Voir aussi :

  • Les débuts des doctrines du salut
  • L'hindouisme
  • Le bouddhisme indien

    1.    La société indienne à l’époque védique

    1.1.                    Histoire

    Vers -2500, la civilisation de l’Indus est parfaitement développée autour de centres comme Harappa ou Mohenjo-daro. Cette civilisation est du niveau de celle de la Mésopotamie ou de l’Egypte. Les premières agglomérations importantes ont été bâties auprès de structures cérémonielles. On retrouve des ziggourats.


    Vers -1750, la civilisation de l’Indus est agonisante et les indo-aryens arrivants lui donnent le coup de grâce.

    Durant sa dégénérescence, la civilisation harappéenne devient plus rurale. La tradition théologique de l’élite urbaine gagne les provinces, qu’on retrouvera plus tard comme des éléments religieux de la dévotion populaire.

    1.2.                    Un peuple indo-européens

    Voir le document sur les indo-européens.

    1.2.1.      La conquête

    Vers -2000, les indo-européens arrivent en Inde du nord-ouest. 700 ans plus tard, ils occupent le bassin du haut Indus, le Pendjab. Les indo-européens envahissant l’Inde sont décris comme ayant la peau noire, sans nez, et professant le culte du phallus.


    Les Aryens s’assimilent à la culture présente. Leurs adversaires sont mythologisés en « démons » ou en « sorciers ». Les batailles engagées pendant la conquête du territoire sont assimilées aux combats d’Indra contre Vrta (Varuna) et d’autres « êtres démoniaques ».

    L’occupation d’un nouveau territoire devenait légitime par l’érection d’un autel dédié à Agni (imitation rituelle de la Création).

    1.2.2.      Société

    Les textes védiques professent la division de la société, par décret divin, en 4 castes fondamentales. Les trois premières, bien qu’inégales, sont pures, la quatrième est coupée des trois autres. Les textes montrent aussi une solidarité entre les deux premières castes. Les rites sont réservés aux trois castes supérieures dont seuls les membres ont droit au nom d’Aryens. Toutes les classes sont fermées sur elles-mêmes.


    Les devoirs de chaque classe les définissent :

    • Les brâhmana, prêtres, étudient et enseignent la science sacrée, et célèbrent les sacrifices.
    • Les ksatriya, guerriers, protègent le peuple par leur force et leurs armes.
    • Aux vaisya reviennent l’élevage et le labour, le commerce, et généralement la production des biens matériels.
    • La quatrième classe, masse indifférenciée formée sans doute d’abord des vaincus de la conquête arienne, est souillée et coupée des 3 autres tout en étant vouée à leur service.

    Cette organisation est sûrement le résultat d’un durcissement d’une doctrine et pratique sociale préexistante, dont on retrouve les traces dans le Rig-Veda.


    La société est présidée par le roi, issu du second niveau.

    1.3.                    Philosophie et sciences indiennes

    Ce que l’on appelle la philosophie de l’Inde est avant tout la philosophie des brahmanes.

    On est prêtre ou penseur par grâce de naissance, on ne peut le devenir en aucun cas par vocation pure et simple. Veda et Upanisad appartiennent à des milieux de hautes castes.

    Mais les devoirs sacerdotaux des brahmanes s’arrêtent avant les questions de réflexion. Ainsi, même parmi les brahmanes, l’intelligence et la culture sont l’apanage que d’une minorité. Les domaines du savoir se côtoient et se hiérarchisent à la manière de la société des castes ; ils ne s’interpénètrent pas.


    Pour le penseur indien, il n’y a pas deux ordres de connaissance (comme en occident : la foi et la nature), mais plutôt deux domaines différents, le visible et l’invisible, pour lesquels il dispose de deux moyens de connaissance également adaptés, la perception et la révélation.

    La science brahmanique, c'est-à-dire la sciences des textes sacrés, est le modèle de toutes les sciences profanes : c’est une science révélée depuis toute éternité à l’humanité et transmise par des sages qui l’ont mise en forme pour la rendre accessible au commun des mortels.

    La vérité, l’ensemble du connaissable, est déjà entièrement donnée. Elle l’a été de tout temps et le seul effort demandé aux hommes est de ne pas perdre l’intelligence de ce précieux dépôt. Il n’y a pas de progrès utile ou possible. Ainsi presque toute la production philosophique est une littérature de commentaires, de commentaires de commentaires, etc.



