1.    Les théories existantes sur l’origine des religions

L’explication des croyances et des comportements religieux est à chercher dans la façon dont fonctionne l’esprit humain.

1.1.1.      La religion est une explication


  1. Les humains ont créé la religion pour expliquer des phénomènes naturels mystérieux.
  2. La religion explique des phénomènes mentaux mystérieux : rêves, prémonitions, etc.
  3. La religion explique l’origine des choses.
  4. La religion explique pourquoi le mal et la souffrance existent.

Expliquer, c’est trouver un contexte qui rend un phénomène moins surprenant et d’avantage conforme à l’ordre général des choses. Or les explications religieuses semblent procéder à l’inverse : elles compliquent les choses au lieu de les simplifier. La religion crée des « mystères pertinents » plutôt qu’elle n’explique des phénomènes.


L’erreur de l’intellectualisme est de croire que l’esprit humain obéit à un besoin général d’explication. Sur des nombreux domaines l’homme n’a que faire d’explications.

1.1.2.      La religion réconforte


  1. Les explications religieuses rendent notre mortalité moins insupportable.
  2. La religion soulage l’angoisse et compense l’inconfort du monde.

L’idée qu’il est naturel que la vie soit dure, brutale et courte pour le plus grand nombre apaise l’angoisse et fournissant un contexte dans lequel la nature de l’existence est expliquée, ou dépassée par la promesse d’une vie meilleur ou du salut.


Cependant, certaines notions ne sont terrifiantes que dans des cultures proposant une explication. On n’a pas peur des fantômes si on ne nous en parle pas. En règle générale, le surnaturel ne rend pas le monde plus « confortable ». Le monde religieux est souvent plus terrifiant qu’un monde sans religion. On ne trouve pas plus de religion « rassurante » dans des régions du monde où la vie est particulièrement difficile ou dangereuse.

L’un des seuls systèmes religieux ouvertement destinés à donner une vision réconfortante du monde est le mysticisme « New Age », qui a surgi et prospéré dans l’une des sociétés les moins dangereuses et les plus prospères de l’Histoire.


De nombreuses religions (parmi les plus anciennes) ne proposent pas de salut pour la vie post-mortem, au contraire même. L’esprit humain connaît également de nombreuses autres situations de stress et de peur pour lesquels il ne cherche pas des illusions réconfortantes. De fait, un organisme qui abuserait de ce genre d’illusions ne survivrait pas longtemps : c’est la peur qui déclenche des mécanismes biologiques (adrénaline ou autre) qui permettent à l’individu de réagir au mieux pour sa survie.

1.1.3.      La religion fonde l’ordre social


  1. La religion est source de cohésion sociale.
  2. La religion perpétue un ordre social particulier.
  3. La religion fonde la morale.

La religion, bien souvent, organise la vie sociale. Son rôle n’est absolument pas négligeable.

L’homme possède un équipement mental, c'est-à-dire des émotions et des façons de penser particulières, conçu pour la vie en société et l’application de règles morales.

Malgré des religions très différentes, les principes moraux sont partout très similaires. Ces principes moraux prévaudraient de toutes façon, la religion ne les aurait que incorporé.

La religion a été, historiquement, un facteur de stabilité des états institués, ou un facteur de rébellion et de déstabilisation. Son rôle politique n’est donc pas toujours en faveur de l’état.

1.1.4.      La religion est une illusion.


  1. Les gens sont superstitieux, ils croient n’importe quoi.
  2. Les concepts religions sont irréfutables.
  3. Il est plus difficile de réfuter que de croire.

Les gens passent généralement très peu de temps à vérifier les informations culturelles qu’il acquièrent.

Cependant les gens ne croient pas « n’importe quoi ». La religion n’est pas un domaine où tout est permis, où n’importe quelle croyance étrange peut apparaître et être transmise de génération en génération. C’est toujours les mêmes schémas qui se retrouvent dans les religions.

1.2.                    Quelques constatations sur les religions

La religion offre une diversité incroyable de par le monde, même entre deux pays de la « même » confession (par exemple l’Irlande catholique et l’Afrique catholique).


  • Les êtres surnaturels peuvent être très différents selon les traditions. Fantômes, ancêtres, Maîtres des fauves, dieu unique ou multiples, démons, etc.
  • Certains dieux peuvent mourir.
  • Beaucoup d’esprits sont vraiment stupides. Puissants, méchants, et stupides. Les humains peuvent les berner.
  • Le salut n’est pas toujours un souci central. Par exemple, voir les conceptions de la vie post-mortem des premiers hébreux.
  • La religion officielle n’est pas toujours toute la religion. Il y a très souvent un ensemble de concepts religieux qui gravitent autour et en plus de la religion officielle.
  • Les gens ne sont pas toujours conscients d’avoir une religion, quand celle-ci est tellement intégrée dans la vie quotidienne qu’on ne se pose même pas la question de savoir si c’est une religion.
  • On peut aussi avoir un ensemble de croyance sans que l’ensemble de celles-ci se rattache à une religion « établie ».

2.    Fonctionnement mental

2.1.                    La théorie des mèmes

La culture peut être vue comme une population de mèmes. Ceux-ci, comme les gènes, sont des programmes auto-répliquants. Les mèmes sont des unités culturelles qui incitent les individus à parler ou agir de façon à ce que d’autres individus enregistrent une version dupliquée de ces unités.

Une « culture » est alors un ensemble de ces éléments chez un individu.

Cependant, contrairement aux gènes, les mèmes subissent des modifications et altérations lors de leur transmission.

Certains mèmes sont plus performants que d’autres, ils se répandront mieux et sans subir de modifications, et peuvent rester stable au sein d’une population donnée. Les concepts religieux et tout ce qui leur est associé font partie de ces mèmes très efficaces.


