1.    Introduction

1.1.                    Comprendre Nietzsche

L’époque de Nietzsche est celle de l’épanouissement de la grande musique romantique allemande. Il n’y a aucun doute qu’une réflexion sur les pouvoirs de la musique est une des sources principales de la pensée de Nietzsche. Il était lui-même un bon improvisateur au piano, et s’essaya très tôt à la composition. La musique joue d’ailleurs un rôle considérable dans ses relations amicales : Richard Wagner, Peter Gast, …


Il n’a jamais existé d’école nietzschéenne à proprement parler, mais depuis plus d’un siècle son œuvre est une référence souvent polémique pour les poètes, les littérateurs, les artistes, les politiques tout autant que les philosophes.


Comprendre Nietzsche comme philosophe, c’est d’abord surmonter des obstacles que n’a sans doute rencontré aucune autre œuvre philosophique.

On a d’abord identifié trois phases dans l’œuvre de Nietzsche, mais la publication posthume des fragments de toutes les époques a rendu les délimitations incertaines.


L’unité de la pensée philosophique est compromise dans l’éclatement, la dispersion des aphorismes au long de chapitres ou même de livres entiers. Chez Nietzsche la plupart des notions philosophiques restent ambivalentes. Il ne faut pas nécessairement y voir une évolution de la pensée ou manque de cohérence. Par exemple, sur l’Etat, la pitié, le stoïcisme et l’épicurisme, …


Il n’y a pas 2 Nietzsche : un Nietzsche poète et un Nietzsche savant et philosophe, l’un expliquant, excusant par son génie les défaillances et les excès de l’autre. Contrairement à ce qu’on a cru et dit, la pensée de Nietzsche ne se cache pas derrière des mythes.


Dans une des ses derniers écrits, Ecce Homo, il s’est demandé si son œuvre pouvait être comprise de ses contemporains. Beaucoup plus tôt, dans le Gai Savoir, on retrouve déjà une prescience de la naissance posthume de son œuvre.


Dès le début 1889, Nietzsche est frappé par un effondrement mental.

1.2.                    Nietzsche et le nazisme

Nietzsche, comme la plupart de ses contemporains, croit à l’hérédité des caractères acquis, à l’eugénisme, à la possibilité de former des races humaines comme on a déjà formé des races animales. Il confond des caractères physiques (blondeur, forme du crâne, etc.) avec des caractères linguistiques (langues indo-européennes, aryennes, …) et même avec des formes sociales.

Mais il est absurde de voir en lui un « raciste » au sens du XX siècle, voir un « pré-nazi ».


Sa sœur Elisabeth Förster-Nietzsche a pris soin de donner toute la gloire possible à l’œuvre de son frère dès les débuts de sa maladie mentale. C’est elle qui a la main sur les publications des œuvres et des documents. Il semble bien qu’elle fasse partie de ces « sœurs abusives » préoccupées avant tout de sauver les convenances et l’honneur familial contre les scandales.

Elle fut mariée avec un chef de l’antisémitisme allemand. Nietzsche n’appréciait ni l’homme ni le mouvement politique, et ne s’en cachait pas.

Elle voulu cacher l’hostilité de Nietzsche pour le nationalisme allemand, et plus encore pour l’antisémitisme (le parti antisémite a été fondé en 1886), quitte à falsifier les documents.



2.    La découverte du dionysisme

2.1.                    L’attrait pour le monde grec

Sur plus d’un point, l’œuvre de Nietzsche est l’aboutissement d’une longue et progressive appréciation du génie grec au détriment de la culture latine. Mais la supériorité du génie grec était devenue pendant tout le XIX siècle un lieu commun bien établi sinon universellement accepté.


Nietzsche estime que la philosophie des présocratiques est légitimée par une culture grecque à son sommet. Seuls les philosophes pré-platoniciens, de Thalès à Socrate, représentent des types purs ; leurs successeurs, même les plus grands, ne sont que des « hybrides » aux yeux de Nietzsche.

Nietzsche voit la philosophie présocratique comme évitant l’état de confusion du religieux et du rationnel, du scientifique et du métaphysique, qu’on retrouve comme origine inévitable de la philosophie occidentale. Il apprécie particulièrement Héraclite, en particulier les thèmes de l’opposition dynamique des contraires, de l’impermanence et de l’anéantissement.

2.2.                    Dégénérescence du monde grec et émergence de Socrate

Selon Nietzsche, si l’époque tragique a succombé, c’est à la suite de la puissance matérielle et politique d’Athènes, au moment de l’émergence de la démocratie. Les grecs ont alors été empêchés de donner le meilleur d’eux-mêmes.

Socrate prend place lors de  l’achèvement même de l’époque tragique et en contraste avec elle. Sa personnalité unique a cristallisé tout un socratisme inapparent que lui seul a rendu manifeste comme tel. Il est le reflet, jusque dans sa laideur qui fascine, de la dégénérescence de son époque. Dans Humain trop humain, Socrate est comparé à un caillou, qui jeté dans les rouages d’une machine suffit à la détruire.

