Préambule recommandé :

  • les mécanismes de la politique américaine.

    Voir aussi :
  • Politique américaine et Amérique Latine.
  • Politique américaine en 1999 : Kosovo et Timor-Oriental.
  • Politique américaine et Moyen-Orient.

    1.    Viêt-nam

    1.1.                    La première guerre d’Indochine

    A la fin des années 40, la France essaye de reconquérir ses colonies d’Asie du Sud-Est, soutenue par les Etats-Unis, qui iront jusqu’à financer 80% des dépenses militaires vers la fin de la guerre.

    Les Etats-Unis veulent éliminer en Indochine l’influence communiste qui menace ses intérêts économiques. Hô Chi Minh est la figure centrale de ce mouvement vietnamien nationaliste de gauche. Raison supplémentaire pour les Etats-Unis : dans un pays aussi pauvre, ayant sévèrement souffert du colonialisme européen, un développement économique populaire pouvait avoir un effet d’entraînement dangereux et servir de modèle à d’autres peuples désireux de s’en inspirer.


    En 1954, les accords de Genève visent à unifier le Viêt-nam en organisant des élections générales en 1956.

    Il est évident pour tout le monde que les Viêt-minh vont sortir vainqueur du scrutin. La France s’est retirée, les Etats-Unis sabotent alors les accords et installent un gouvernement fantoche pratiquant le terrorisme officiel, tuant des dizaines de milliers de civils. La résistance s’organise, principalement dans le Sud.

    Le FLN est suivit par plus de 50% de la population, le gouvernement imposé par Washington n’a, lui, aucun soutien effectif.

    1.2.                    La première phase du conflit, de 56 à 65

    Les américains, faibles sur le terrain politique au Viêt-nam, font tout pour faire basculer la lutte politique vers la guerre.

    Officiellement, et donc dans les médias, les américains mènent le combat du monde libre pour contenir l’agression communiste : les combattants Viêt-cong infiltrent leur propre pays, avec le soutien de la population, pendant que les américaines résistent à cette agression.


    Entre 57 et 61, la répression intérieure tue 66 000 personnes et en emprisonne entre 50 000 et 150 000. Les membres du Viêt-minh qui ont résisté aux français en sont les cibles principales.

    La résistance est d’abord pacifique, les communistes n’autoriseront la violence en cas de légitime défense qu’à partir de 1959.

    Tous les partis vietnamiens font de sérieux efforts au début des années 60 pour éviter la guerre, mais les Etats-Unis sont résolus à empêcher tout règlement politique. Leur unique objectif est d’établir un gouvernement anticommuniste à Saigon.


    De 1961 à 1962, le gouvernement Kennedy engage des troupes, conseille l’armée locale, et largue des bombes et défoliants, principalement sur les régions agricoles où vit 80% de la population. L’armée déporte des millions de citoyens dans des « camps de regroupement ».


    En 1963, le régime de Diem est renversé par les américains qui craignent de le voir négocier avec le FLN. Tout compromis permettant aux parties vietnamiennes de trouver leur propre voie signifie l’acceptation de la mort du régime anticommuniste de Saigon que soutient Washington.


    En 1964, le secrétaire général de l’ONU prend l’initiative d’une négociation avec l’appui de Moscou et Hanoi et en accord avec les vietnamiens, mais Washington la refuse.


    Les Etats-Unis sont politiquement isolés face au FLN, à l’opposition non communiste et aux généraux. Il leur faut donc étendre la guerre au Viêt-nam du Nord pour forcer ses dirigeants à coopérer afin de mettre un terme à l’insurrection du Sud.


    Les opérations militaires américaines au Nord commencent le 1 février 1964.

    Lors d’opérations maritimes, des navires du Sud Viêt-nam sont engagés. Le Nord subit de lourdes pertes et sa riposte est peu nourrie.

    Deux jours plus tard, on apprend qu’un navire américain aurait été attaqué… Le président Johnson dénonce une « agression ouverte en haute mer contre les Etats-Unis d’Amérique », donnant naissance à l’incident du Golfe de Tonkin. Les médias américains suivrent à 100% la propagande de son gouvernement, contrairement à la presse mondiale qui reste beaucoup plus critique et lucide.