En fait les mèmes, au lieu de se transmettre et d’être modifié, sont plutôt reconstruit dans un esprit cible d’une façon plus ou moins similaire à la version originale.

2.2.                    Systèmes d’inférence

2.2.1.      Définitions

L’esprit se compose d’un grand nombre de dispositifs d’explication spécialisés, nommés systèmes d’inférence. Chacun de ces systèmes est adapté à certains types d’évènements précis, certains champs d’actions et de réflexions. Ils suggèrent automatiquement des explications à leur propos, des suites de déductions rapides et inconscientes.


Un concept est une instanciation d’un schéma conceptuel, ou concept ontologique, avec possibilité de modifications, ajouts ou suppressions plus ou moins importantes. Exemple : un lion est un animal, avec telles et telles caractéristiques spécifiques.

Ces schémas conceptuels permettent de construire des inférences à propos d’une instance dont pourtant on ne connaît pas tout. Exemple : On se doute qu’un lion doit manger pour subsister, même si on n’a jamais vu un lion manger.


Les concepts ontologiques contiennent des listes de propriétés applicables par défaut à leurs instances. Ils forment un dispositif qui permet au cerveau de reconstruire des représentations similaires à partir d’informations incomplètes.

Une inférence par défaut est une déduction de ce type, formée à partir d’une information contenue dans le concept mais dont on ne sait rien a priori au sujet de l’instance.

2.2.2.      Les divers systèmes d’inférence

On compte

  • Un système de physique intuitive : trajectoire des objets, etc.
  • Un système de détection des buts : déterminer les motivations des gens.
  • Un système de psychologie intuitive : savoir ce que les gens pensent. Il est composé de plusieurs sous-systèmes, dont la représentation de la représentation mentale des autres, les systèmes de simulation des sensations, …
  • Un système de structure-fonction : savoir à quoi et comment sert un objet.

Ces systèmes s’activent ou non en fonction des circonstances.


Quand nous voyons quelqu’un faire des gestes, les parties du cerveau servant à faire ces gestes sont stimulées comme si nous étions en train de les accomplir, mais l’action finale est inhibée.

Il en est de même pour l’expérience de la douleur à laquelle on peut être spectateur.


Le cerveau déduit les concepts ontologiques en élevant au niveau « méta » les informations et les données qu’il traite. Ces concepts sont acquis petit à petit, les éléments précurseurs ressemblent souvent peu au produit final.

2.3.                    Le découplage des pensées

Evidemment l’esprit humain peut se projeter dans le passé ou le présent, dans l’hypothétique, pour évaluer des situations. Il n’est pas condamné au présent. Les psychologues disent que les pensées sont découplées de leurs inputs et outputs pertinents.

Les idées découplées activent les systèmes d’inférence de la même façon que les situations réelles.

La cognition découplé de manifeste chez les enfants dès qu’ils jouent à « faire semblant ».

2.4.                    Le poids de l’époque des chasseurs-cueilleurs, la psychologie évolutionniste

Le cerveau a été désigné par la sélection naturelle à l’époque des chasseurs-cueilleurs, époque qui a duré infiniment plus longtemps que celle depuis la découverte de l’agriculture. Vu notre faiblesse physique, les informations à l’époque étaient vitales.

Ce dont nous avons le plus besoin, c’est premièrement de l’information concernant le monde extérieur (trouver des ressources, savoir y retourner, détecter les prédateurs, savoir si tel aliments est comestible ou non…).

Deuxièmement, la survie dépendait très fortement de l’évaluation des autres membres de la communauté humaine avec qui on devait coopérer. Un humain seul, dans le milieu dans lequel l’homme a évolué, était quasiment condamné. La coopération et le regroupement étaient donc vitaux. D’où l’importance de savoir choisir ses compagnons, de savoir les estimer en situation de stress ou non, de connaître l’état mental des autres en somme.

Les hommes possèdent un système d’inférence spécialisé dans ce type d’évaluation, ce qui explique qu’elles se fassent automatiquement et très rapidement.

2.5.                    Information stratégique

L’information stratégique est le sous-ensemble de toute l’information disponible à un moment donné (pour un agent particulier, dans une situation particulière) qui active les systèmes mentaux chargés de réguler les interactions sociales.

Dans les interactions sociales, nous supposons que l’accès des autres à l’information stratégique n’est ni parfait ni automatique. Le problème est donc d’estimer ce que les autres savent de l’information que nous jugeons stratégique, et d’en acquérir d’autres.

Chez les êtres humains il est difficile de savoir précisément quelle information sera stratégique ou non.

2.6.                    Quelques aspects sociaux

Notre espèce possède des capacités d’interaction sociale inégalées par les autres espèces.


Le colportage des cancans compte parmi les activités humaines les plus fondamentales. Universellement pratiqué, apprécié et méprisé, les cancans concernent surtout les sujets tels que le statut social, les ressources et la sexualité. Ce sont des informations vitales en terme de survie et reproduction. Le commérage perd de son attrait quand il s’écarte de ces sujets.

Le mépris au sujet de ces commérages vient de la peur d’en être victime. De plus même si nous aimons les commérages, nous voulons être digne de confiance pour maintenir de bonnes relations sociales. Il est donc important de donner l’image de quelqu’un qui ne trahi pas les secrets.


L’échange social (échange de cadeaux, de faveurs, de services) compte parmi les plus anciennes pratiques humaines, puisque le partage et l’échange des ressources ont longtemps été une nécessité.

Pour un problème logique ou mathématique donné, les gens ont plus de facilité à le résoudre s’il est présenté sous forme d’un problème « social ».

Le fait que l’échange social ait un système d’inférence particulier est confirmé par l’existence de pathologies cérébrales où se trouve endommagé sans que d’autres fonctions mentales soient affectées.