Socrate est le prototype et l’ancêtre de l‘homme théorique caractéristique d’une « culture alexandrine » qui est encore principalement la nôtre. Malgré ça, Nietzsche dit de Socrate : « Socrate, je le reconnais, se tient si proche de moi que j’ai presque toujours à combattre contre lui ».

2.3.                    Dionysisme et apollinisme

Un des premiers thèmes développés par Nietzsche est le sens du dionysisme en Grèce, qui ne se laisse apprécier qu’en rapport avec l’apollinisme.


Nietzsche va plus loin historiquement que Schiller, Goethe ou Hegel, il remonte aux sources de la civilisation grecque pour y découvrir le dionysisme qui donne sens aux obscurités de la culture grecque et en particulier de la poésie tragique.

Nietzsche présente Dionysos comme un dieu « oriental », mais seul chez les Grecs le dionysisme peut devenir un phénomène esthétique.


Nietzsche décompose la tragédie attique (c'est-à-dire un spectacle dramatique, musical, religieux et même politique) en un élément dionysiaque et un élément apollinien.

Nietzsche fait une différence tranchée entre le dieu des arts plastiques, Apollon, et le dieu de la musique, Dionysos. La peinture apporte l’apaisement, la musique l’exaltation de la volonté. Mais si les deux dieux sont symboliques, ils ne le sont pas seulement d’activités artistiques humaines, mais d’abord des forces même de la nature artistique.

C’est l’opposition du dieu de l’apparence et du dieu de l’être originel, de l’intellect et de l’émotion.


L’apollinisme ne se limite pas à la production de belles formes et images, plastiques ou verbales, il constitue une culture complète qui en tous domaine s’est efforcé de contenir la poussée dionysiaque d’abord extérieure à la Grèce. Il y a une éthique apollinienne (le « connais-toi toi-même »), une religion (les dieux lumineux de l’Olympe succédant aux sombres Titans), mais aussi une musique. La composante apollinienne de la musique est l’aspect purement rythmique, que Nietzsche oppose à l’harmonie dionysiaque.


La nature comme artiste dionysiaque et comme artiste apollinienne n’est autre que le monde comme volonté et comme représentation.

Nietzsche réduit la négation de la volonté par elle-même à une négation du principe d’individuation. De plus, en identifiant l’être en soi et le vouloir vivre, il rend possible une exaltation, une joie dionysiaque.


Qu’elle soit catégorie esthétique, principe métaphysique ou expression de la vie cosmique, la figure de Dionysos ne cesse pas d’être enrichie et précisée par oppositions successives du Dionysos barbare et du Dionysos grec, du Dionysos grec et d’Apollon, du dionysisme et du socratisme, et enfin du dieu païen et du dieu chrétien.

2.4.                    Le créateur

L’esthétique chez Nietzsche se place à l’opposé des traditions platonicienne, kantienne, hégélienne, toutes « idéalistes », toutes en quête de l’incarnation de l’idée dans l’œuvre d’art, toutes prétendant  à l’élévation de l’âme. Avec Nietzsche, c’est du corps qu’il s’agit, de ce dont le corps ressent le besoin. L’esthétique fait place à la physiologie.

Nietzsche privilégie les arts en connexion avec le corps : la musique et la danse.

Le Beau n’est pas une abstraction mais une accentuation des traits qui expriment l’intensification de la vie.



3.    Généalogie et Volonté de puissance

L’interprétation la plus répandue du nietzschéisme en fait l’apologie du droit du plus fort et l’associe à un darwinisme social pour qui la condition de tout progrès est dans la concurrence vitale, sociale, économique et même sexuelle.

Or, pour Nietzsche, ce sont les plus faibles, les malades, les médiocres qui sont les plus aptes au triomphe dans la lutte pour la vie.

Sans être lui-même naturaliste, Nietzsche a acquis des informations importantes, bien que livresque, en sciences naturelles. En se rappelant que le thème de la lutte universelle est un héraclitéisme avant d’être un darwinisme, pour Nietzsche la sélection ne se fait pas en faveur des plus fort. Il constate « un effacement des hasards heureux, l’inutilité des types supérieurement réussis, l’irrésistible domination des types moyens et même sous-moyens ».

3.1.                    Volonté de puissance

Le concept de Volonté de puissance est l'un des concepts centraux de la pensée de Nietzsche, dans la mesure où il est pour lui un instrument de description du monde à multiples dimensions. C'est en ce sens un concept métaphysique, puisqu'il qualifie l'étant en sa totalité.


Nietzsche interprète l'essence d'une chose (sa structure interne) comme se réalisant toute entière dans le devenir, l'existence et l'essence se confondant alors dans le même concept de volonté de puissance. La notion de volonté de puissance désigne un devenir plus, et non un devoir être.


Toute volonté est en son fond volonté de puissance, la détermination même dont dépend toute forme particulière, individuelle, de pouvoir. En tout être humain s’affirme pour la volonté de puissance la double possibilité de surmonter ou de dépérir. La volonté de puissance est multiple, multiplicité que l’on peut lire dans une perspective héraclitéenne du devenir. C’est un ensemble de forces en lutte réciproque.