    A la suite de L’incident du Golfe de Tonkin, en août 1964 le congrès autorise à l’unanimité le président « à prendre toutes les mesures nécessaires pour repousser les attaques contre les forces des Etats-Unis et empêcher toute agression ultérieure » par les Vietnamiens.


    En 1965, les Etats-Unis installent officiellement au gouvernement des hommes qui leur sont entièrement dévoués, les généraux Ky et Thieu, les présentant comme un « libre choix du peuple ».

    1.3.                    La seconde phase du conflit, après 65

    Les troupes américaines arrivent au Viêt-nam en 1965. Avant cette invasion terrestre, il y a déjà eu 150 000 morts au Sud. Les bombardements réguliers commencent au Viêt-nam du Nord.

    En 1967, la guerre atteint un tel niveau de destruction que le Viêt-nam, en tant qu’entité culturelle et historique, est menacé d’extinction.


    L’offensive du Têt commence le 21 janvier 1968 avec le siège de la base américaine de Khe Sanh par les troupes régulières nord-vietnamiennes.

    Le but est d’attirer les troupes américaines loin des agglomérations, ce qui est un succès. Le 31 janvier, les villes importantes sont attaquées de la même manière par les forces du FLN, soutenues par des éléments de l’armée du Nord.

    Stratégiquement, l’offensive est plutôt un succès pour l’armée vietnamienne, contrairement à ce qu’affirma la presse américaine.


    L’offensive plonge Washington dans la confusion et l’incertitude. Les sceptiques et les dissidents apparaissent au grand jour.

    Les Viêt-cong contrôlent maintenant la plupart des campagnes, la position militaire américaine est revenue au niveau d’avant 1965.

    Même si au sein de l’opinion publique, la première réaction est à la belligérance, à une intensification de l’effort de guerre, pour les « élites » gagner la guerre ne semble plus un objectif raisonnable. La guerre coûtant trop cher, un processus de désengagement doit être commencé.


    Les appelés américains sont retirés et la responsabilité des combats repose désormais sur les forces de Saigon, équipées et commandées par les Etats-Unis.

    La « campagne de pacification accélérée » qui suit est une opération de massacre de masse qui démolit le FLN et sa base paysanne, faisant des dizaines de milliers de victimes et ruinant ce qu’il reste du pays.

    A grands renforts de déluges de feu, les forces américaines parviennent à reprendre le contrôle des villes.

    Certaines villes sont détruites à plus de 80%, avec des arguments du type « il fallait la détruire pour la sauver ». Il y a 5 fois plus de morts et de prisonniers que d’armes capturées. Dans les villes ou les campagnes, les victimes sont les habitants dont les vies ne sont pas menacées par les combattants du Viêt-cong qui vivent parmi eux, mais bien par les forces américaines venues les « protéger » de ces Viêt-cong.


    L’agression s’étend à toute l’Indochine. Le Laos est soumis à un bombardement exceptionnellement lourd qui détruit sa société rurale qui n’a rien à voir avec la guerre au Viêt-nam du Sud. Le Cambodge est bombardé avant d’être envahi, ralliant ainsi les paysans à la cause des Khmers rouges.

    1.4.                    Les accords de Paris

    En octobre 1972, les négociations reprennent à Paris, basées sur la question de l’avenir politique du peuple sud-vietnamien. Un accord en 9 points est établi, indiquant que le peuple décidera seul de son avenir. Ce texte est très similaire à celui du début des années 60.

    Mais Kissinger s’oppose à cet accord, exigeant que leur client, le GVN, demeure le seul gouvernement légitime. Les médias relaient la version de Kissinger des « accords », donnant l’impression que les vietnamiens violent les accords alors qu’ils respectent ceux établi à l’origine.

    Des bombardements ont encore lieu dans le pays jusqu’à noël, conduisant à un nouvel échec militaire américain.


    En janvier 1973, les négociations reprennent, aboutissant à des accords très proches de ceux de 72. La même comédie que pour les accords de 72 est jouée du côté américain.