2.7.                    Coalitions

Bien que nous ayons une expérience constante de la vie en société, nous ne la comprenons pas très bien, voire pas du tout. Nous ne calculons pas nos relations en terme de stratégie, utilité, fiabilité, mais nous ressentons des choses en terme de colère, sympathie, etc., sur le groupe (à relativement petite échelle) de nos relations sociale. Les émotions nous poussent dans la bonne direction, plus efficacement que si notre lente pensée consciente devait calculer des évaluations des situations sociales très compliquées de la vie de tous les jours. Enfin, nos systèmes d’interaction sociale n’ont pas évolué dans le contexte de groupes pléthoriques et d’institutions abstraites comme l’Etat, les grandes entreprises, les syndicats et les classes sociales. Nous sommes les descendants de petites bandes nomades.


Les humains gèrent les relations sociales entres les groupes en recourant à des concepts anthropomorphiques : tel groupe veut ceci, se révolte contre cela, etc. C’est une grande simplification de la complexité des relations entre groupes humains.


Il y a en l’homme un besoin désespéré de faire partie d’un groupe et de faire la preuve de sa loyauté. L’effet de sentir qu’on appartient au même groupe que quelqu’un d’autre est très important dans notre relation avec lui.

Des expériences ont montré que très rapidement, au sein d’un groupe nouvellement formé, les sujets se montrent mieux disposés envers les autres membres du groupe qu’envers les autres. Ils perçoivent des différences en termes de beauté, d’honnêteté et d’intelligence. Ils se montrent plus enclins à tromper ou à maltraiter les membres de l’autre groupe. On est prédisposé dès l’enfance à considérer que les groupes sociaux sont fondés sur des propriétés communes indétectables, une notion d’essence commune entre les membres.


Les coalitions sont un exemple de coopérations très complexe. Elles se font très naturellement entre les hommes. Aucun être humain n’a besoin d’être formé dans l’art et la manière d’établir la coopération entre partenaires ou de détecter des menaces potentielles visant cette coopération. Les enfants forment des coalitions très tôt.

<<Caractéristiques des coalitions>>

Le comportement d’un groupe dominant par rapport à un autre provient du désir des dominants de maintenir son groupe dans cette position, par rapport aux groupes minoritaires dominés.

2.8.                    Le malaise face à la mort

Les psychologues sociaux observent que la simple pensée du caractère général et inévitable de la mort induit des effets cognitifs spectaculaires. La conscience d’être mortel déclenche une attitude socialement protectrice où toute personne différente et toute conduite non conforme à nos normes culturelles induisent de fortes émotions.


En réalité, le vrai impératif n’est pas la survie mais la transmission des gènes. La survie n’est qu’une seconde priorité.


Il n’y a pas d’explication claire du chagrin qu’on éprouve face à la mort. Des études statistiques ont pu montrer que l’intensité relative du chagrin correspond à la « valeur » de l’investissement génétique et financier perdu. De même on pleure plus une personne qui pourrait nous apporter plus en terme de coopération sociale.

2.9.                    Défaut de raisonnement

L’esprit humain n’est pas fait pour les croyances claires et fondées :

  • L’effet de consensus : Les gens tendent à aligner leur perception d’une scène sur ce qu’en disent les autres.
  • L’effet de faux consensus : Tendance à penser que nos impressions sont partagées par les autres.
  • L’effet de génération : L’information que l’on crée soi-même est souvent mieux mémorisée que celle qui est perçue.
  • Les illusions mnésiques : On peut créer très facilement de faux souvenirs, et en être convaincu.
  • La confusion des sources : Dans certaines circonstances, les gens ne savent plus très bien d’où provient une information.
  • La biais de confirmation : Dès lors qu’on envisage une hypothèse, on a tendance à remarquer et à mémoriser tout ce qui semble la confirmer, mais on remarque beaucoup moins ce qui pourrait la réfuter.
  • La réduction de la dissonance cognitive : Nous avons tendance à réajuster le souvenir de nos croyances et impressions à la lumière de notre expérience.

Etc.

3.    A quoi ressemble le surnaturel

Les idées religieuses sont élaborées à partir de schémas conceptuels communs à l’ensemble de l’humanité.

3.1.                    Introduire une violation dans nos attentes intuitives

Les schémas « normaux » n’intéressent pas. Exemple : Si on lâche cet objet, il tombe vers le sol et finit par y rester.


Les concepts religieux ont leurs propres schémas conceptuels. Ils doivent respecter deux conditions. La première est qu’ils violent certaines prédictions des catégories ontologiques. La seconde est qu’ils en préservent d’autres. L’information qu’elles contiennent contredit une partie de celle fournie par la catégorie ontologique. Exemple : Statue qui écoute = [ARTEFACT] + fonctions cognitives.


Un concept religieux préserve toutes les inférences par défaut, sauf celles qui sont explicitement exclues. C’est ça qui lui donne un « air de famille ».

3.2.                    Limitations des violations

L’étrangeté, en plus d’être très relative, n’est pas tout. Exemple : Il n’existe qu’un dieu ! Il est tout puissant mais n’existe que le mercredi.

Les concepts très répandus sont assez sobres et centrés sur une seule violation à la fois dans une seule catégorie. Les bons concepts doivent permettre toutes les inférences que la violation n’interdit pas expressément.


Les violations ontologiques (comme par exemple la sainte vierge qui donne naissance à un enfant sans relation sexuelle) sont bien mieux retenues que les violations simplement « étranges » (comme par exemple une femme qui aurait 37 enfants).

Les idées religieuses ont souvent, en plus d’une violation ontologique, des violations étranges qui s’ajoutent à celle-ci en la préservant. Ces dernières sont instables, variant beaucoup au court du temps et de la propagation géographique.