La volonté de puissance rend compte de toute autre passion, désir ou vouloir qui n’en est finalement qu’une manifestation affaiblie. Nietzsche réduit même le vouloir vivre à une forme dégradée de la volonté de puissance.

D’une part, la volonté de puissance est volonté d’accroissement de puissance, d’autre part elle est volonté de différenciation selon des formes diverses et neuves.


L’évolution d’une chose n’est en rien une progression uniforme, optimale et logique vers un but, mais plutôt une succession de petits processus victorieux.


La notion de volonté de puissance est loin de se limiter au domaine de la vie humaine morale et sociale. Le monde entier, de part en part, est volonté de puissance, jusque dans les forces physiques ou chimiques sans pour autant leur donner un côté « vivant ». Mais la volonté de puissance du monde matériel est plus un synonyme, permettant une économie de concept, pour désigner l’opposition plus « classique » des forces héraclitéennes.

3.2.                    Une nouvelle psychologie

La notion de volonté de puissance subvertit définitivement la plus constante tradition de la psychologie philosophique, celle qui remonte à Platon, fondée sur la tripartition de la vie intellectuelle (penser), de la vie active (vouloir), et de la vie affective (sentir).

A la suite d’une longue tradition de moralistes remontant à l’Antiquité jusqu’à la philosophie des Lumières, l’aspiration au bonheur est reconnue comme la plus universelle, la plus fondamentale de toute l’humanité, et la poursuite du bonheur comme un droit imprescriptible d’une nature humaine essentiellement bonne.

Nietzsche fait éclater cette psychologie traditionnelle qui ne peut même plus être simplement retranscrite en termes de physiologie, c'est-à-dire encore de causalité. La « psychologie » au sens nietzschéen ne peut plus être qu’une théorie de la volonté de puissance. La volonté de doit pas être pensée comme cause, ni la puissance comme fin.

À partir de l'hypothèse de la volonté de puissance Nietzsche développe une psychologie des profondeurs qui met au premier plan la lutte ou l'association des instincts, des pulsions et des affects, la conscience n'étant qu'une perception tardive des effets de ces jeux de forces infra conscients.

3.3.                    Immoralisme et généalogie

Nietzsche reproche à la critique morale passée d’être restée interne au système de référence des valeurs morales chrétiennes, tendant à en renforcer la cohérence. En particulier, Nietzsche récuse complètement le rationalisme moral de Kant, fondé sur l’universalité formelle de la loi morale.

Visant une vraie rénovation de la psychologie qui doit entraîner l'abolition des valeurs idéalistes, Nietzsche prône une pleine acceptation d’un immoralisme, quelque soit la répugnance de la conscience. Il veut apporter de nouvelles valeurs.


Sa généalogie de la morale montre une recherche régressive des conditions originaires, analyse un « état préhistorique » hypothétique, et de la transmission de la morale.

L’état de nature n’est pas l’origine retrouvée, mais plutôt le présupposé métaphysique qui cache l’origine et la rend indéchiffrable. La volonté de puissance est évidemment la clef de l’interprétation de l’évolution généalogique.


« La malédiction, ce n’est pas que l’homme soit corrompu, mais qu’il ait été amolli et moralisé ».


« Enonçons une nouvelle exigence : une critique des valeurs morales nous est indispensable et la valeur de ces valeurs doit être établie elle-même pour commencer, - et pour cela il est indispensable de connaître les conditions et les circonstances de leur naissance, de leur évolution, de leur recul (la morale comme conséquence, comme symptôme, comme masque, comme tartufferie, comme maladie, comme malentendu, mais aussi la morale comme cause, comme remède, comme stimulant, comme obstacle, comme poison) »

(GdM)

3.4.                    Maître et esclaves

« Il y a chez l’homme comme dans les autres espèces animales, une surabondance de ratés, de malades, de dégénérés, d’infirmes nécessairement souffrants ; les cas réussis sont chez l’homme aussi toujours l’exception. »

(Par delà…)


« Celui qui a la puissance de rendre bien pour bien, mal pour mal, et use effectivement de représailles, et qui est donc capable de reconnaissance et de vengeance, celui-là est appelé bon ; celui qui est impuissant et ne peut pas user de représailles, passe pour mauvais. […] Les bons sont une caste, les mauvais une masse, une sorte de poussière. Bon et mauvais équivalent pour longtemps à seigneur et sujet, maître et esclave »

(HtH)


L’affrontement des dominants et des dominés ne cesse de se reproduire selon un devenir héraclitéen où le combat est père de toutes choses. L’histoire proprement dite de la morale dépend de l’insurrection des esclaves et de leur ressentiment créateur de valeurs, sans lequel il n’y aurait pas d’évolution, de changement, de généalogie.


Nietzsche introduit la notion de ressentiment pour désigner l'affect d'une volonté vaincue qui cherche à se venger, c'est-à-dire qu'il est le symptôme d'une vie décroissante, de la médiocrité d’une condition qui ne s'est pas épanouie.


Le maître conquiert, domine, mais ne se venge pas à proprement parler. Son action ne vient pas du besoin de renverser une infériorité ressentie.