    En résumé, les accords de Paris donnent une indépendance et une souveraineté totale au Viêt-nam, le Nord et le Sud devant œuvrer pour la réunification, et les deux partis politiques du Sud devant y assurer une élection démocratique.

    Dans le mois qui suit, les Etats-Unis violent quasiment tous les points du traité. Il était clair pour eux dès le début que les accords qu’ils avaient signé ne seraient pas respectés. Evidemment pour ces violations les médias américains blâment les communistes, parfois le GVN, mais jamais les Etats-Unis.

    1.5.                    Bilan

    De 1965 à 1975, le nombre de mort au Viêt-nam s’élève sans doute à 3 millions. Plus un autre million de morts au Laos et au Cambodge, pour un total de 4 à 5 millions de personnes tuées. En outre, les bombardements provoquèrent l’exode de près de 10 millions de réfugiés.

    Le pays fut dévasté et l’agriculture rendue impossible par la destruction générale et la présence de bombes n’ayant pas explosé. Il faudra plusieurs générations pour renverser les conséquences écologiques (et climatiques), économiques et sociales des destructions massives opérées par les défoliants.


    Officiellement, la perte de la guerre est un fait indéniable. Mais si les Etats-Unis n’ont pas atteint leurs principaux objectifs en Indochine, la victoire est tout de même partielle. Ils ont démontré l’inutilité des initiatives indépendantes de gouvernement progressiste, susceptibles de s’étendre comme une « pourriture ». Les pays d’Indochine auront de la chance s’ils survivent ; mais ils ne mettront pas en péril l’ordre mondial par un cadre social ou économique interdisant à l’Ouest d’exploiter librement les ressources du pays.


    Contrairement aux cas de diverses invasions perpétrées par l’Union soviétique, les Nations unies n’ont jamais condamné l’« intervention » américaine. Il n’y a eu ni investigations ni dénonciations des crimes commis pendant les opérations militaires.

    1.6.                    Interprétation de la guerre : qui sont les victimes ?

    Dans le cas de l’intervention des Etats-Unis en Indochine, aucune interprétation de type « envahissement » n’a jamais été concevable. La doctrine affirme alors que les américains ont été invité à venir défendre la liberté contre des forces répressives.


    A l’opposé des soldats américains héroïques et humains, défenseurs de la démocratie, le FLN et les vietnamiens du Nord sont représentés de manière unidimensionnelle : « Ils sont toujours cruels, fanatiques et sans pitié ». C’est l’image du Mal. « Viêt-cong » est un terme péjoratif inventé par la propagande à Saigon, remplaçant le vrai nom des combattants : le Front de Libération nationale (FLN).

    Le problème du racisme de nombreux soldats envers tous les vietnamiens n’est jamais évoqué.


    Au fur et à mesure de l’extension de la guerre, vers 1969 l’opinion des « élites » se rapproche de l’idée que l’intervention américaine a été une erreur, beaucoup trop coûteuse. Le débat s’étend alors aux questions tactiques, mais laisse inattaqué la justesse de la cause et la noblesse des intentions américaines. On en vient alors à l’idée que cette guerre est un « effort maladroit pour bien faire ». L’engagement militaire est « un désastre » résultant « d’un excès de droiture et de bienveillance désintéressée ».


    La guerre a été très rarement envisagée du point de vue de l’« ennemi ». Ce sont les envahisseurs américains qui sont considérés comme les victimes d’une « agression » vietnamienne. Les médias américains n’ont fait aucun effort pour présenter le contexte des atrocités commises et les rendre intelligibles. Les victimes vietnamiennes sont ignorées, minimisées. Ces victimes ne comptent pas.

    Lors d’un sondage, les américains estiment en moyenne à 100 000 morts le nombre de victimes vietnamiennes, soit 5% du chiffre officiel et 2% à 3% du nombre probable réels de victimes.

    Aujourd’hui encore, lorsqu’on évoque le traitement des pilotes américains capturés lors des opérations qui ont rasé la presque totalité du Viêt-nam du Nord, l’horreur exprimée est sans limites. Au Viêt-nam, les américains ont été agressés par les vietnamiens.