Le catalogue des schémas conceptuels surnaturels, qui épuise l’éventail des concepts culturellement établis, est assez mince. Les personnes peuvent être présentées comme ayant des propriétés physiques spéciales (comme les fantômes ou les esprits), des propriétés biologiques spéciales (comme ces dieux qui ne vieillissent pas ni ne meurent jamais) ou des propriétés psychologiques spéciales (des facultés perceptives illimitées ou le don de prescience). Les animaux, les plantes et les objets naturels aussi peuvent avoir ces caractéristiques. Les artefacts peuvent être dotés de propriétés biologiques (les statuent qui saignent) ou psychologiques (elles entendent les prières).

4.    Pourquoi des dieux et des esprits

4.1.                    Des dieux proches du peuple

La doctrine n’est pas nécessairement l’aspect principal ou le plus important des concepts religieux. Ce qui compte c’est la façon dont les agents peuvent influencer la vie, et ce qu’il convient de faire à leur sujet. Les concepts religieux sont presque toujours invoqués lorsque les gens en ont besoin, au sujet d’un évènement particulier. Bien souvent les agents surnaturels qui comptent le plus ne sont pas ceux avec le plus de pouvoirs (théoriques), mais ceux qui sont les plus proches, qui ont un impact direct, avec qui l’interaction est possible.

Les humains se représentent plutôt des agents (dieux ou esprits) « à leur image ». Plus précisément, ils sont toujours dotés d’un intellect humain.

4.2.                    Hyper détection des prédateurs

Les humains, par leur passé de proie et de chasseur, ont l’habitude d’hyper détecter des agents dans la nature, de par le mouvement des feuilles, les bruits, etc.

Les références à la chasse étaient très fréquentes dans les religions.

Ce n’est pas vraiment l’hyper détection qui inspire des concepts religieux, mais plutôt le concept qui donne tout son sens à l’expérience, quand elle se produit.

4.3.                    Compagnons imaginaires

Les compagnons imaginaires jouent un rôle important. Dès l’age de trois ans et jusqu’à 10 ans environs, beaucoup d’enfants entretiennent des relations avec un ou des compagnons imaginaires. Ils ne sont pas le signe d’une confusion entre réalité et imaginaire.

Ces compagnons sont un terrain d’entraînement pour nos capacités sociales.

Les agents surnaturels ne sont pas tout à fait des compagnons imaginaires, puisque contrairement à eux les gens croient qu’ils existent vraiment.

4.4.                    Les dieux et l’information stratégique

Dans les interactions avec les agents surnaturels, nous supposons qu’ils ont un accès illimité à l’information stratégique. Dans toute situation, étant donné une information pertinente du point de vue de l’interaction sociale, les hommes supposent que ces agents « à accès stratégique total » connaissent cette information.

Cette notion d’accès à toute l’information, notamment celle qui est stratégique, n’est jamais explicite et n’as pas besoin d’être transmise de façon explicite.


Les brutes divines : ces dieux ne savent rien de ce qui  se passe mais ils peuvent, par pure inadvertance, rendre malade, faire s’écrouler les toits, apporter la richesses, etc.

Les agents théologiques : ils se représentent absolument tout ce qui se passe dans le monde.

Les agents stratégiques : si une information a une valeur stratégique pour les systèmes d’inférences, ils y ont accès.


Les agents théologiques existent en théorie, mais en pratique ça n’intéresse personne de savoir que dieu sait tout ce que contient notre dentifrice.

Une sélection naturelle se fait, étant donné la manière dont fonctionne notre esprit, sur les agents stratégique. Ce modèle génère également des inférences plus riches.

5.    La religion, la morale et le malheur

5.1.                    Moralité

Le raisonnement moral est basé sur un système de lois et d’inférences décrivant des principes très généraux. Mais des sentiments moraux apparaissent aussi quand on fait telle ou telle action. Les deux processus se mélangent.


La recherche expérimentale montre qu’il existe un système d’inférence spécifique précoce, un sens moral qui sous-tend les intuitions éthiques. Les notions morales ne sont pas confondues avec celles qui permettent de gérer d’autres aspects des interactions sociales (différence entre taper quelqu’un d’autre, et crier en classe par exemple).

Le « réalisme moral » est l’hypothèse qu’une conduite est soit bonne, soit mauvaise, soit dénué de pertinence morale. Par exemple, un vol reste intrinsèquement une action mauvaise. Cette valeur intrinsèque change peu durant le développement.


L’établissement d’un code moral abstrait, avec principes et déductions, est un artefact culturel pas obligatoire.

5.2.                    Un problème de coopération

Le problème général consiste à expliquer comment l’évolution peut engendrer l’altruisme chez les animaux, humains y compris.


L’entraide, avec des partenaires fiables et loyaux, permet d’assurer une meilleure survie. Les gènes responsables des stratégies d’entraide loyale ont ainsi plus de chance de se répandre. Les bonnes dispositions gratuites (laisser un pourboire, etc.) sont donc un moyen d’exhiber sa fiabilité en terme de coopération.

Montrer qu’on est prêt à châtier (de façon passionnée, et irrationnelle pour son propre intérêt) les tricheurs incite les autres à l’honnêteté. Ce coût d’une disposition irrationnelle à l’honnêteté est amplement compensé par les avantages de la coopération.


La coopération se fait mieux avec des individus qu’on peut comprendre et dont on peut décoder les signaux. La coopération avec les « étrangers » est donc difficile.

5.3.                    Aspects religieux

Toutes les sociétés ont des principes moraux, et toutes ont des notions d’agents surnaturels. Comment relier ces deux notions ?

Les deux scénarios suivants sont répandus pour expliquer ce lien, même s’ils sont erronés.