La morale des forts exalte la puissance, c'est-à-dire l'égoïsme, ou plaisir d'être soi, la fierté, l'activité libre et heureuse, etc. Ces valeurs sont essentiellement le résultat d'une spiritualisation de l'animalité qui peut alors s'épanouir heureusement.


La morale des faibles agit en sens contraire, en cherchant à détruire à la racine tous les instincts, par haine de la vie, c'est-à-dire par suite d'une violence intériorisée qui ne peut s'exprimer que sous la forme négative de la destruction de soi (c'est le mauvais de la morale aristocratique, par opposition au bon, au fort). Par contraste, ce qui caractérisera le mieux une morale de forts, ce sera sa capacité d'élever des hommes cultivés, inventifs, actifs, doués d'une volonté forte et constructive.


Le soulèvement des esclaves commence quand le ressentiment devient lui-même créateur et fait naître des valeurs crées pour lutter contre les forts, en dévalorisant leur puissance (le fort devient le méchant par opposition au bon). La pitié, l'altruisme, toutes les valeurs humanitaires, sont en fait des valeurs par lesquelles on se nie soi-même pour se donner l'apparence de la bonté morale et se persuader de sa supériorité ; mais sous ces valeurs illusoires fermente une haine impuissante qui se cherche un moyen de vengeance et de domination. Le christianisme, l'anarchisme, le socialisme, etc. sont des exemples de morale du ressentiment.

3.5.                    Les nihilismes

A la fin du XIX siècle, le terme de nihilisme désigne le plus souvent un mouvement révolutionnaire russe qui se fait connaître politiquement par la révolte violente et les attentats meurtriers, et d’autre part littérairement par les grands romanciers russes (Tourgueniev, Dostoïevski). Paul Bourget dans Essais de psychologie contemporaine (1883-1885) généralise la notion de nihilisme à un esprit de négation de la vie.


Le nihilisme d’après Nietzsche a trop souvent été présenté comme le diagnostic d’une maladie qui n’a pas encore trouvé son remède, le principe du Mal auquel il serait urgent d’opposer le principe du Bien.


Nietzsche parle d’une évolution du pessimisme en nihilisme : une sorte de dénaturation des valeurs. Les valeurs, séparées, idéalisées, au lieu de conduire à l’action de dominer l’action, se tournent contre l’action et la condamne. C’est une volonté de néant, mais qui reste néanmoins une volonté de puissance. Le nihilisme est aussi et essentiellement multiple que l’est la volonté de puissance.

L’avancée du nihilisme est celle de la dépréciation de la vie et des idéaux forgés pour masquer cette dépréciation. Le nihilisme se définit comme la dévalorisation, la négation des valeurs supérieures. Le « vouloir vivre » se borne pour tous au niveau le plus bas. Aux images de la verticalité de l’essor succèdent les images de l’horizontalité de l’étalement.

Nietzsche distingue un nihilisme passif (de faiblesse et de lassitude, ex. le bouddhisme) et un nihilisme actif (de force, de lutte, de distinction).

3.6.                    Illusion de la vérité

« Il y a toujours une croyance métaphysique sur laquelle repose notre croyance en la science, - que nous aussi hommes de savoir d’aujourd’hui, nous sans dieu, nous anti-métaphysiciens, nous tirons encore notre feu d’un brasier qui a été allumé par une croyance millénaire, cette croyance chrétienne, qui était aussi la croyance de Platon, que Dieu est la vérité, que la vérité est divine. »

(GS)


L’histoire de la science n’est pas seulement celle des résultats scientifiques, ni même celle des méthodes, mais ultimement celle d’un esprit qui ne fait rien d’autre qu’approfondir une même conviction morale. On ne peut pas séparer la foi en la science de toute autre foi.

La science, même la plus moderne, celle qui se donne comme désintéressée et objective, suppose elle aussi une « croyance » d’ordre moral. Elle implique une projection anthropomorphique sur la nature et l’univers : les savants les plus convaincus d’atteindre la vérité pure et simple, celle d’une « immaculée connaissance », sont aussi amenés à reconnaître que, eux aussi, ils sont pieux.


La prétendue vérité est alors une passion qui ne recule devant aucun sacrifice, à travers laquelle l’humanité cherche à se trouver plus de sublimité que lorsqu’elle était barbare. L’humanité risque même de pousser cette quête de la connaissance jusqu’à sa perte, plutôt que de se laisser retomber dans l’état de barbarie.

Nietzsche est le premier qui, en posant la question critique de la valeur de la morale, de la valeur des valeurs, met à l’épreuve le fondement de la vérité, quitte à affronter le nihilisme.

3.7.                    Volonté de savoir

 « Je ne crois pas qu’une ‘pulsion de connaissance’ soit à l’origine de la philosophie, mais qu’une autre pulsion s’est servi de la connaissance (ou de la méconnaissance !) comme d’un simple outil. »

(Par delà…)


Nietzsche rapporte la pulsion de connaître, la volonté de connaissance, à la volonté de puissance. Il a désigné comme perspectivisme ce qui lui tient lieu de théorie de la connaissance, terme emprunté à l’art désignant la théorie de la perspective, c'est-à-dire la représentation des objets dans l’espace. Il écarte le dogmatisme et rejette le point de vue unique. Le scepticisme est important pour remettre les convictions en perspective.