    1.7.                    Le comportement et le rôle des médias américains

    La certitude que les médias ont précipité la défaite des Etats-Unis au Viêt-nam est très répandue. On les accuse d’avoir été antipatriotique, ou de façon plus subtile d’avoir été « insouciant » en s’en tenant à la perspective officielle de Washington et des « élites » capitalistes au pouvoir.


    Les journalistes présents en Indochine ont toujours rapporté les déclarations officielles de Washington comme des faits, même lorsqu’ils savaient que ces déclarations étaient fausses. Les reportages et les analyses se cantonnent toujours à l’intérieur des limites fixées par Washington.


    Pendant les 6 premières années de la couverture télévisée (62-67), les américains ont approuvé la guerre du Viêt-nam. La télévision est devenue la principale sourde d’information (et la plus crédible). Jusqu’en 1965, les présentateurs sont unanimes dans leur soutien des objectifs américains en Indochine.

    Les reportages montrent une guerre propre, efficace, technologique. Les soldats revenant du conflit racontent pourtant une autre histoire. C’est cette image aseptisée qui vole en éclat lors de l’offensive du Têt, lorsque les militaires perdent le contrôle des journalistes qui, en sortant de leurs hôtels, se retrouvent au milieu des combats.

    Très vite, les reportages guerriers sont remplacés par les négociations à Paris, puis par l’histoire du « retrait américain », pendant que sur le terrain la campagne incroyablement meurtrière de « pacification accélérée » est menée.

    Parmi les élites « bien pensantes » américaines, la couverture médiatique de l’offensive du Têt est au centre des critiques quand au rôle des médias. S’ils admettent communément que la couverture médiatique a illustré l’incompétence et la dissidence des médias, le débat se porte surtout sur son rôle dans la démoralisation générale et la défaite américaine.


    Il n’y eu que l’affaire du massacre de My Mai, en mars 1968, qui réussit à atteindre l’opinion publique américaine, alors qu’elle n’avait rien de plus extraordinaire que toutes les autres atrocités commises quotidiennement par les troupes américaines. Il y a eu des massacres bien plus importants qui n’ont pourtant soulevé aucunes vagues.

    L’attention accordée à retardement au massacre de My Lai fait partie d’une forme subtile de dissimulation des atrocités. Rendu arbitrairement exceptionnel afin de détourner l’attention d’autres enquêtes possibles, sa dramatisation a même servi à démontrer que l’Amérique avait une conscience face aux provocations de l’ennemi.



    2.    Laos

    Les accords de Genève de 1954 prévoyaient un règlement politique au Laos et au Cambodge.

    Au Laos, les Etats-Unis font obstruction à ce règlement politique. Une mission militaire américaine déguisée est installée sous la direction d’un général en civil. Les Etats-Unis couvrent 100% du budget militaire du pays.


    Malgré les efforts des Etats-Unis, des élections libres ont lieu en 1958, que la gauche gagne haut la main. Mais par des pressions économiques, le gouvernement est renversé.

    En 1960 des élections grossièrement truquées amènent au pouvoir un homme d’extrême droite, pion des Etats-Unis. La guerre civile éclate alors, dirigée par une coalition regroupant tous les partis sauf l’extrême droite. Cette coalition est soutenue par l’URSS et la Chine.


    Les opérations américaines clandestines commencent en 1961.

    Les bombardements réguliers (sous le nom de Barrel Roll, le rouleau compresseur) écrasent le nord du Laos en décembre 1964. Ils s’intensifient en 1966 pour atteindre une extrême violence à partir de 1968. Les destructions sont totales, rasant les villes et éradiquant la végétation.

    Le bilan de la guerre est de 350 000 morts, un dixième de la population, plus autant de déracinés.


    Les journaux américains parlent du Laos comme d’une « bataille accessoire », la réalité du conflit est minimisée, voir même censurée, par presque tous les médias, alors que les reportages dans les journaux des autres pays décrivent l’ampleur des dégâts et les massacres de civils.

    Seules exceptions à la règle : le National Guardian, un journal de gauche, et un article de T.D. Allman dans le New York Times en 1969.


    Après la fin de la guerre, les faits sont déformés dans les journaux, jusqu’à attribuer les « problèmes » du Laos aux seuls communistes.