  • Malgré leurs mauvais penchants, les hommes croient en l’existence de dieux, et comme ceux-ci exigent un certain type de comportement, les hommes respectent leurs lois.
  • Des accidents se produisent, les gens veulent comprendre pourquoi ; le fait d’avoir une religion le leur permet.

Mais en réalité, la religion n’est pas le fondement de la moralité, ce sont les intuitions morales qui rendent la religion pertinente ; la religion n’explique pas le malheur, c’est la façon dont les gens considèrent les malheurs qui rend la religion facile à adopter.

5.3.1.      Trois types de divinités


  1. Les dieux législateurs : Les principes moraux existent parce que les dieux en ont décidé ainsi. Il existe des listes d’interdits et de normes.
  2. Parangon : Les sages et les saints sont à la fois assez différents des hommes normaux pour représenter un idéal et assez proches d’eux pour servir de modèles. Exemples : Bouddha, Jésus, Mahomet.
  3. Les dieux sont concernés par nos choix : Cette idée est très répandue.

Ces trois théories ne s’excluent pas mutuellement. Elle sont très souvent mélangées, mais même dans ce cas là, en pratique, le modèle de l’observateur concerné est largement dominant.

En effet, les théories du législateur et du parangon sont insuffisantes (pour le premier, les règles sont toujours trop générales, dans le second trop particulières à des situations données de l’existence du parangon).

De plus, en pratique les fidèles ont une connaissance très vague des lois originelles. Ce qui leur importe c’est les aspects pratiques.


Les agents surnaturels, avec leur accès illimité à l’information stratégique, sont au courant du contexte de toute action. Il est alors parfaitement logique de penser que votre intuition morale personnelle est identique à la façon de voir de cet agent, contrairement aux autres humains qui n’ont pas accès à toutes les informations pour pouvoir convenablement juger.


Notre évolution en tant qu’espèce de coopérateurs suffit à expliquer la psychologie du raisonnement moral, la façon dont les enfants et les adultes se représentent les dimensions morales de l’action. Cela ne nécessite aucun concept particulier d’agent religieux, aucun code spécial, aucun modèle à suivre. Toutefois, lorsqu’on dispose de concepts d’agents surnaturels ayant un accès total à l’information stratégique, ces concepts deviennent d’autant plus saillants et pertinents qu’on peut facilement les insérer dans un raisonnement moral qui existerait de toute façon. Ainsi, dans une certaine mesure, les concepts religieux parasitent les intuitions morales.

5.3.2.      La jalousie sociale

Le malheur, ou une succession de malheur, est souvent considéré de source surnaturelle. Les causes matérielles ou physiques des malheurs sont en général bien comprises, mais restent les questions du « pourquoi moi » et « pourquoi maintenant ».

Cela peut être une conséquence directe ou non de l’envie des autres (avec la sorcellerie par exemple). Plus que la jalousie, c’est d’être suspecté de « tricher » qui entraîne les représailles de ses voisins ou parents, collaborateurs, etc.

Dans cette vision sociale du malheur, les agents surnaturels disposants de toute l’information stratégique sont très bien placé pour déclencher des représailles contre les tricheurs. Les dieux et les esprits, une fois de plus, ne sont pas indispensables, mais particulièrement pertinents.

6.    La religion, les morts, la mort

Toutes les religions, ont quelque chose à dire à propos de la mort. Nombre de religions (parmi les anciennes) n’apportent aucune consolation, au contraire, sur le sujet de la mort. La survie post-mortem est très variée selon les traditions.


Les idées concernant la mort et les morts en général sont très vagues, mais les représentations des morts récents et de ce qu’ils peuvent faire aux vivants sont plus détaillées (long couloir, la lumière, une préparation à un long voyage, etc.).

Les religions, dans leur aspect pratique, traitent donc plus de ce qu’on doit faire du cadavre que des vrais problèmes philosophiques liés à la mort : les rituels concernent les cadavres.


Un caractéristique des rituels funéraires complexes est l’organisation de doubles funérailles. La première partie a lieu immédiatement après la mort ; elle a a voir avec la dangerosité du cadavre et se termine généralement par une mise en bière. La seconde partie, qui peut se dérouler des mois ou des années plus tare, est censée transformer le défunt en une entité plus stable, plus convenable et moins dangereuse. Ce double aspect rend ces rites similaires aux rites de passages.

6.1.                    Le malaise face aux cadavres

Les corps morts sont fortement liés à une notion d’impureté, de souillure et de contamination, ce qui est vrai d’un point de vue purement biologique. On observe la réaction classique face à un agent polluant éventuel, mais amplifiée.


Le cadavre est traité par les différents systèmes cognitifs gérant les relations sociales : le système de psychologie intuitive, le système de détection des êtres animés, le système de fichiers des personnes, le système de reconnaissance des visages, …

Cependant ces cadavres y induisent une dissociation : ils activent des inférences liées aux interactions sociales, en en contredisant certaines en même temps. Par exemple, on continue à parler à la personne morte, montrant que le système « fichier des personnes » est encore actif.

La culpabilité vient d‘une opposition entre les inférences nous incitant à nous débarrasser du corps, et notre fichier des personnes qui nous dit que la personne n’est pas encore absente.


Les cadavres sont donc remarquables dans ce qu’ils suscitent chez les humains, en dehors de toutes notions religieuses. Mais ils rendent certains concepts surnaturels pertinents, pour des raisons qui ont peu à voir avec un besoin de réconfort.

7.    Pourquoi les rituels ?

Dans presque tous les groupes humains on trouve différentes sortes de rituels, auxquels sont souvent associés des agents surnaturels.

Les gens accomplissent les rituels en vue d’obtenir certains effets, mais le rapport entre les actes prescrits et le résultat escompté est souvent assez opaque. Même s’il existe quelques explications, bien souvent les gens ne s’y intéressent pas. Au final, les rituels sont bien moins chargés de sens que d’autres interactions sociales.