    2.    La religion védique

    Le nom de religion védique est donné à l’ensemble des croyances et pratiques religieuses décrites dans le Veda (« Savoir », « Science »), un corpus d’écrits sacrés rédigés en sanskrit archaïque autour de -1800 - -800. Ces textes sont nos seules sources pour connaître la religion védique.

    On appelle souvent les textes révélés du nom global de Veda (terme qui connote l’idée de « savoir »), mais d’une façon plus précise, les Veda sont l’ensemble des textes autour desquels s’est édifiée la doctrine brahmanique du sacrifice et de l’acte rituel (karman).

    2.1.                    Les textes

    Les textes védiques représentent le système religieux d’une élite sacerdotale qui servait une aristocratie militaire.

    Le Veda est tenu pour une seule et unique œuvre par la tradition brahmanique orthodoxe, bien qu’il ait été composé par divers groupes de compilateurs.

    Les quatre Veda sont :

    • Le Rig-Veda, sous forme de stances
    • Le Yajur-Veda, sous forme de formules liturgiques
    • Le Sama-Veda, sous forme de mélodies liturgiques
    • L’Atharva-Veda, du nom d’une classe particulière de prêtres.

    Les 4 catégories ne sont pas exclusives, elles ont beaucoup d’éléments communs. Il n’y a pas de conflit théologique entre ces différentes sources. De plus, les trois premières sont étroitement solidaires, et sont connues sous le nom de « Triple Science ».


    Une classification s’effectue également selon le genre littéraire : les collection poétiques (samhita), les traités rituels (kalpasutra), les recueils en prose d’exégèse des deux catégories précédentes (brahmana), prolongés par les recueils de cérémonies mineures (aranyaka) et par les textes en proses voués à la spéculation théologique (upanisad).


    Les stances sont issues, pour leur quasi-totalité, de poèmes de la Samhita du Rig-Veda, texte que la tradition brahmanique considère comme la partie la plus sainte du Veda entier. Il y a 1028 hymnes totalisant 10 462 stances réparties sur 10 livres. Le style est assez uniforme, témoignant d’une longue tradition littéraire. Le ton général est celui de la louange adressée à un dieu particulier, suivit d’une demande particulière.

    L’Atharvaveda-Samhita est constitué entièrement de prières magiques et d’hymnes hiératiques de types spéculatifs, hérité du folklore populaire mais mise sous une forme savante.


    Les Brahmana sont en quelque sorte les justifications doctrinales des éléments liturgiques, utilisant correspondances et analogies.


    Les Upanisad sont des courts textes datant de -500 à -200 environ, pour l’essentiel postérieurs aux Samhita et aux Brahmana. Seule une quinzaine d’Upanisad datent véritablement de l’époque védique, à laquelle s’ajoutent plus de 200 autres textes composés jusqu’à des dates assez récentes.

    Le terme signifie « communication confidentielle » ou « leçon ésotérique ». Ces écrits ont pour objet d’établir une métaphysique basée non sur le raisonnement logique mais sur l’intuition intellectuelle, de dépasser le ritualisme et de chercher l’Absolu et l’Eternel. Les Upanisad utilisent l’analogie, posant en principe que « tout ce qui est en bas est comme ce qui est en haut », ce qui aboutie à l’équation finale de l’âme individuelle (atman) et du brahman. Ils ont aussi proclamé le salut par la connaissance, en introduisant la théorie de l’avidya-karman-samsara.

    2.2.                    Eléments mythologiques

    2.2.1.      Influence indo-européenne

    Dans l’Inde ancienne, aux classes sociales des brâhmanas, ksatriya et vaisya correspondent les dieux Varuna et Mitra, Indra, et les jumeaux Nasatya.


    Le couple de dieux Mitra et Varuna est attaché à la première fonction de la Souveraineté cosmique. Ces dieux forment les deux termes d’un grand nombre de couples conceptuels, d’antithèses, bien qu’entre eux il y ait une collaboration totale.


    Indra, le guerrier par excellence, est attaché à la seconde fonction.


    Les deux dieux jumeaux, les Nasatya ou Asvin, sont guérisseurs et donneurs de prospérité. Leur activité est souvent renforcée par des dieux ou déesses mineurs qui patronnent d’autres aspects de la troisième fonction, par exemple la vie animale, l’opulence ou la maternité.