Cette vision rejette totalement l’idéalisme dans toute sa généralité, depuis Socrate et Platon jusqu’à nos jours.

3.8.                    L’éternel retour

La pensée de l’éternel retour a des antécédents très clairs dans les religions et philosophies, en particuliers orientales. Schopenhauer avait déjà beaucoup insisté sur l’éternel retour, y voyant une notion naturelle qui a été occultée en Occident par le dogme biblique de la création.


Nietzsche a sa propre vision de l’éternel retour qui s’éloigne des traditions indiennes.

La volonté de puissance est une quantité de force ; or, l'univers est composé d'un nombre fini de forces et le temps est un infini (l'univers n'a jamais commencé à devenir). Toutes les combinaisons possibles doivent donc pouvoir revenir un nombre infini de fois.

Nietzsche nie toute dette et toute faute, et conçoit le devenir cyclique par delà bien et mal. Le devenir est ainsi justifié, ou, ce qui revient au même, on ne peut l'évaluer d'un point de vue moral.



4.    Christianisme et décadence

4.1.                    L’antichristianisme nietzschéen

L’antichristianisme est le thème le plus constant de toute l’œuvre de Nietzsche : « Dieu est mort ! », « Nous avons tué Dieu ».

Cette mort de Dieu n’est pas à interpréter dans un sens théologique (comme par exemple la mort des dieux antiques qui reviennent à la vie, ou la mort sur la croix du dieu chrétien). C’est plutôt un constat historique du recul de la foi : Dieu est mort parce que l’athéisme n’a désormais plus besoin d’argument. Et en aucune façon ce n’est une sorte de déisme qui s’éloigne de l’Eglise temporelle pour retrouver une pureté perdue du message de l’Evangile.

L’antichristianisme de Nietzsche n’admet nulle concession, nulle conciliation, nulle rationalisation des dogmes.


L’analyse généalogique permet de « déconstruire » une évidence de « progrès » que le christianisme a fini par imposer en tous domaines, même à ses adversaires. Rapporté à une morphologie et à une évolution de la volonté de puissance, le sens du christianisme apparaît dans son ensemble comme celui d’une chute, une décadence.

Le christianisme est l’incarnation temporelle la plus importante de la morale des faibles, mais celle-ci avait déjà commencé à se développer à travers le socratisme et le platonisme. Elle se prolonge jusque chez ceux qui récusent l’Eglise mais en conservent finalement les valeurs : libres-penseurs, démocrates, socialistes, … Ainsi l’antichristianisme nietzschéen se distingue de tous les autres antichristianismes en les faisant  apparaître comme appartenant à la même problématique que le christianisme lui-même.


Nietzsche oppose de façon antithétique la vérité et la foi. Chaque fois que l’on a besoin avant tout de la foi, alors la raison, la connaissance et la recherche sont nécessairement discréditées. La philosophie chrétienne toute entière est vue comme une fantasmagorie.


Pour Nietzsche, la croyance en un monde métaphysique est le symptôme d'une volonté de déprécier celui-ci.

4.2.                    Décadence

La décadence n’est pas à condamner, c’est une conséquence nécessaire de la croissance de la vie. Progrès et décadence sont liés.

Nietzsche n'a pas voulu lutter contre la décadence en tant que telle, il admet que toutes les formes de décadence sont nécessaires et naturelles. Lutter contre la décadence, c'est donc une idée absurde ; Nietzsche ne combat en réalité que les pollueurs de l'existence, i.e. ces pessimistes qui n'ont de cesse d'assombrir la vie inutilement et irrationnellement.


« L’erreur (comme la croyance en l’idéal) n’est pas l’aveuglement, l’erreur est lâcheté. Toute acquisition, tout pas en avant dans la connaissance est la conséquence du courage, de la dureté envers soi, de la probité envers soi. » (EH)

Cela relativise le « soyez dur ! » nietzschéen. On ne peut pas faire du renversement du précepte évangélique une justification pure et simple du droit du plus fort, alors que ce droit du plus fort ce sont les « petites gens » qui le revendiquent en invoquant le pouvoir du nombre.

4.3.                    Jésus et le Nouveau Testament

En admirant les qualités de ténacité du peuple juif et sa supériorité, relative, sur les autres peuples, Nietzsche voit un grand renversement de valeurs entre les Ancien et Nouveau Testaments, une aggravation de la décadence.

L’Evangile de l’Amour qui promet la victoire aux pêcheurs, aux malades et aux pauvres accomplit par voies détournées une politique de vengeance qui se nourrit du ressentiment.

Le prêtre (chrétien), le plus profondément malade de tous les animaux malades, est aussi le plus courageux, un véritable artiste en mauvaise conscience, créateur des sentiments de faute et de péché, seul capable de fixer les valeurs du ressentiment et de rendre palpable la grande insurrection des esclaves. Sa volonté de puissance est celle du nihilisme.


