste en dépit des concepts démodés de souveraineté et de droit international, principalement à l’encontre des Etats voyous.

    3.3.                    La théorie du fou

    Dans Principes élémentaires de la dissuasion post-guerre froide, un document secret de 1995 rendu public en vertu du décret sur la liberté d’information :

    « Les Etats-Unis ont changé de cible pour leur stratégie dissuasive et ont abandonné une Union soviétique défunte pour de prétendus Etats voyous tels que l’Irak, la Libye, Cuba et la Corée du Nord ». Les Etats-Unis doivent exploiter leur potentiel nucléaire pour se donner une image d’un Etat « irrationnel et vindicatif dès lors que ses intérêts vitaux sont menacés ».

    C’est la théorie du fou : le fait que la nation semble passer outre les droits et traités internationaux, ou que certains éléments du gouvernement américain puissent sembler potentiellement incontrôlables, peut permettre de créer et d’implanter la crainte et le doute dans l’esprit des dirigeants ennemis.


    Cette théorie du fou a aussi été utilisée dans les années 50 en Israël par les travaillistes au pouvoir.



    4.    Les rapports avec l’ONU

    4.1.                    Principes généraux

    La Charte des Nations unies stipule que le Conseil de sécurité doit constater « une menace contre la paix, une rupture de la paix ou un acte d’agression » avant d’autoriser des mesures, sauf dans le droit naturel à la légitime défense.

    Selon ces accords ratifiées également par les Etats-Unis, nul Etat n’a d’autorité suffisante pour décider unilatéralement de ces questions et pour agir comme bon lui semble.


    Hedley Bull : « Des Etats ou des groupes d’Etats qui s’institueraient d’eux-mêmes comme juges ou autorités en matière de bien commun international, au mépris de l’opinion des autres, représentent de fait une menace pour l’ordre international et, en conséquence, pour toute action dans ce domaine ».

    4.2.                    Le mépris américain

    Le mépris des règles internationales est profondément ancré dans la pratique et la culture intellectuelle américaine. Les exemples des Accords de Genève en 1954 ou du Nicaragua en 1986 en témoignent. Mais la principale innovation des années Reagan-Clinton est dans le caractère parfaitement assumé du mépris américain à l’égard de la législation internationale.


    Dans Foreign Affairs, la revue de référence de l’establishment américain éditée par le conseil des Affaires étrangères, la National Security Strategy (SSN) est présentée en septembre 2002. La « nouvelle grande stratégie impériale » prévoit que les Etats-Unis domineront le monde, détruisant ceux qui les défieraient. L’ONU ne servira qu’à entériner les décisions de Washington. L’invasion de l’Irak y est implicitement annoncée.


    Même parmi les élites américaines cette doctrine fut vivement critiquée, bien que sur des bases assez minimale : le principe était bon mais le style et les modalités d’application constituaient un véritable danger pour la nation et les intérêts américains.

    En effet par le passé cette doctrine s’est amplement appliquée, mais avec plus de discrétion, de diplomatie et surtout moins de provocation.

    4.3.                    ONU et les traités internationaux

    Le respect de la souveraineté américaine est l’excuse utilisée pour violer systématiquement les traités internationaux.

    Afin de « respecter » leur propre souveraineté, les Etats-Unis refusent en général à signer les conventions internationales qui pourraient régir ce qui se passe sur leur sol. Lorsque exceptionnellement ils acceptent de signer, ils y font ajouter une clause de réserve dont les termes sont « Ne peut s’appliquer aux Etats-Unis ».

    Ainsi, les Etats-Unis, en signant avec 40 ans de retard la convention sur les génocides, y ont fait ajouter la clause « Ne s’applique pas aux Etats-Unis sans l’accord des Etats-Unis ». Cette clause servit à faire annuler une accusation de crimes de guerre déposée auprès de l’ONU début 1999.


    En 1986 la Cour internationale de justice condamne les Etats-Unis pour « usage illégal de la force » contre le Nicaragua. La Cour ordonne qu’ils cessent toute aide au contras, se retirent et s’acquittent de réparations importantes.

    La Cour est alors accusée de s’être discréditée. Le Congrès américains, majoritairement démocrate à cette époque, vota de nouveaux fonds pour les contras.