    Les Asvin n’étaient initialement pas dieux. Ils ne sont entrés dans la société divine, comme troisième terme au dessous des deux autres, qu’à la suite d’un conflit violent avec les dieux des deux premières fonctions, qui s’est achevé par une réconciliation, un pacte.


    Dans le Mahabharata, les 5 héros, les « fils de Pandu », sont en fait les fils des 5 dieux des trois fonctions. Ils ont tous la même femme, en totale opposition avec les traditions sociales, opposition qui peut s’expliquer par son aspect d’incarnation de la déesse trivalente.

    2.2.2.      Asura contre Deva

    En plus du conflit de la troisième fonction contre les deux premières, la religion védique connaît le conflit cosmogonique classique des jeunes dieux contre un groupe de divinités primordiales : les Deva contre les Asura.


    Asura signifiait à l’origine « puissant, fort », c’était déjà un terme archaïque à l’époque de la rédaction du Veda. Dans certains textes du Veda le titre d’Asura est donné aux dieux de majesté, typiquement Varuna.


    Les textes plus tardifs des brahmana tiennent les Asura pour les ennemis des dieux, ou Deva (« céleste, diurne »). L’asura Varuna est assimilé au dragon Vrta lors de son combat contre le deva Indra. Ce combat a aussi une valeur historique, il sert de modèle aux combats qu’ont mené les Aryens lors de leur conquête de l’Inde. On peut aussi le relier aux fêtes du nouvel an.


    Aux derniers temps de la religion védiques, et dans l’hindouisme qui a suivit, les asura sont tenus pour de vrais démons, des puissances des ténèbres dont on remercie les dieux d’avoir purgé la terre.

    2.2.3.      Cosmogonies, théogonies et origine de l’homme

    Plusieurs thèmes se retrouvent dans les diverses cosmogonies des textes védiques.

    Dans ces cosmogonies, théogonie et anthropogonie sont solidaires : dieux et hommes, sont engendrés par le couple primordial Ciel-Terre.


    1. Création via la fécondation des Eaux originelles par un Dieu Primordial.
    2. Création par le dépècement d’un Géant primordial, Purusa.
    3. Création à partir d’une unité-totalité, à la fois être et non-être. La conscience aussi bien que l’univers sont le produit du désir procréateur.
    4. Création par la séparation violente du Ciel et de la Terre.

    Exemple de récit :

    Au début, il y a un Chaos originel sous la forme d’une eau sans limite. Tout est ténèbres, il n’y a ni Temps ni Etre. L’être apparaît soudain, sous la forme d’un œuf flottant à la surface de l’eau. Puis l’œuf désire se multiplier. Ce désir l’échauffe et l’œuf se brise. La coquille devient le Ciel et la Terre. L’être est devenu l’Un le démiurge Prajapati, « Père de tous les êtres ».

    Prajapati crée la lumière, les dieux, les premiers hommes Yama et sa sœur Yami qui engendrent une première race humaine. C’est l’age d’or, la Parole est indivisée. Puis les choses périclitent et survient un déluge qui anéantit tous les hommes sauf un, Manu, qui est sauvé du flot et doit repeupler la Terre.


    Purusa est un autre nom ou aspect de Prajapati, signifiant « Homme ». Purusa est figuré comme totalité cosmique et être androgyne.

    Un mythe indique que les dieux firent un premier sacrifice, un Sacrifice Primordial. Ils démembrèrent Prajapati/Purusa et firent ainsi apparaître le Ciel, la Terre, les vents, …, ainsi que l’humanité sous sa forme hiérarchisée des 4 castes. Purusa est donc à la fois victime sacrificielle et divinité du sacrifice, en celà il précède et surpasse la création.

    2.2.4.      Eschatologie

    Dans la religion des asura-Aditya, le défunt gagne, en fonction de ses mérites et fautes accumulés sa vie durant, le paradis ou l’enfer, lequel est vu comme un abîme glacé et ténébreux.

    Dans la religions des deva et du sacrifice, celui qui a suivit les rituels gagne le séjour de sa divinité d’élection, voir se fond dans le brahman. Les autres deviennent des pitar (mânes, ancêtres) pendant un certain temps, avant de se réincarner.

    2.2.5.      Rta

    Ce terme désigne l’ordre du monde, ordre à la fois cosmique et liturgique, mais sans vraiment de notion de morale. Le siège de la Rta est dans le plus haut ciel ou dans l’autel du feu. Ordre liturgique, la Rta se maintient grâce au sacrifice.