La personne de Jésus est épargnée, il est présenté comme un nouveau Bouddha, un homme dépourvu de ressentiment.

Nietzsche ne le voit ni comme un héros ni comme un génie : l’évangile est en effet le contraire de toute notion de combat ou d’esprit (opposé à la foi).

Dans la première communauté chrétienne, après la mort de Jésus, a pris fin la possibilité que se répande une sorte de bouddhisme nouveau qui ne sépare pas Dieu des hommes, qui trouve un bonheur réel sur terre et non dans un au-delà : « L’Evangile est mort sur la croix ».


Paul est le type opposé de Jésus, il est le génie de la haine. Il instaure dans le christianisme, avec l’immortalité personnelle, le sentiment du péché, de la dette, de la vengeance contre l’enseignement de Jésus qui, selon Nietzsche, ignorait le ressentiment.

L’invention de Paul, son moyen d’installer la tyrannie sacerdotale, de former des troupeaux, la croyance dans l’immortalité.

4.4.                    Volonté de puissance et ascétisme

« Certains hommes ont un besoin si élevé d’exercer et d’exprimer leur force et leur domination que par manque d’autres objets ou parce qu’ils ont toujours échoué ailleurs, ils en viennent finalement à tyranniser certaines parties de leur être propre. »

(GdM)

Les religions ont attaché beaucoup d’importance à ce mépris de soi-même à travers l’ascétisme.

« Tous les instincts qui ne se satisfont pas vers l’extérieur, se tournent vers l’intérieur ; c’est cela que j’appelle l’intériorisation de l’homme ; c’est ainsi que croît en l’homme ce qu’on appelle plus tard son âme. »

(GdM)



5.    Du dernier homme au surhomme

5.1.                    Derniers hommes et hommes supérieurs

« L’homme est, relativement, l’animal le plus raté, le plus maladif, l’animal qui s’est écarté le plus dangereusement de ses instincts, - en dépit de cela, sans doute aussi le plus intéressant ! » (L’Antéchrist)


L’homme est à la fois un non-animal, à l’animalité imparfaite, et dans sa version la plus supérieure un sur-animal en tant que maître de la terre.


Les derniers hommes se caractérisent par la petitesse de leurs aspirations et considérations. La petitesse du néant de volonté a pris la place de la grandeur de la volonté de puissance. Le néant de volonté ne signifie pas un non-être, mais un pullulement d’insectes d’autant plus nombreux et tenaces qu’ils sont « petits ».


« L’homme supérieur au plus haut degré serait celui qui aurait la plus grande diversité d’instincts et avec la force la plus grande qu’il pourrait encore supporter. »

(Fragments posthumes)


« L’homme est une corde tendue entre l’animal et le surhomme, une corde au dessus d’un abîme.

[…]

Ce qui est grand chez l’homme c’est d’être un pont et non un but ; ce qui peut être aimé chez l’homme c’est qu’il est transition et perdition.

J’aime ceux qui ne savent vivre qu’en se perdant, car ils sont ceux qui vont au-delà.

[…]

J’aime ceux qui ne cherchent pas derrière les étoiles une raison de se perdre et de se sacrifier, mais qui se sacrifient à la terre pour que la terre soit un jour celle du surhomme. »

(Zar.)


Il y a ici un appel à agir. L’homme supérieur est celui qui, bien que encore englué dans le marais du nihilisme contemporain, se dirige vers le surhomme.

Nietzsche refuse toutes les espérances eschatologiques et dénie toute transcendance à l’humanité.


Au respect universel qui égalise, il faut substituer le grand mépris qui hiérarchise.

5.2.                    Le surhomme

Le surhumain est ce qui donne du sens au devenir humain.

La nuée Homme peut se déployer de « l’humain trop humain » jusqu’à « l’humain surhumain » obscurément et dans les directions les plus diverses. « Deviens ce que tu es » a pour vrai sens : advienne le surhomme. Le surhomme récuse toute idée de transcendance : il est le sens de la terre. Le surhomme renvoie à l’affirmation de soi, à la surabondance de la vie, au dionysiaque.


La conception de cette pensée permet de dépasser l'homme, i.e. non pas de l'éliminer, mais d'abandonner les anciennes idoles par lesquelles l'homme espérait en un autre monde, et d'accepter et d'assumer pleinement la vie en celui-ci avec ce qu'il comporte d'immoral et de blessant.


« Le mot surhomme pour désigner le type de la plus haute réussite, en opposition aux hommes ‘modernes’, aux hommes bons, aux chrétiens et autres nihilistes. »

(EH)


Mais la précarité du surhomme est importante : ce sont les « forts », les types humains les mieux réussis qui sont exposés à périr devant la foule des « faibles, la conjuration des ratés et des dégénérés. « Vivre dangereusement » n’est pas un appel guerrier ni un amour du risque, mais la condition inévitable de toute supériorité.


L’homme supérieur est une approximation du surhomme, son ébauche, mais sans forcément devoir l’atteindre.