Enfin, une fois le rituel installé, le refuser revient à refuser de coopérer avec les autres membres du groupe, ce qui n’est pas envisageable de façon très générale.

7.1.                    Une activité codifiée

Des lois spécifiques organisent le déroulement du rituel. Premièrement, chaque participant y a un rôle particulier. Deuxièmement, le lieu est particulier. Troisièmement, chaque acte doit être accompli d’une certaine manière. Quatrièmement, les instruments d’un rituel sont des objets spéciaux qui ne peuvent pas, en principe, être remplacés par d’autres. Enfin, le scénario, l’ordre dans lequel s’accomplissent les actions, est crucial.


Les rituels peuvent présenter trois caractéristiques. Ceux qui combinent les trois sont d’autant plus pertinents et transmis avec succès.

  1. Certains éléments s’accomplissent dans un sentiment d’urgence. Les participants ont l’intuition qu’il faut les accomplir de la manière prescrite, faute de quoi quelque chose de terrible peut arriver.
  2. Beaucoup de rituels ont des conséquences sociales. Il ne sont pas nécessaires pour expliquer la transformation, qu’on sent intuitivement, des rapports sociaux, mais sont pertinents dans ce contexte de « sociologie naïve ». Les rituels ne créent pas d’effets sociaux : ils créent l’illusion qu’ils en créent. Les naissances ou les mariages sont des évènements qui changent la donne sociale d’un groupe, il est donc important qu’ils soient connus. Les cérémonies sont un excellent moyen d’arriver à ce résultat.
  3. Il y a une notion d’agents surnaturels. Cette participation est en réalité facultative, comme en témoignent les rituels sans dieux ni esprits, mais est pertinente pour expliquer le changement (social ou autre) qu’entraîne le rituel et que nous ressentons intuitivement. Chez les non croyants ce rôle peut être remplacé par la société, le lignage ou la communauté.

Les rituels ont un agent spécial (les dieux, leurs représentant ou un individu spécialement chargé par eux d’effectuer le rituel) ; d’autres ont un patient spécial (les dieux ou leurs représentant sont ceux sur lesquels le rituel doit avoir un effet).

Les premiers sont accomplis assez rarement et en général une seule fois par personne : mariage, initiation, rituel de naissance, etc. Ils sont structurés pour produire des émotions violentes.

Les seconds sont au contraire sobres et fréquemment répétés (on offre un sacrifice aux ancêtres).

7.2.                    Une similarité avec les TOC

Ce qui confère aux rituels cette ambiance particulière, c’est non seulement leur rigidité mais aussi un ensemble d’éléments : l’insistance sur un certain nombre de couleurs ; le soucis de la souillure, de la pureté et donc de la purification ; l’évitement du contact ; des façons particulières de toucher ; la peur de sanctions graves, immanentes, provoquées par la transgression des règles ; l’accent mus sur les frontières et les seuils ; les dispositions symétriques et d’autres configurations spatiales particulières.


Les rituels, par leurs règles obsessionnelles, sont très proches des TOC. On y retrouve les mêmes caractéristiques. Dans les deux cas, l’accent est mis sur la pureté et la souillure ; la souillure peut être évitée par certaines actions (qui n’ont pas un rapport évident avec le résultat recherché).

Les TOC semblent venir d’un sur fonctionnement d’aires cérébrales qui assurent la combinaison entre projets et émotions. Les rituels doivent donc également activer ces aires, et en particulier le « système contagion ». Le danger potentiel est perçu intuitivement sans qu’aucun danger n’ait besoin d’être décrit explicitement. Des règles strictes et précises doivent être impérativement suivies même si aucune relation claire n’est formulée entre ces règles et le danger à éviter.

7.3.                    L’échange social

La théorie commune du sacrifice, sa justification, c’est que le malheur peut être tenu à distance et la prospérité, la santé ou l’ordre social préservés si les personnes concernées entrent avec les dieux dans une relation d’échange mutuel bénéfique.

Cependant, en tant qu’échange, les sacrifices sont pour le moins paradoxaux. Les animaux sacrifiés sont généralement consommés par les participants, mais finalement ce qu’offrent les dieux en retour n’est pas plus palpable. Il y a une correspondance intuitive entre ce que les gens pensent donner, et ce qu’ils pensent recevoir.

De plus, dans leur organisation matérielle, les sacrifices sont souvent des occasions de partage communautaire.


Des évènements paradoxaux, qui créent un flou cognitif, sont au centre des initiations masculines. Les hommes adultes sont à la fois leurs tortionnaires et leurs alliés dans une supercherie destinée aux femmes. Les participants ne comprennent pas ce qui s’est passé, mais ressentent que quelque chose les a transformés. En fait l’initiation permet surtout aux jeunes gens de s’assurer mutuellement de leur loyauté envers la coalition du groupe.

8.    Les corporations religieuses

L’existence de doctrines religieuses, qui nous paraît évidente et naturelle, n’est en fait que le résultat d’une histoire très spécifique. Avoir des idées religieuses n’implique pas nécessairement d’avoir « une » religion avec une doctrine particulière. Certaines société n’ont même pas la notion de « religion », tellement les pensées surnaturelles sont incluses dans les bases de leur culture.

On peut aussi suivre « officiellement » une tradition sans s’intéresser aux concepts théologiques abstraits mais plutôt aux aspects pratiques, et se laisser influencer par des coutumes « locales ».


Toues les religions ne pratiquent pas le recrutement et la formation de prêtres ou d’érudits sanctionnés par une institution spécialisée.

En ce qui concerne les religions sans doctrines, certaines personnes, étant perçues plus « douées » que la moyenne, peuvent devenir des spécialistes religieux. Leur autorité est surtout locale, et chacun possède une spécificité propre.