    2.2.6.      Maya

    Dans le Rig-Veda, Maya désigne le changement destructeur, négatif et trompeur des bons mécanismes, mais aussi « l’altération de l’altération ». Il y a donc de mauvaises et de bonnes maya. Les mauvaises sont les « tours » des démons, les « magies », alors que les bonnes sont les maya de combat, « contre-maya », ou bien les maya créatrices de formes ou d’êtres.

    2.2.7.      Tapas

    Le tapas est l’échauffement rituel de la création, la « chaleur intérieure ». Il était obtenu concrètement par diverses techniques psycho-physiologiques dès les cultures primitives : nourriture très pimentée, jeûne, rétention du souffle, exposition au feu ou au soleil, plus rarement absorption de substances enivrantes.



    3.    Le panthéon

    De façon très générale, le panthéon et les attributs divins ne sont ni clairs ni cohérents, ce qui ne peut s’expliquer que par une évolution chronologique. L’ambivalence divine et l’union des contraires constituent une des caractéristiques de la pensée religieuse indienne.

    Le panthéon védique est dominé par des dieux, les déesses n’ont qu’un rôle mineur. On compte 33 dieux majeurs, dont Indra est le chef, et une multitude de dieux mineurs.

    3.1.                    Varuna et Mitra

    Dieu Souverain, Roi Universel, l’Asura Varuna règne sur le monde, les dieux et les hommes. Il a le pouvoir magique de lier ou délivrer à distance ses victimes.

    Varuna a un aspect cosmique. Son lien avec l’élément liquide perpétue vraisemblablement le souvenir d’une fonction créatrice oubliée par la suite.

    Varuna est le magicien, possesseur de la maya. Il est inquiétant, terrible, il est lié à l’« autre monde », à la nuit et la lune, … Violent, il a des affinités pour la seconde fonction. Il est assimilé à Vrta dans son combat contre le deva Indra, mais on retrouve aussi dans d’autres textes ce caractère ophidien.

    Lors du déclin de l’époque védique, il est lié aux notions de rta et maya. Par la rta, c’est un dieu de l’ordre, de la vérité ; par la maya, c’est un dieu de création et de changement, maître de l’ordre cosmique.

    Un grand nombre de ses prérogatives seront transférées à Siva, en particulier l’usage de la maya.


    Mitra, Asura également, partage avec Varuna les attributs de la Souverainet, incarnant les aspects pacifiques, bienveillants, juridiques et sacerdotaux. Mitra, dont le nom signifie le Contrat, est rassurant, protecteur, plus proche des humains et du monde diurne, il est lié au soleil, … Paisible, il est plus proche de la troisième fonction.


    Les deux divinités sont rarement dissociées, même si Varuna occulte souvent Mitra dans les hymnes. Représentants de la première fonction indo-européenne, ils en sont les deux aspects complémentaires : Empire (Varuna) et Sacerdoce (Mitra).


    Dans le Rig-Veda, des dieux mineurs accompagnent Varuna et Mitra : les Aditya, fils de la déesse Aditi, dont le nom signifie « fait de n’être point lié ». En nombre variable selon les sources, les plus fréquemment nommés sont Aryaman et Bhaga, du côté de Mitra, et Daksa et Amsa du côté de Varuna.

    Aryaman protège l’ensemble des hommes qui se reconnaissent « arya » par opposition aux barbares. Il les protège nan pas tellement comme individus, mais en tant qu’éléments de l’ensemble arya.

    Bhaga s’occupe fondamentalement de la richesse.

    3.2.                    Indra

    Indra, le guerrier par excellence, est attaché à la seconde fonction indo-européenne. Héros par excellence, lié à l’orage, il est également démiurge et fécondateur. Ce champion vorace, armé de foudre, tue les démons, sauve l’univers.

    Il occupe une place semblable à celle de Zeus en Grèce, avec qui il partage des traits communs : barbe, courroux redoutable, goût pour les mortelles et la boisson, maniement de la foudre, …

    Indra est un dieu populaire à l’époque védique : dans le Rig-Veda, 250 hymnes lui sont consacrés.


    Ce jeune dieu dirigea les Deva dans la lutte contre les Asura. Dans le Veda le mythe central d’Indra est son combat cosmologique contre le dragon Vrta.