Même si Nietzsche s’est parfois laissé aller à quelques considérations eugéniques classiques de son temps, il ne faut pas voir dans le surhomme l’émergence d’une nouvelle race biologiquement différente.

Nietzsche semble avoir cité les exemples de Shakespeare, César, Borgia, Napoléon et Goethe comme préfigurations du surhomme.


Contrairement à ce que l'on entend souvent, le surhomme nietzschéen n'est pas un homme surpuissant, physiquement ou intellectuellement :

6.    Politique

Une culture qui exprimerait l'accroissement de la puissance ne peut être  ni culture militariste (Nietzsche n'a pas une très bonne opinion de l'abrutissement du patriotisme, et estime que la puissance de l'État ne peut que nuire à la culture), ni une culture d'uniformisation (ce qui s'exprime par exemple par un grégarisme moral), mais une culture qui cultive l'homme en tant qu'animal, sans en nier les instincts, mais en les spiritualisant.

6.1.                    Anti-modernisme

L anti-modernisme de Nietzsche est un aspect important pour comprendre sa pensée. Cette opposition se manifeste avec virulence dans sa critique de la démocratie, de Rousseau, de l'héritage chrétien et de l'éducation moderne.

6.2.                    Elitisme et démocratie

Nietzsche ne pense pas que les masses soient suffisamment intelligentes pour décider des choses de l’Etat. Il est incontestable que Nietzsche a montré le plus profond mépris de la démocratie et du socialisme, mais aussi du libéralisme.


Nietzsche refuse catégoriquement l'idée d'une égalité entre les hommes, héritée du christianisme, ce qui s'oppose nettement au développement moderne de la démocratie.

Une politique considérée comme la recherche démocratique du bonheur pour le plus grand nombre revient à se résigner aux valeurs les plus médiocres en renonçant aux formes les plus hautes de la volonté de puissance. Démocratie et égalitarisme renforce l’accumulation des petites forces. Le bonheur visé, celui du « plus grand nombre », est vite considéré comme celui de la totalité, menaçant ainsi l’existence même de l’homme supérieur et rendant sa réussite improbable.

L'égalitarisme moderne ne peut permettre une haute culture de l'esprit et favorise le ressentiment des incultes. La démocratie est une idéologie du troupeau qui cherche la sécurité et le bien-être, aux dépens de la supériorité intellectuelle, contre cette supériorité, c'est-à-dire en lui faisant la guerre, en se faisant l'ennemi de tout génie.


Tocqueville dans La Démocratie en Amérique redoutait aussi sous le nom de « despotisme » le même individualisme sans individualité authentique d’un troupeau aux petits bonheurs et petites passions. Ce despotisme éteint, hébète et réduit chaque nation à n’être qu’un « troupeau d’animaux timide et industrieux dont le gouvernement est le berger ».

Tocqueville prévoyait aussi que la vieille Europe suivrait l’Amérique dans cette forme de démocratie.


Le libéralisme n’est pour Nietzsche que petitesse et médiocrité, politiquement (conservatisme du « juste milieu ») et économiquement (bassesse du trafic d’argent).

6.3.                    L’inégalité comme moteur de création

Si Nietzsche refuse en général les institutions du type Etat, sa politique n'en est pas moins, dans certaines limites, autoritaire et très inégalitaire. Selon lui, la préservation des inégalités sociales engendrent une mentalité de castes (comme en Inde) d'où seule peut surgir une culture féconde et élitiste, délivrée des besoins et des nécessités de la vie.


L'esclavage fait partie de l'essence de la civilisation. Cela ne signifie cependant pas que Nietzsche justifie une suppression de tous les droits : au contraire, pour lui, chacun à des droits suivant la puissance qu'il possède.

L'égalité des droits serait selon lui une négation de tout droit et la source véritable de l'injustice, puisqu'il n'est pas vrai que les droits soient également distribués. Les faibles, c'est-à-dire la masse des hommes, ceux que l'on appelle pudiquement des travailleurs, ont donc des droits, et on ne trouvera pas chez Nietzsche de légitimation de l'écrasement des plus faibles même s'il parle explicitement d'esclavage (c'est-à-dire de travail). De même, il est faux que Nietzsche ait méprisé ce qu'il appelle la médiocrité (l'homme travailleur) qui réalise sa fonction dans la société. La médiocrité est inévitable et indispensable à toute société. Lutter contre elle (par exemple en voulant écraser les faibles au profit des forts) serait une absurdité qui conduirait à la destruction des sociétés.

Il ressort de sa politique que les plus forts, qui sont ceux qui vivent par l'esprit et qui ont besoin pour cela d'une société hiérarchisée, ont intérêt à protéger les plus faibles, ne serait-ce que pour conserver leur domination en écartant par exemple les causes possibles de révolution. Sur ce point, la pensée de Nietzsche est parfois proche de celle de Machiavel.

6.4.                    La nouvelle Europe

Comme la plupart des savants de son temps, Nietzsche croit à l’hérédité des caractères acquis, et c’est cette hérédité qui explique l’apparition et de développement de nouvelles races comme celle, « supranationale et nomade », des Européens, qu’il prétend voir se former à la fin du XIX siècle.