    Encore de nos jours, des milliers de personnes (des enfants et des paysans) sont victimes chaque année des mines antipersonnelles dont est truffée la plaine du Jars et qui n’avaient pas explosé au moment du bombardement.



    3.    Cambodge

    3.1.                    Avant 69

    Le Cambodge est un protectorat français depuis 1863.

    Depuis lors, La paysannerie a vécu longtemps dans des conditions d’extrême violence et dans la haine des oppresseurs étrangers. Pendant la guerre française de reconquête de la fin des années 40, 1 millions de personnes sont déportées. Après 1945, les résistants anti-français décrivent les atrocités commises par les forces gouvernementales contre la population rurale.


    En 1947, le pays devient une monarchie constitutionnelle dirigée par le roi Norodom Sihanouk. Le Cambodge obtient son indépendance le 9 novembre 1953, à la fin de la guerre d'Indochine.

    Une vraie opposition entre la campagne et la ville se crée, la ville cherchant à préserver les privilèges de ses nantis.

    Le prince Sihanouk gouverne le pays en essayant de parvenir à un équilibre entre la gauche révolutionnaire paysanne et la droite urbaine plus proche du pouvoir, tout en restant aussi neutre que possible face à la guerre d’Indochine.


    Dès 63, des forces khmères Serei, soutenues par la CIA, attaquent le Cambodge à partir de bases thaïs ou sud-vietnamiennes. En 66, les Khmers Serei déclarent officiellement la guerre au Cambodge.

    En 67, le gouvernement cambodgien porte plainte auprès des Nations unies contre des interventions armées américaines, sud-vietnamiennes et sud-coréennes sur son territoire.

    3.2.                    La phase I, de 1969 à avril 1975

    L’escalade de la guerre au Cambodge coïncide avec des efforts similaires au Laos et au Viêt-nam. Après 69, l’aviation américaine largue des défoliants.


    En 69 Sihanouk dénonce et s’oppose violemment aux bombardements quotidiens de l’aviation américaines sur la population civile des régions frontalières.

    En 70, le gouvernement cambodgien rédige un livre blanc rapportant les milliers d’incidents militaires dont le peuple est victime, photographies, dates et détails à l’appui.


    Sihanouk est renversé en mars 1970 par un putsch des classes dominantes soutenu par les Etats-Unis et dirigé par Lon Nol.

    Des combattants Viêt-cong s’enfoncent dans le Cambodge et aident la résistance paysanne face aux putschistes. Il s’en suit une guerre civile, soutenue par les Etats-Unis du côté du gouvernement.


    Les bombardements américains sont d’une ampleur sans précédent et laissent un pays totalement ruiné. Ils se poursuivent même après le retrait des forces Viêt-cong du territoire cambodgien.

    Les bombardements radicalisent les paysans cambodgiens. Pendant la destruction systématique du Cambodge, les Khmers rouges, jusqu’alors marginaux, deviennent une force d’importance soutenue par les paysans, victimes terrorisées des raids aériens. Les raids aériens américains transforment des milliers de jeunes cambodgiens en membres de la croisade anti-américaine.

    Malgré le vote du Congrès mettant fin aux bombardements en août 1973, la participation du gouvernement de Washington aux massacres continue jusqu’à la victoire des Khmers rouges en avril 1975.


    La Commission d’enquête finlandaise estime, durant cette phase I, à 600 000 le nombre de mort et 2 millions le nombre de réfugiés, sur une population totale de 7 millions d’habitants.


    Dans les médias, il y a très peu d’enquêtes et de reportages sur cette période. Les réfugiés comme les bombardements sont ignorés.

    Par la suite, jamais il n’y aura de réflexions sur les conséquences de la guerre américaine par rapport à la suite des évènements.

    3.3.                    La phase II, d’avril 1975 à 1978

    Le Cambodge est assujetti au terrible règne des Khmers rouges (le KD) jusqu’à leur renversement par l’invasion vietnamienne de décembre 1978. C’est l’ère de Pol Pot et du génocide.


    Les victimes sont maintenant « méritantes » aux yeux des américains, elles sont médiatisées.