    Ce mythe cosmique d’origine probablement austro-asiatique est celui du combat contre le serpent retenant prisonnières les Eaux primordiales. En tuant le serpent, il distingua les Eaux d’en-haut, celles d’en-bas, avec la terre au milieu. Ce serpent fut assimilé à Varuna sous le nom de Vrta (ou Virta).

    Dans des textes plus tardifs Vrta est présenté comme un démon  « qui retient les eaux ». Une fois Vrta mort, les eaux s’écoulent. On peut y voir une image de l’orage crevant les nuages de la moisson.


    Son brillant et bruyant cortège, le bataillon des Marut, est la projection mythique, dans l’atmosphère, de la société humaine des jeunes guerriers, les marya.

    3.3.                    Autres divinités

    • Aditi, la Liberté. La mère des dieux, les Aditya.
    • Dyaus Pitar. Le dieu indo-européen du ciel, déjà disparu du culte à l’époque védique. Sa place est reprise par Varuna.
    • Savitar. Dieu solaire, associé aux Aditya. Il incite les hommes à agir, mais aussi à sacrifier. Il est aussi un exemple de sagesse.
    • Usas, l’Aurore. Cette déesse était aimée parce qu’elle était la preuve de la fidélité des dieux accordant généreusement aux hommes la grâce de la lumière. Elle est présentée comme une belle jeune fille, et un certain érotisme est latent dans les poèmes qui lui sont dédiés.
    • Nakta, la Nuit.
    • Rudra, Dieu du bétail propre à être sacrifié. Il a un aspect guerrier de chasseur farouche. Solitaire, il patronne l’ascèse. Bénéfique, il veille sur les troupeaux. Ces aspects le rapprochent énormément du futur Siva de l’hindouisme, berger et yogin.
    • Visnu. Liturgiquement, ce dieu a très peu d’importance, mais tout indique que dans la religion proprement dite il a plus d’influence. Il est lié à l’espace mesuré.

    3.4.                    Les démons

    Le panthéon védique connaît un nombre considérable de génies et démons, inférieurs aux dieux mais supérieurs aux hommes. On les retrouve partout.

    Les Gandharva sont des génies aériens caractérisés par leur science, leur activité sexuelle (parfois avec les mortelles) et leurs goûts musicaux.

    Leurs compagnes sont les Apsaras : des jeunes femmes d’une grande beauté parcourant l’espace en quête de partenaires sexuels (et aimant à affoler les hommes).

    Les génies de la végétation sont les yaksa (masculin) et les yaksi (féminin), des sortes de lutins

    Les Naga sont des génies plutôt bénéfiques de la terre et des eaux, semblables à des serpents et gardant des trésors.

    Les Raksasa sont des démons nocturnes avides de chair fraîche.

    Les Vetala sont des vampires qui animent les cadavres qu’ils ont mangés de l’intérieur.



    4.    Liturgie

    La vie de l’Aryen est rythmée par toute une série de sacrements (samskara) qui lui donneront le droit de gagner le Ciel après sa mort. Le culte védique n’a pas de sanctuaire, temple et clergé ne sont pas nécessaire à son exercice.

    Essentiellement les rites concernent le sacrifiant et sa famille, la liturgie a un caractère domestique fondamental. Il n’y a pas de liturgie nationale : le roi prie pour sa propre maison, et tant mieux si l’intérêt de sa maison coïncident avec ceux de la nation ou de la tribu.


    La demeure familiale est l’espace sacré par excellence où brille le feu unique. Le chef de famille est le seul prêtre, qui sacrifie pour lui-même et le bien des siens. Le premier devoir de tout Aryen est d’entretenir ce feu domestique, mais les rites privés comportent aussi les sacrements ou consécrations en relation avec la conception et la naissance d’enfants, le mariage, les funérailles et l’upanayana.


    Les rites du feu sont simples et relativement brefs, mais il existe également des rites dont les impératifs sont si nombreux et demandent tellement de temps qu’une part de l’activité liturgique fut déléguée à des « spécialistes », formant petit à petit une corporation qui deviendra la caste des brahmanes à l’époque post-védique.

    Par exemple, les sacrifices essentiels du soma sont longs et compliqués, durant de un jour jusqu’à un an. La liturgie somique consiste surtout à produire avec le plus de solennité possible le Soma, le « nectar des dieux ».

    4.1.                    Les divinités liturgiques

    Dans le Rig-Veda, Agni domine toutes les autres divinités par son importance liturgique. Le feu joue un rôle sacerdotal très important, et pourtant Agni n’a pas une mythologie importante.