Pour les religions « établies » (christianisme, islam), les prêtres ou érudits sont simplement des gens qui ont suivi un enseignement particulier. Ils offrent tous les mêmes services, et leur compétence est garantie par une vaste organisation.


Il existe un mode de transmission imagiste, où les gens accomplissent des rituels « bruyants » avec une forte stimulation sensorielle et une imagerie très présente.

L’autre mode de transmission est doctrinal : ensemble cohérent, systématique et fréquemment répété de messages verbaux. Ce mode compte parmi les activités de la plupart des corporations religieuses, de par leur nature même.

Chez toute personne, il existe un concept religieux « officiel » - ce qu’elle dira en réponse à une question – et un concept « implicite » qu’elle utilise sans en avoir vraiment conscience.

8.1.                    L’apparition des corporations religieuses, caractéristiques

L’invention de l’écriture, dans des civilisations complexes, a permit la formation d’une caste limitée de lettrés, regroupés en organisation, qui se sont rapidement occupés de textes religieux.

Cette corporation tire sa subsistance des services religieux qu’elle rend. Ces services, peu palpable et très subjectifs, sont très vulnérables à la concurrence de concurrents ne faisant pas parti de la corporation. Cela explique pourquoi les castes ou corporations religieuses cherchent à gagner le maximum d’influence politique, qui leur assure une certaine pérennité dans la mesure où leurs services ne sont pas indispensables.

Les corporations religieuses favorisent l’esprit de coalition.


Pour parer la menace de la concurrence, l’une des solution consiste à créer une marque, c'est-à-dire un service (1) différent des autres, (2) identique, quel que soit le membre de la corporation qui le fournit, (3) facilement reconnaissable à quelque trait distinctif, (4) exclusivement fourni par l’organisation.

Pour parvenir à cette uniformité, la mise par écrit du credo est obligatoire. L’écriture permet aussi d’entretenir des idées complexes, qui sans ça seraient très vite oubliées (par exemple, les 613 mitzvot de la loi juive).

Elles fournissent une explication des dieux et des esprits qui est généralement cohérente (même si apparaissent souvent une théologie absconse et paradoxale, superbement ignorée par la plupart des fidèles), apparemment déductive, et stable. Les concepts sont toujours très généraux. Mais l’aspect doctrinal émousse la motivation des gens, les corporations perdent donc continuellement de l’influence. Les pratiques imagistes dissidentes la mettent en péril.


Les organisations tendent à minimiser l’importance de l’intuition, de la divination, de l’inspiration personnelle, de la tradition orale et des êtres possédant des qualités exceptionnelles, parce que tout cela échappe à leur contrôle.


Comme ces organisations se situent au niveau de l’état, elles rentrent forcément en conflit avec les agents locaux qui perdurent toujours. De plus, les gens modifient toujours la doctrine, quand ils n’y font pas des ajouts. Cette déformation est inévitable de par la nature fragmentaire de la transmission de l’information. Et quand la théologie est trop abstraite, les gens la particularisent en fonction de leurs expériences personnelles et de leurs besoins. Les gens, dotés d’un esprit et non d’une simple mémoire livresque, seront donc toujours théologiquement incorrects.

8.2.                    Le fanatisme

Le fondamentalisme est un phénomène moderne et une réaction à des conditions nouvelles.

Le monde moderne, avec ses moyens de communication, met énormément en concurrence les groupements religieux, beaucoup plus que par le passé.

Le monde moderne permet aussi une défection sans difficultés des valeurs ou corporations religieuses. La défection ne coûte rien, ce qui la rend très probable. C’est un aspect dangereux pour une coalition. Le fondamentalisme serait une tendance à faire monter les enjeux de la défection, et divers aspects illustrent bien cet esprit de coalition :

Les groupes fondamentalistes s’efforcent de contrôler la conduite publique des autres, même si la religion condamne explicitement le fait de juger la conduite d’autrui.

Ils essaient de punir les manquements aux normes religieuses par des châtiments publics et sévères, qui sont souvent une innovation par rapport à la tradition. C’est une réaction passionnelle.

La violence fondamentaliste est surtout dirigée vers les membres de la même communauté culturelle ou religieuse.

La cible des fondamentalistes est souvent une forme locale de religion modernisée.

9.    Pourquoi croit-on ?

L’hérédité est un processus simple d’acquisition de la religion. La religion est un processus « contaminant ». Il est beaucoup plus probable de se laisser contaminer par son environnement immédiat que par un autre.

9.1.                    La religion et la science

Opposées à la science, des religions purifiées apparaissent, avec des doctrines métaphysiques, sans trace de superstition gênante. Elles sont compatibles avec la science mais ne feront jamais de bonnes religions. Dans l’histoire de l’humanité, les gens ont toujours eu des pensées religieuses pour des raisons cognitives dans des contextes pratiques. Ces pensées sont efficaces. Et ces religions propres ne sont pas du tout à cette image.


Les concepts religieux mobilisent les ressources de systèmes mentaux qui seraient là, religion ou pas. La religion est une chose probable, étant donné les dispositions de notre cerveau.

L’activité scientifique, par contre, est tout à fait « contre nature » au vu de nos disposition cognitives. L’acquisition de connaissances scientifiques est beaucoup plus difficile, elle requiert un type particulier de communication et d’interaction sociale.

9.2.                    Apparition historique de la religion

La religion serait apparut en même temps que le « cerveau moderne », entre 100 000 et 50 000 ans, époque d’explosion culturelle et démographique. Cette explosion a sans doute été provoquée par un changement de l’activité mentale. On pense que à cette époque les capacités de référence symbolique et les représentations découplées se sont améliorées. Peut-être aussi le cerveau a-t-il acquit la capacité de faire communiquer l’information entre ses différents systèmes d’inférences, ce qui aurait eu pour conséquence de favoriser énormément toutes les activités s’appuyant sur plusieurs d’entre eux (religion, mais aussi art, …).