    Quelques semaines après l’arrivée au pouvoir des Khmers rouges, la presse américaine les accuse de « cruauté barbare » et de « politique génocidaire », alors que le nombre de mort qui leur est alors dû est de quelques milliers, nombre incomparable avec celui des victimes de la phase I.

    Toute la responsabilité de l’horreur actuelle est mise sur le dos des Khmers rouges. Le Cambodge d’avant le régime Khmer rouge est présenté de façon idyllique. La situation présente est souvent analysée de façon erronée, en particulier en utilisant des données datant d’avant l’arrivée des Khmers rouges au pouvoir.


    Toutes les estimations disponibles suggèrent que le génocide de la phase II a fait davantage de victimes que la phase I, mais pas d’une manière radicale.

    3.4.                    La phase III

    Après avoir renverser le gouvernement Khmer rouge, le Viêt-nam installe au pouvoir le régime de Heng Samrin.


    Face à ses ennemis vietnamiens, les Etats-Unis se mettent à soutenir la coalition du KD, basée principalement sur les Khmers rouges. Le KD conserve sa reconnaissance internationale, le bloc soviétique mis à part. Reconstitués avec l’aide de la Chine et des Etats-Unis sur la frontière du Cambodge et de la Thaïlande, les Khmers rouges continuent leurs activités militaires terroristes au Cambodge.


    Les victimes sont toujours méritantes, car elles souffrent sous l’occupation vietnamienne, ennemis officiels des Etats-Unis. Mais maintenant les horreurs précédemment dénoncées de l’ancien régime Khmer rouge sont aseptisées pour transformer les bouchers en « forces de résistances ». Sur la base d’une interprétation abusive de données démographiques, les Etats-Unis dénoncent même un génocide au Cambodge.

    4.    Les suites de la guerre

    En 1975, à la suite de la guerre, toute la région est confrontée aux problèmes quasi insolubles de la reconstruction de ses pays ruinés par les armées étrangères en un siècle d’oppression coloniale.


    La politique américaine fera tout pour empêcher les pays dévastés de se sortir du cataclysme en refusant toute réparation, toute aide, tout commerce, et en bloquant toute assistance extérieure. Exception notable : l’aide américaine aux Khmers rouges dans les années 80 s’élevant à 85 millions de dollars…

    Par exemple, les Etats-Unis ont bloqué les livraisons internationales de nourriture au Viêt-nam pendant la famine d’après-guerre, utilisant l’arme des vivres pour « punir ce pays d’avoir occupé le Cambodge ».

    Lors d’une famine au Laos, des pays possédant des excédents alimentaires et entretenant des relations diplomatique avec eux, les Etats-Unis sont les seuls à ne pas leur avoir apporté d’aide alimentaire.


    En 1977, dans l’un de ses sermons sur les droits de l’homme, le président Carter explique que les USA n’ont, envers le Viêt-nam, aucune dette, aucune obligation d’assistance, parce que « les destructions ont été mutuelles ». Dans les médias, les vietnamiens sont méprisés.


    Aux Etats-Unis, le peuple n’a plus confiance en ses « élites ». Le syndrome du Viêt-nam, une inhibition maladive face aux armes, se développe. Le peuple participe également plus activement qu’avant au système politique, ce qui peut menacer le pouvoir en place et les privilèges établis.

    Le gouvernement et les médias tachent alors de convaincre le public que cette guerre a été une erreur. Ils cachent le véritable héritage de destructions laissé par les Etats-Unis. Mais en 1982, une étude montre que 72% des américains pensent que la guerre « a été pire qu’une erreur : une faute morale ».


    Vers la fin des années 90, le Mine Advisory Group (MAG) tente de déminer le Laos et le Cambodge. Les Etats-Unis sont absent du groupe d’organisations occidentales soutenant le MAG, et refuse de procurer des matériels de protection.



    5.    Biographie

    Noam Chomsky : « La Fabrique de l'Opinion publique - La Politique économique des médias américains ».

    Noam Chomsky : « De la guerre comme politique étrangère des Etats-Unis ».


    Divers articles de Wikipédia.