    Lorsque l’Assemblée générale des Nations unies proposa une résolution identique, les Etats-Unis, suivi seulement d’Israël et du Salvador, votèrent contre.


    Les Etats-Unis refusent généralement de prendre en charge le moindre coût des missions civiles de l’ONU, en particulier au Kosovo ou au Timor Oriental. Les Etats-Unis refusent également depuis des années de payer à l’ONU ce qu’ils lui doivent conformément aux traités.

    En 1998, Washington a fait réduire le budget de l’ONU de 15%, et de 20% supplémentaire en 1999.

    4.4.                    L’utilisation de l’article 51

    Article 51 de la Charte de l’ONU :

    Aucune disposition de la présente Charte ne porte atteinte au droit naturel de légitime défense, individuelle ou collective, dans le cas où un Membre des Nations Unies est l'objet d'une agression armée, jusqu'à ce que le Conseil de sécurité ait pris les mesures nécessaires pour maintenir la paix et la sécurité internationales. Les mesures prises par des Membres dans l'exercice de ce droit de légitime défense sont immédiatement portées à la connaissance du Conseil de sécurité et n'affectent en rien le pouvoir et le devoir qu'a le Conseil, en vertu de la présente Charte, d'agir à tout moment de la manière qu'il juge nécessaire pour maintenir ou rétablir la paix et la sécurité internationales.

    http://www.un.org/french/aboutun/charte/chap7.htm


    Lorsque les Etats-Unis bombardèrent les villes libyennes en 1986, on invoqua officiellement la « légitime défense contre une agression future », ce qui constitue une interprétation très créative de l’article 51 de la Chartre des Nations unies.

    Dans un même ordre d’idée, le Panama fut envahi afin d’empêcher que le « territoire panaméen serve de base à la pénétration des drogues aux Etats-Unis ».


    En juin 1993, Clinton fit bombarder l’Irak. Albright se référa à l’article 51 pour expliquer que ces bombardements étaient destinés à défendre les Etats-Unis contre une agression militaire – en fait une prétendue tentative d’assassinat contre l’ex-président George Bush qui eut lieu 2 mois plus tôt.

    Aucun vrai débat ne porta sur la légitimité légale de cette intervention.


    En 1998, concernant l’Irak, Madeleine Albright annonça au Conseil de sécurité que les américains agiraient « multilatéralement s’il le peuvent et unilatéralement s’il le faut », car « cette zone géographique est vitale pour les intérêts américains ».

    Clinton annonça que si l’Irak ne répondait pas au critères de conformité (élaborés à Washington), « tout le monde comprendra que les Etats-Unis et leurs alliés s’autorisent à riposter quand, où et à la manière qu’ils auront décidés ».

    Mais le Conseil de sécurité ratifia à l’unanimité l’accord rapporté par Kofi Annan et rejeta la proposition anglo-américaine d’autoriser l’usage de la force en cas de non-respect de l’accord.

    Les américains prétendirent que la résolution leur donnait le droit d’agir si les Etats-Unis n’étaient pas satisfait de l’attitude de l’Irak.



    5.    Le terrorisme

    5.1.                    Un nouvel Ennemi

    Après le 11 septembre 2001, le terrorisme international fut désigné comme le nouvel Ennemi à combattre.


    Derrière un accord presque général des responsables sur cet ennemi, les appréciations divergent quand à la réponse appropriée à donner aux crimes terroristes.

    Encore une fois, le problème ici est celui de la bonne foi des personnes ou organisations qui définissent et identifient le terrorisme. Toute définition honnête du terrorisme désignerait également les Etats-Unis, et bien d’autres Etats puissants, comme des Etats terroristes.


    La Charte des Nations unies prévoit « le droit à l’autodétermination, à la liberté et à l’indépendance des peuples privés de ce droit par la force, […] notamment des peuples qui sont soumis à des régimes coloniaux ou racistes ainsi qu’à des occupations étrangères ».

    Mais une résistance armée contre un tel régime peut être vu comme un acte de terrorisme.

    Ainsi les Etats-Unis et Israël considèrent comme terroriste le mouvement de résistance au régime sud-africain, allié des Etats-Unis, régime qui avait plus d’un million et demi de morts sur la conscience et avait occasionné environ 60 milliards de dollars de dommages aux pays voisins entre 1980 et 1988.