9.3.                    Résumé final

L’une des activité première des hommes modernes est l’échange d’information. C’est sa niche écologique, son principal moyen de survie. Ce comportement crée un gigantesque domaine d’informations qui se transmet à travers le temps. Des messages sont perdus, d’autres transformés en partie ou restent intacts, d’autres inventés. Parmi cette masse on en trouve qui provoquent plus d’inférences dans le cerveau. Avec le temps, cela suffit à créer une énorme différence, parce que les gens auront tendance à acquérir et transmettre ces concepts là plus que d’autres. Les concepts et comportements religieux en font partie.

Certains messages retiennent l’attention parce qu’ils violent nos intuitions sur les objets et les êtres qui nous environnent. Par exemple, des animaux qui parlent ou des îles qui partent à la dérive. Certains de ces thèmes sont remarquables parce qu’ils concernent des agents. Cela ouvre un domaine très riche d’inférences possibles. On peut se demander à quel point ils sont semblables à la présence invisible et dangereuse des prédateurs. On peut imaginer ce qu’ils perçoivent, ce qu’ils comptent faire, etc., parce que les systèmes d’inférence du cerveau produisent constamment ce genre de spéculations à propos des autres. Parmi ces hypothèses, certaines suggèrent que ces agents ont des informations sur les aspects pertinents des interactions entre les gens qui échangent ces messages. Cela incite fortement les gens à entendre, raconter et peut-être mettre en doute ces histoires. Cela permet aussi des développements ultérieurs par lesquels les gens peuvent combiner leurs intuitions morales avec l’idée que ces agents sont informés des aspects moraux de ce qu’ils font et de ce que les autres font. Il devient alors facile de les associer à des malheurs frappants, parce que nous sommes disposés à voir dans le malheur un évènement social, la responsabilité de quelqu’un plutôt que le résultat de processus mécaniques. Maintenant les agents sont crédités de pouvoirs qui leur permettent d’envoyer des désastres aux hommes, ce qui s’ajoute à la liste de leurs propriétés qui violent nos attentes intuitives et augmente sans doute leur pertinence. Les gens qui ont de tels concepts finiront par les relier avec les émotions et les représentations bizarres déclenchées par la présence de personnes mortes, parce que celle-ci crée un état cognitif étrange où les intuitions liées à la prédation et les divers processus mentaux concernés par l’identification des personnes produisent des intuitions incompatibles. Nous sentons à la fois que les morts sont là et qu’ils ne peuvent pas être là. Une fois qu’on a ce genre de concepts, il viendra un moment où il sera logique de les connecter avec les diverses actions répétées et largement dépourvues de sens que nous accomplissons souvent dans la crainte que leur non-accomplissement provoque de graves dangers. Ce sont donc maintenant des rituels dirigés vers les agents surnaturels. Dans la mesure où les rituels sont souvent pratiqués dans les contextes où les interactions sociales ont des propriétés non évidentes, il sera facile de considérer les agents comme le fondement de l’interaction sociale. Si nous vivons dans un groupe assez nombreux, il y aura sans doute des gens plus doués que d’autres pour produire des messages convaincants à l’intention des agents non intuitifs. Ces personnes seront probablement créditées de qualités internes particulières qui les différencient des autres. Elles finiront aussi par avoir un rôle spécial dans l’accomplissement des rituels. Dans les groupes nombreux où l’on trouve des spécialistes érudits, viendra un moment où ces derniers changeront tous ces concepts pour en donner une version légèrement différente, plus abstraite, moins contextuelle, moins locale. Il est également fort probable que ces spécialistes formeront une corporation ou guilde dotée d’ambitions politiques. Mais leur version des concepts ne sera pas vraiment optimale, de sorte qu’elle sera toujours combinée, dans l’esprit de la plupart des gens, avec des inférences spontanées et peu orthodoxes.

10.          Divers

Le fait de choisir des groupements humains particuliers en tant qu’unités culturelles n’est pas un acte naturel ou scientifique mais un acte politique.


Voltaire : « Si Dieu n’existait pas, il faudrait l’inventer ».


Schéma conceptuel pour les substances dégoûtantes : si une substance est considérée comme répugnante, elle le reste quel que soit sa dilution.


L’appartenance permanente à une « espèce » est une attente intuitive tiré des concepts ontologiques. On trouve donc dans de nombreux mythes des violations de cette contrainte. Mais ces transformations restent structurées : La transformation n’est pas complète : le prince se transformant en crapaud garde son esprit de prince. Les transformations se font entre catégories ontologiques proches : homme en animal plus souvent qu’en plante, animaux en hommes mais rarement en objet inanimé, etc.

Ici, « proche » signifie que les concepts ont un grand nombre d’inférences en commun.


Une interprétation de l’autisme est de le voir comme une incapacité de se représenter les représentations mentales des autres. Ils ont du mal à maîtriser les interactions sociales.

Les enfants autistes ratent l’expérience suivante, réussie par des enfants normaux de plus de 4 ans : une marionnette A entre et place une balle dans la boite A et sort. Une marionnette B entre et déplace la balle de la boite A à la boite B, puis sort. La marionnette a rentre de nouveau. Où va-t-elle chercher la balle ?

(PB004p150-151)


Trait commun à toutes les religions d’Afrique : il existe un ou quelques dieux suprêmes, mais ils tiennent peu de place dans la vie des gens, au contraire des esprits (des ancêtres ou autres). (PB004)


La prosopagnosie est une pathologie qui rends les patients incapables de reconnaître une personne en voyant son visage. (PB004p317)