C’est sous cet aspect « racial » et sur un fond de nihilisme que Nietzsche envisage l’unité de l’Europe.

Mais l’adaptation fréquemment sollicitée à des conditions de vie sans cesse variées interdit toute élévation du type et conduit à une massification au niveau le plus médiocre. C’est « l’engeance grouillante des derniers hommes » qui se prépare avec l’unification de l’Europe.


Nietzsche croit à une marche irrésistible de l’Europe vers la démocratie et le socialisme, dont la victoire est d’autant plus inévitable, malgré des crises nationalistes ou anarchistes (ou même à cause d’elles), qu’elle ne fait que mener à son terme la décadence chrétienne.

Nietzsche parle de l’anarchisme contemporain qu’avec méfiance et mépris, de même son hostilité au nationaliste et en particulier au nationalisme allemand est assez violente.


Mais la critique virulente de la démocratie s'accompagne d'une nuance capitale, et il faut écarter ici une interprétation qui fait de Nietzsche un opposant absolu à tout démocratisme, comme s'il avait souhaité arrêter le mouvement de l'histoire. Bien au contraire, le nivellement de l'humanité par l'égalitarisme est inévitable ; il conçoit l'idée que l'Europe devra nécessairement s'unifier économiquement, et que l'humanité sera bientôt gérée au niveau mondial. Tout cela va dans le sens d'une homogénéisation des sociétés humaines, d'une médiocrisation marchande généralisée. Mais ce qui compte pour lui, c'est que ce nivellement recèle une nouvelle possibilité de hiérarchie. La socialisation de l'homme (le grégarisme planétaire) revient à bâtir une infrastructure d'où pourront surgir de nouvelles classes dominantes.

6.5.                    Le processus de la civilisation

Le processus qui conduit l'homme à la civilisation commence par la moralité des mœurs : Nietzsche considère en effet l'homme comme un animal auquel on a du apprendre à promettre en le soumettant aux mœurs et à la loi par un dressage violent et arbitraire.

Dans ce processus, le rôle de la justice est alors de contenir les débordements violents du ressentiment et de la vengeance, et d'imprimer en l'homme, si besoin par la force, un point de vue juridique qui le sépare de ses réactions immédiates (préjudices contre préjudices, violence contre violence) et l'amène à se concevoir comme un être responsable devant la loi.


Nietzsche souhaite voir la politique, l'Etat et toute autorité subordonnés à une éducation élitiste tournée vers l'art et la pensée. Sa pensée politique est centrée autour des conditions de possibilité de la culture. L'inversion des valeurs en est l'une de ces conditions. Mais Nietzsche veut d'abord faire œuvre de législateur, et c'est pourquoi il examine les conditions matérielles de l'éducation, du corps et de l'esprit. Il s'inspire sur tous ces points de la culture grecque (seule véritable culture) et de la civilisation de l'Inde (dont le système de caste est un modèle). Tout ceci suppose que l'on procède à un élevage conscient de l'homme.

6.6.                    Nietzsche et sa société contemporaine

Nietzsche se place en penseur intempestif, un philosophe de son temps mais contre son temps.

Il remet en question la culture allemande de son siècle.


Une culture s’apprécie en ce qu’elle favorise la naissance de génies comme ce fut le cas de la haute culture grecque ou de la Renaissance italienne. A l’inverse, Nietzsche redoute dans la civilisation, en particulier sous sa forme démocratique, égalisatrice, niveleuse, une volonté d’imposer à tous la loi du plus grand nombre ; loin de favoriser son apparition, elle est au contraire le pire danger pour l’homme d’exception.

Nietzsche conçoit la culture comme hérédité, une sélection, un dressage, un élevage prolongé sur de nombreuses générations, une accumulation de forces, de volonté de puissance capable de produire les plus élevés de l’humanité. C’est donc aussi dans les corps que s’inscrit la culture.

Quels que soient les moyens d’une terrible cruauté qui ont permis sa constitution, la culture est une mémoire presque entièrement inconsciente et de longue durée.



7.    Divers

7.1.                    Autres citations

 « Selon toute vraisemblance, aucun régime ne peut donner naissance à la tyrannie que la démocratie, de la liberté extrême naît la servitude la plus complète et la plus terrible ».

(Platon, République)


Stendhal : « L’unique excuse de Dieu est qu’il n’existe pas ».

Nietzsche : « Quelle a été jusqu’à présent la plus grande objection contre l’existence ? Dieu ».


E. Cioran : « Il est évident que Dieu était une solution, et qu'on n'en trouvera jamais une autre qui soit aussi satisfaisante ». (Extrait de Cahiers 1957-1972)


E. Cioran : « Dieu a exploité tous nos complexes d'infériorité, en commençant par notre incapacité de croire à notre propre divinité ». (Extrait de Des larmes et des saints)

7.2.                    Bibliographie

Jean Lefranc : « Comprendre Nietzsche ».

L’EXCELLENT article de wikipédia dont j’ai pompé quelques passages.