    Comment réagir face au terrorisme ? D’aucuns prétendent que le terrorisme est un mal « absolu » et doit être traité en retour selon « la doctrine absolue de la réciprocité ». Œil pour œil, dent pour dent.

    Mais comment les américains auraient-ils réagit si les pays victimes des attaques techniquement terroristes de la part des Etats-Unis s’étaient mis, au nom de la réciprocité, à bombarder Washington ?


    Deux exemples parmi tant d’autres, qui entrent parfaitement dans le cadre des définitions modernes du terrorisme :

    • En 1982, l’invasion du Liban par Israël fit 20 000 morts et laissa l’ensemble du pays en ruine, en particulier sa capitale Beyrouth. Rafael Eitan, chef d’état-major israélien, annonça que l’objectif de cette invasion était de « détruire l’OLP en tant que partenaire possible dans les négociations concernant la Terre d’Israël ». Les Etats-Unis ont soutenue cette invasion, ainsi que les opérations violentes ordonnées par Shimon Peres dans les années 80.
    • En 1998, Clinton ordonna le bombardement de l’usine pharmaceutique d’Al-Shifa au Soudan, faisant plusieurs dizaines de milliers de morts et ayant des conséquences terriblement dramatiques pour l’économie et la société du Soudan. La raison invoquée de ce bombardement fut que l’usine aurait produit des armes chimiques.

    5.2.                    Les attentats du 11 septembre

    Les attentats du 11 septembre n’étaient pas imprévisibles. Les organisations terroristes du Moyen-Orient avaient déjà projeté des attentats tout au long des années 1990. En 1993, elles furent assez près de faire sauter le World Trade Center. Leurs modes de pensée étaient alors indubitablement familiers aux services de renseignements américains, qui avaient participé à leur recrutement, les avaient entraînées et armées depuis 1980 et continuaient à travailler avec eux.


    Des enquêtes sur Al-Qaïda et Ben Laden montrent qu’ils étaient quasiment inconnus jusqu’à ce sur Clinton bombarde le Soudan et l’Afghanistan en 1998. Ce sont les bombardements qui ont dopé le soutien, le financement et le recrutement d’Al-Qaïda et ont fait de Ben Laden une figure majeure.

    5.3.                    Le terrorisme : un bon alibi ?

    Le ministère des finances américain dispose d’un service, l’Office of Foreign Assets Control (OFAC), charger d’enquêter sur les transferts financiers douteux, une tâche cruciale de la « guerre contre le terrorisme ». Entre 1990 et 2003, il y a eu 93 enquêtes liées au terrorisme, débouchant sur des amendes totalisant environ 9000$, contre 11 000 enquêtes relatives à Cuba, avec des sanctions s’élevant à 8 millions de dollars.


    Les premières justifications de l’intervention contre l’Irak en 2003 furent liées aux terrorisme : liens de ce pays avec le terrorisme d’Al-Qaïda, armes de destructions massives. Par la suite il a été démontré que ces accusations étaient fallacieuses.


    Le refus de l’Afghanistan de livrer des suspects concernant les attentats du 11 septembre servi de prétexte au bombardement du pays. Mais les Etats-Unis eux-mêmes ont refusé des demandes d’extradition de la part de Haïti et du Nicaragua concernant des criminels ayant participé dans ces pays au terrorisme (d’Etat ou non).


    La mise en application du Syria Accountability Act en décembre 2003 prive les Etats-Unis d’une source majeure de renseignements sur le terrorisme islamiste radical au profit d’imposer dans ce pays un régime qui accepte les exigences américano-israéliennes.

    Cet Act reproche à la Syrie de violer la résolution 520 de l’ONU. Or cette résolution avait été rédigée en 1982 à l’encontre d’Israël, qui a continué à passer outre cette résolution et d’autres jusqu’à nos jours.



    6.    Bibliographie

    Noam Chomsky : « La Fabrique de l'Opinion publique - La Politique économique des médias américains ».

    Noam Chomsky : « De la guerre comme politique étrangère des Etats-Unis ».


    Divers articles de Wikipédia.