    Il représente le feu sous toutes ses formes ainsi que dans sa sacralité. Le feu étant le moyen de porter les offrandes aux dieux, Agni, identifié au soleil, est ainsi le Messager entre le Ciel et la Terre.


    Agni est l’archétype du prêtre, on l’appelle le sacrificateur ou le « chapelain », il est le Sacerdoce. Il incarne l’intelligence. Son caractère omniprésent en a fait un gardien de l’Ordre universel, un témoin de la vérité, un juge infaillible.

    Le dieu feu est partout et toujours présent : toute inspiration est ignée, toute vie est combustion. L’atman est identifiée avec « ce feu qui brille dans le cœur ».


    120 hymnes sont consacrés à Soma, le plaçant en troisième position dans le panthéon védique. Mais, comme Agni, il est avant tout une divinité liturgique, et avait très peu d’influence dans la religion quotidienne.

    Il est une personnification de la force vitale contenue dans le soma, breuvage d’immortalité rituellement préparé et consommé au cours des sacrifices solennels. Son titre par excellence est celui de Roi, associé à Agni le Sacerdoce, comme la Lune et le Soleil. Il est parfois associé à des images guerrières.


    Il est difficile de séparer la réalité rituelle - la plante et le breuvage portant le même nom – du dieu. Les deux notions sont étroitement liées.

    Toute la préparation du breuvage, de la récolte de la plante au pressurage, est ritualisée. Le soma est l’équivalent de l’hydromel. Il a des vertus extatiques, stimule la pensée, renforce le courage des guerriers, augmente la vigueur sexuelle, guérit les maladies.

    4.2.                    Quelques rites

    4.2.1.      Upanayana

    Ce rite est l’homologue indien des initiations de puberté.

    C’est le rituel le plus important de la vie de l’Aryen mâle, il indique à l’enfant de 7 ans qu’il est maintenant utile à la société et en fait partie pleinement. Il doit désormais s’engager dans les activités propres à sa caste.

    Celui qui a passé ce rituel est dit « deux fois né ». Cette seconde naissance est d’ordre spirituel. L’investiture rituelle est symbolisée par une ceinture.

    Le mariage est l’équivalent pour les filles de ce rituel d’initiation.

    4.2.2.      Diksa

    C’est le préliminaire indispensable à tout sacrifice somique, mais il se pratique aussi dans d’autres occasions. Il implique une mort et une renaissance rituelles du sacrifiant.

    La mort rituelle identifie le sacrifiant à l’oblation donnée aux dieux. La renaissance se prépare en faisant régresser le sacrifiant jusqu’au stade prénatal. La nouvelle naissance rend possible l’assimilation du sacrifiant aux dieux.

    4.2.3.      Rajasuya

    Il s’agit du sacre du roi indien, similaire à la diksa. Les différentes phases du rite accomplissent la régression du futur souverain à l’état embryonnaire, sa gestation d’une année, et sa renaissance mystique en tant qu’incarnation du cosmos.

    4.2.4.      Asvamedha

    Le « sacrifice du cheval » est le plus imposant et le plus célèbre rituel védique.

    Ce rite, qui devait être à la base un rite du nouvel an, doit être accompli par un roi victorieux pour purifier et féconder le royaume entier.

    Cette cérémonie s’échelonne sur une année, et implique la mort d’un cheval spécialement préparé, avec lequel une reine simule un accouplement. Le rituel implique également de nombreux sacrifices d’animaux domestiques.

    Le cheval, qui forme un substitut du Roi, est identifié au cosmos et aux eaux (de façon traditionnelle pour le cheval en Inde).

    4.2.5.      Purusamedha

    Ce rite est très similaire à l’asvamedha. Il est réputé pour obtenir tout ce que l’on ne pouvait atteindre par ce dernier. Les sacrifices impliquent en plus celui d’un brahmane. Cependant cette victime était sûrement remplacée par une victime animale au dernier moment.



    5.    Bibliographie

    Mircea Eliade : « Histoire des religions et idées religieuses », 3 tomes.

    Georges Dumézil : « Mythes et dieux indo-européens ».

    Jean Varenne : « La religion védique », dans Histoire des Religions I, folio essais.

    Madeleine Biardeau : « Philosophies de l’Inde », dans Histoire de la philosophie tome I, Folio essais.